théâtre

Père ou Fils [Théâtre de la Renaissance]

Ce weekend dernier, Halloween passé, il n’en restait que la pluie et le temps grisâtre. Ni une, ni deux, je me connecte pour voir quelles sont les pièces du moment qui pourraient m’intéresser pour le lendemain du dimanche, et je tombe sur la nouvelle pièce avec Arthur Jugnot, au théâtre de la Renaissance, que j’avais véritablement découvert dans La Dame Blanche. A savoir que les Azzopardi ne sont jamais bien loin, puisque c’est Juliette qui s’occupe des décors.

La scène est unique, aucun changement de décor n’est apparent pendant la pièce qui se joue intégralement dans l’appartement du fils, joué par Jugnot, où passe souvent le père, Braoudé. Les deux sont au cœur de l’intrigue puisque chacun va se retrouver dans le corps de l’autre le temps d’un weekend. Quiproquo en tout genre, retournements de situation et échanges coquasses seront légion tout au long de l’histoire.

La comédie n’est pas mon genre de prédilection (au théâtre comme ailleurs), mais l’aspect surréaliste du synopsis et le bon jeu des acteurs m’ont fait oublier que ce n’était pas ma tasse de thé. La bande-son est assurément bien gérée, jusqu’à la sonnerie de téléphone au rythme de Girlfriend de TTC (j’ai d’ailleurs adoré le personnage du mi-dealer mi-branleur joué par Julien Personnaz et détesté celui trop hyperactif joué par Flavie Péan – qui joue dans Plus Belle La Vie, dixit une mamie derrière moi). Le show défile à grande vitesse, les dialogues sont entraînants et aucun temps mort ne vient interrompre le déroulé de l’histoire. Père ou Fils est une pièce sympathique qui prête facilement à sourire et qui permet de sortir de la grisaille de ce mois de novembre.

A voir jusqu’à au moins fin janvier 2020 au théâtre de la Renaissance à Paris

Piège pour Cendrillon [Théâtre Michel]

Un splendide Azzopardi comme je les aime. Adorant ce metteur en scène, j’ai profité de la première semaine de représentations pour m’offrir les places aux prix réduits en carré VIP, liées au lancement pour faire un peu de publicité quand une pièce commence et cherche à se faire connaître. Je précise qu’il était inutile de m’offrir une coupe de campagne pour que je me décide à dire du bien de cette pièce, que j’ai énormément appréciée (même si La Dame Blanche reste pour moi l’indétrônable, devant Chapitre XIII – pour ne citer que les thrillers). Si tu cliques sur les liens, tu tomberas sur mes précédents articles sur ces pièces.

D’une durée courte (1h20 rappels compris), Piège pour Cendrillon est une adaptation du livre de Sébastien Japrisot paru en 1963. L’intrigue de base est simple : une jeune femme est retrouvée vivante, mais avec des complications physiques et mentales, après avoir subi l’incendie d’une propriété, où une autre femme a perdu la vie. Souffrant d’amnésie, elle ne se souvient plus de beaucoup d’éléments, jusqu’à ne plus savoir ce qu’elle faisait à cet endroit … et avec qui. La suite (et surtout le dénouement dont je ne parlerai évidemment pas) est nettement plus complexe. J’avoue avoir voulu raconter la pièce à mes parents et j’ai eu beaucoup de mal à leur décrire l’histoire et les rebondissements car il faut vraiment les vivre pour les comprendre et les apprécier à leur juste mesure.

J’ai été bluffée par les 4 acteurs et encore plus les deux actrices principales Alyzée Costes et Nassima Benchicou, qui excellent dans les retournements de situation et de tempérament. La mise en scène est impeccable (exemple sur l’image plus haut), comme toujours chez Azzopardi, grâce aux mélanges de musiques, de lumières, d’effets, qui permettent une immersion totale et un sentiment de vivre l’histoire avec ses protagonistes.

J’espère que cette pièce fera un carton car elle continue dans la lignée des spectacles différents des théâtres de boulevard et autres lieux communs qu’on ne voit que trop. Encore bravo aux acteurs et à tout le staff qui nous permettent de découvrir de belles pépites comme celle-ci.

Au théâtre Michel, au moins jusqu’au 30 novembre 2019.

Fabrice Luchini [Théâtre De La Porte Saint Martin]

On ne m’arrête plus ! Hier encore à la même heure je ne savais pas que j’irai voir Fabrice Luchini le soir même, les surprises de la vie parisienne. Je ne l’avais d’ailleurs jamais vu sur scène, voilà donc une bonne chose de faite.

Pour ce spectacle, créé en 2017 et intitulé « Des écrivains parlent d’argent », Luchini est censé nous lire des passages de grands auteurs parlant justement des sous, de la monnaie, du capitalisme. Mais finalement plus que lire, Luchini incarne les textes qu’il semble connaître par cœur et ne lit donc quasiment pas. De Karl Marx à Céline, en passant par Charles Péguy (que j’ai été ravie de découvrir), les mots s’enchaînent pour vibrer dans la représentation qui en est faite.

Pour être tout à fait honnête, j’ai eu du mal pendant la première demi-heure. Les textes que je ne connaissais pas me semblaient peu incisifs, voire fatigants et j’avais des difficultés à maintenir mon attention sur ce qui se disait, mon esprit vagabondant. Et même si j’ai franchement ri par la suite et apprécié également les passages de La Fontaine ou Emil Cioran, il n’en reste que Luchini est un personnage, qu’on adore ou qui nous gêne. Beaucoup de tergiversations, de redites, de bons mots pompeux, ont fait que je n’ai pas forcément apprécié le spectacle comme je l’aurais pu. Il va sans dire que Luchini est un homme de scène également et qu’il fait participer le public. Quelle magnifique tirade échangée entre les spectateurs et lui, ces échanges, ces rires partagés. C’est en outre cela le théâtre. Bien que les dires en eux-mêmes ne m’ont pas subjuguée, j’ai été conquise par la portée de la culture et les interactions continuelles entre l’artiste et la salle.

Représentations jusqu’à fin octobre au Théâtre de la Porte Saint-Martin, 18 boulevard Saint-Martin, Paris.

Gaspard Proust [Comédie des Champs-Elysées]

Fiou moi qui comptais rédiger ce billet demain, je précipite un peu les choses car je ne vais pas voir 3 représentations en 5 jours, mais 4. Le prochain était ce soir et le dernier demain, je pose mes idées à plat avant d’être toute embrouillée par tant de culture.

J’avais vraiment adoré Gaspard Proust Tapine, qui date de bien des années déjà. Et c’est tout à fait par hasard que je me suis rendue compte que son « nouveau spectacle » (c’est bien le nom de sa tournée qui a commencé depuis deux ans) tendait vers les dernières représentations. Ni une ni deux, j’ai pris la il y a une semaine un billet pour dimanche dernier, parce qu’en ce moment il fait moche à Paris et il faut bien mêler l’utile à l’agréable.

Gaspard Proust est méchant. On peut le résumer ainsi et je sais que nombre de ses blagues pourraient être censurées. Tout le monde (certains plus que d’autres) en prend pour son grade, mais que cela fait plaisir de rires de blagues qu’on ne pourrait pas forcément dire en société aujourd’hui. Commençant son show par une longue introduction liée à l’actualité (ce dimanche c’était donc Chirac, seveso et attentat au couteau), l’artiste enchaîne pendant 1h30 de spectacle. Malgré un petit coup de mou assumé vers les 3/4 du show, avec un laïus lu, Gaspard Proust parvient à faire rire à chaque envolée humoristique. Sans être une fan inconditionnelle, j’apprécie cet humour caustique, cynique et bougrement intelligent, nous faisant porter un certain recul sur les aberrations de notre société actuelle.

Juste pour info, si cela peut servir à certains, mon portefeuille étant malmené ces derniers temps, j’ai pris la place la moins chère possible, tout au bout de la salle, mais cette dernière étant petite je n’ai au aucun problème pour voir ou entendre tout ce qui se passait (preuve avec la photo). Vous pouvez donc choisir à peu près n’importe quelle place les yeux fermés.

N’écoutez Pas Mesdames [Théâtre de la Michodière]

Cette semaine sera culturelle sur mon blog puisque je me suis programmée trois théâtres en cinq jours.

Commençons tout d’abord par N’écoutez Pas Mesdames, pièce de Sacha Guitry jouée au théâtre de la Michodière à Paris, avec comme acteur principal Michel Sardou.

Les représentations de cette version de la pièce sont récentes puisque le spectacle a commencé à la mi-septembre seulement. De mon côté j’étais bien située (troisième rang devant la scène) même si plus ou moins bien installée (il ne restait qu’un strapontin quand j’ai pris mon billet). Portée par Michel Sardou (évidemment accompagné d’acteurs excellents que je ne citerais pas tous car ils étaient presque une dizaine), la pièce a ses hauts et ses bas, mais reste au global d’un bon acabit. J’ai par exemple trouvé poussif le prologue : pas assez de voix, pas assez de ton, et s’en dégageait un sentiment de réciter un texte scolairement plutôt que de le jouer. Fort heureusement, la suite de la pièce m’a montré qu’il ne fallait pas se fier à la première impression. Nicole Croisille est toujours aussi délurée et, malgré le rôle, naturelle et fraîche. Les costumes sont magnifiques (surtout pour mesdames) et l’intrigue ne se repose pas uniquement sur les quiproquos propres au théâtre de boulevard (ce que j’exècre pas mal).

Je ne dirais pas forcément que la pièce m’a rabibochée avec le style vaudeville mais j’ai bien apprécié le jeu des acteurs et les blagues, qui pour certaines font mouche pour toute la salle, et d’autres plus subtiles, qui peuvent passer inaperçues pour certains spectateurs. N’écoutez Pas Mesdames est représentatif du théâtre de Guitry et il bénéficie ici d’une distribution au poil. Je pense aussi qu’il y avait pas mal de groupies de Sardou dans la salle !

Kit Harington au Vaudeville Theatre

Allant assez souvent au théâtre parisien, je n’ai jamais pris le temps d’aller voir une pièce à l’étranger, m’imaginant que celles-ci devaient être complètes ou ne correspondaient pas à mon planning. Un bon alignement de planètes et de neurones a eu lieu cette semaine lors de mon bref séjour à Londres. Comme à New York, les théâtres sont légion. Bien qu’ayant aperçu David Suchet (Hercule Poirot !) à l’affiche d’une autre pièce, je me suis décidée pour aller voir True West, à deux pas de mon hôtel et commençant juste une petite demi-heure après que je ne prenne mon billet parmi les rares restants.

Etant peu de temps à Londres et prenant des repos bien mérités, j’ai donc dit oui à cette pièce qui finit très prochainement ses représentations, malgré la place à près de 50 euros, bien que très éloignée de la scène (à tel point que des jumelles étaient empruntables au niveau des fauteuils). Il faut dire que la salle était comble, pas un seul fauteuil libre. Et beaucoup de jeunes femmes, dont un certain nombre qui ressemblaient bizarrement à Rose Leslie, la belle rousse sauvageonne de Game of Thrones, qui n’est autre que la femme d’un certain Kit Harington (John Snow) dans la vraie vie, qui se trouve être l’un des deux personnages principaux de la pièce (avec Johnny Flynn), parmi les quatre présents.

J’ai eu besoin de quelques minutes d’adaptation pour me remettre dans le bain de l’accent anglais, que l’acteur dissimule plus dans GOT, même s’il restait de loin le plus compréhensible de tous, donnant la réplique à un acolyte ayant un accent banlieusard très prononcé à la Misfits, ce qui, je l’avoue, ne fait pas partie de mes accents préférés.

Le pitch est simple, deux frères cohabitent dans la maison de leur mère le temps de ses vacances. L’un est auteur en panne d’inspiration, et le second va en profiter pour proposer à l’agent du premier un nouveau scénario, sans pour autant proposer rien de plus, ce qui va créer plus de problèmes qu’en résoudre.

Avec une première partie plutôt tranquille, où les briques s’agencent (glissant même une blague sur les français, à notre avantage), la seconde est dynamique à l’extrême. D’un décor qui semble banal au premier abord, il se modifiera avec le temps jusqu’à révéler tout son potentiel. Ce changement de décor, comme les modifications temporelles, se font subtilement, via les différentes tenues vestimentaires ou encore l’évolution de l’état des plantes vertes.

Comprenant un entracte d’un quart d’heure, la pièce dure près de deux heures pendant lesquelles on ne voit pas le temps passer. Le théâtre est superbe et je ne saurais que vous conseiller de profiter d’une soirée théâtre au gré de vos déplacements, si la langue parlée n’est pas un frein à votre compréhension.