ruche européenne

Hell’s Name is BUSINESS

journalintime

Elles, petites abeilles, assistent à des cours qui leur apprennent une vie qui les dépasse, une vie censée permettre de diriger celle des autres. Une vie supérieure en préparation. Mais le pire, c’est que toutes ces petites abeilles en ont pleinement conscience. Bercées depuis toujours dans un monde luxuriant, respectant les règles du savoir-vivre à la lettre, comme des dignes héritières d’une vie versaillaise passée. Elles ne se sont jamais plaintes de leur vie, car elles n’avaient aucun recul, aucun moyen ni motif de comparaison. Ces filles et ces garçons de bonne famille forment l’élite, une ruche inaccessible d’où personne ne semble pouvoir, plus que vouloir, s’échapper.

Le tout sans aucune vision d’éthique. Bien sûr ils ont des cours de toutes sortes, jusqu’à même avoir des cours apprenant comment ne pas avoir cette éthique destinée à L’autre partie de la population. Elles apprennent jours après jours à tempérer les syndicats, annoncer un renvoi de la façon la plus mielleuse possible, trouver des failles pour licencier et chercher la rentabilité maximum. Cette rentabilité qui passe par un abaissement des coûts fixes et finalement par des plans sociaux : leur future vie sera faite de ça. De s’occuper de toutes ces mauvaises nouvelles destinées à d’autres.

Elles apprennent comment avoir un salaire enviable, voire détestable, pour faire partie de ce dixième de la population à haut salaire. Elles font partie de la grande ruche européenne de ces hommes et ces femmes d’affaires anxieux, sans vie sociale, qui vont dédier toute leur vie à un travail qui la légitime. Tout ceci forme la légitimité de ces petites abeilles, c’est même leur principale raison d’exister. Elles n’ont vécu que par ça et ne vivront plus que pour ça. Passant leurs concours à la douzaine et les réussissant, elles se sont forcées à faire ressortir tout leur savoir, toute leur culture et toutes leurs connaissances qui les différencient de cette France miséreuse sans volonté et sans avenir. Elles n’en tirent néanmoins pas plus un plaisir qu’une fierté mais plutôt le sentiment d’avoir réussi leur vie, rassuré leurs parents, accompli la mission pour laquelle elles ont été mises à la ruche dès leur naissance.

Beaucoup de miel récolté, sans sentiments.

Publicités