Mois: février 2009

Go Ask Alice

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Je me lève, comme tous les matins, et commence par me faire un café. Je n’ai aucun travail, aucune occupation d’aucune sorte, aucun ami. Je ne sais pas pourquoi je prends tant de peine à me lever le matin. Ma seule liaison vers le monde extérieur passe par mon mac. Devant mon ordi, ma vie prend une nouvelle dimension, en fait, elle en enlève juste une, mais celle qui fait tout. Arrivé devant mon bureau, je ramasse les miettes de tabac de la veille et commence à me réveiller. Comme tous les matins, je vois s’élever à côté de ma tasse de café, des volutes de fumée blanche opaque. Plus que de s’élever, cette fumée m’élève. Elle me montre un des endroits les plus malicieux et les plus encourageants que je connaisse : l’inconscient.

Salvia Divinorum ou Ayahuasca, elles ont toutes ce même effet sur moi, cette propension à me montrer la vie. Cette volonté si naturelle que de me pousser à ignorer le monde réel, pour me construire une réalité, celle où je me sentirais bien, celle où je me sentirais sain, sans culpabilités de toutes sortes, sans démons me revenant sans cesse en pleine figure.

Chaque fois où j’écrase mon mégot dans le cendrier en verre, je me mets à repenser à mes espoirs, les espoirs qu’un grand gamin pourrait avoir, je suis encore un grand gamin, je me maitrise pas encore mes sentiments, ce sont les seuls à avoir ne serait-ce qu’une emprise sur moi. Je ne me mets à réfléchir à cela que lorsque j’arrive  à prendre du recul sur moi-même, quoi de mieux pour ce faire que de doux hallucinogènes qui ont le pouvoir de me montrer chaque morceau de ma moquette en train de copuler avec la couverture posée négligemment dessus. Cet état second, troisième, m’ouvre des portes que je ne pourrais jamais voir, même en prenant un verre avec le chat du Cheshire, fier à Alice. Il me transporte, me montre la voie, me montre la vie que je voudrais avoir, celle qui est à ma portée si je m’en donne les moyens. Les moyens d’aimer, de laisser tomber à mes pieds, l’armure qui me sert de miroir social. Ce même miroir que je dois exhiber à chaque fois que je sors ou que j’adresse la parole à quelqu’un. Une image reflétant un homme bien dans sa peau, peu complexé, détendu, faisant preuve d’humour et pas trop mal foutu. Toute personne souhaite voir ça chez toute autre. Moi, je souhaite seulement réussir à me voir tel que je suis, et que les autres puissent le voir aussi.

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Il a plu sur Paris ce matin, aux environs de 8h. Pas de chance, c’est aujourd’hui que j’ai aux pieds mes plus belles chaussures et sous mon visage mon plus beau décolleté ; c’est-à-dire peu de choses résistantes au froid. Je sors du métro vers les 9h et traverse la place de l’Opéra, ce bel opéra avec ses touristes tous les jours plus nombreux. Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve comme aujourd’hui, ils sont toujours là, avec leurs appareils photo et leurs sourires, tous les deux imperméables. Sur ma droite la rue de la Paix, où les boutiques de luxe se multiplient, la clientèle de luxe aussi. La rue de Paris avec les pavés les plus impeccables qui soient. J’arrive, en même temps qu’une petite poignée de personnes, à cette fameuse place de la capitale, chère aux bijoutiers et aux femmes qui ne comptent leur argent que lorsqu’elles le gagnent. Je regarde autour de moi et observe ces hôtels, ces magasins, qui ne me font ni plus ni moins penser qu’à un film quelconque avec JP Belmondo en gentleman cambrioleur de la place Vendôme. Partant de cela, les souvenirs s’enchaînent, comme si de simples images vues à travers l’écran d’une télévision il y a de ça plusieurs années, font néanmoins ressurgir des photos comme le ferait un album, quelconque lui aussi, sans les sourires en prime. Un tapis rouge trempé me ramène à la réalité. Je suis en avance, comme je le suis toujours, et finis par ralentir le pas au fur et à mesure que j’arrive à destination. Je réalise que je ne fais pas partie de cet élément, je ne fais pas partie de ces cadres de 40 ans et plus, aux belles montres diamantées et aux chauffeurs livides. Je les épie du coin de l’œil en les laissant me précéder devant ce portique en verre tournant. En rentrant dans cet hôtel si symbolique de la richesse parisienne, je rentre comme je le ferais dans une émission télé consacrée aux nouveaux riches et à leurs passe-temps mondains. C’est bel et bien l’impression que cela me donne. L’impression ressentie d’une étrangère qui est là pour le boulot, et non pas pour la détente. Un très beau boulot certes, qui me laisse pousser des ailes quand je m’imagine côtoyant ces mêmes cadres, déjà un peu plus dynamiques après quelques verres et quelques mots échangés.

Hell’s Name is BUSINESS

journalintime

Elles, petites abeilles, assistent à des cours qui leur apprennent une vie qui les dépasse, une vie censée permettre de diriger celle des autres. Une vie supérieure en préparation. Mais le pire, c’est que toutes ces petites abeilles en ont pleinement conscience. Bercées depuis toujours dans un monde luxuriant, respectant les règles du savoir-vivre à la lettre, comme des dignes héritières d’une vie versaillaise passée. Elles ne se sont jamais plaintes de leur vie, car elles n’avaient aucun recul, aucun moyen ni motif de comparaison. Ces filles et ces garçons de bonne famille forment l’élite, une ruche inaccessible d’où personne ne semble pouvoir, plus que vouloir, s’échapper.

Le tout sans aucune vision d’éthique. Bien sûr ils ont des cours de toutes sortes, jusqu’à même avoir des cours apprenant comment ne pas avoir cette éthique destinée à L’autre partie de la population. Elles apprennent jours après jours à tempérer les syndicats, annoncer un renvoi de la façon la plus mielleuse possible, trouver des failles pour licencier et chercher la rentabilité maximum. Cette rentabilité qui passe par un abaissement des coûts fixes et finalement par des plans sociaux : leur future vie sera faite de ça. De s’occuper de toutes ces mauvaises nouvelles destinées à d’autres.

Elles apprennent comment avoir un salaire enviable, voire détestable, pour faire partie de ce dixième de la population à haut salaire. Elles font partie de la grande ruche européenne de ces hommes et ces femmes d’affaires anxieux, sans vie sociale, qui vont dédier toute leur vie à un travail qui la légitime. Tout ceci forme la légitimité de ces petites abeilles, c’est même leur principale raison d’exister. Elles n’ont vécu que par ça et ne vivront plus que pour ça. Passant leurs concours à la douzaine et les réussissant, elles se sont forcées à faire ressortir tout leur savoir, toute leur culture et toutes leurs connaissances qui les différencient de cette France miséreuse sans volonté et sans avenir. Elles n’en tirent néanmoins pas plus un plaisir qu’une fierté mais plutôt le sentiment d’avoir réussi leur vie, rassuré leurs parents, accompli la mission pour laquelle elles ont été mises à la ruche dès leur naissance.

Beaucoup de miel récolté, sans sentiments.

Melou & The Minibar

Vendredi 29. 9h25. Tout va bien.

Je suis dans le train qui me mène de Paris à Angoulême, avec entre temps, un arrêt à Poitiers et changement d’une partie des voyageurs du TGV.
Au début, je remarque et envie seulement les multiples boucles d’oreille de la jeune fille qui vient de prendre place à un seul rang d’écart de moi.
Et puis ses écouteurs, ses lunettes, son style, sa coiffure, mais aussi et surtout elle, elle-même ; tout en elle me pousse à penser que je la connais, et que je sais qui elle est. Je commence à douter fortement et essaye d’apercevoir son nom lorsqu’elle se met à sortir ses billets. Je ne vois pas plus son nom mais vois à la place des multiples billets de concert qu’elle rangeait avec celui de la sncf. Mon désarroi et mon doute vont grandissants. Des billets de concert.

Et là je suis en train d’écrire ces mots au lieu d’aller lui parler et de tenter un furtif Mélissa ? Ce ne peut pas être elle, ce serait trop irréaliste. Cela fait presque un quart d’heure qu’elle est à mes côtés en train d’écouter de la musique. Je fais la même chose. Sauf que mon esprit est bien plus embrouillé à l’heure actuelle, pire que d’habitude.
Alors je me réfugie dans l’écriture face à la peur d’aller agresser cette jeune demoiselle.
Mais si je ne le fais pas, je m’en mordrai les doigts toute ma vie, et elle aussi.