solitude

Aimer. Espérer. Procréer. Pourrir.

Oui, c’est à peu de choses près ce qui résume la vie d’une femme et le vide d’une femme depuis des dégénérations. Ce n’est pas un secret, je ne souhaite pas avoir d’enfants et je suis habituée à devoir m’expliquer, soutenir mon point de vue, montrer le bien fondé de mon raisonnement. Quel n’est donc pas mon étonnement, quand je demande à des connaissances qui souhaitent engendrer le pourquoi de cette envie, pour m’entendre dire qu’elles ne savent pas. Les femmes sont tellement habituées à faire ce qu’on attend d’elles qu’elles ne se posent même pas la question de savoir pour quelle raison elles veulent un enfant comme elle voudrait un labrador. Complètement enivrées par la société (je ne leur jette pas la pierre, je sais à quel point il peut être difficile pour certains d’avoir du recul), elles font cela par mimétisme sans même savoir si elles le souhaitent réellement ou si ce n’est qu’une pression familiale, qu’une réaction animale de procréation ou qu’une envie de plaire à l’être aimé.

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Je parle de cela mais je souhaitais à la base parler de solitude, ce qui n’est finalement pas si éloigné de l’autre sujet. La solitude est là quand on commence à appréhender son weekend dès le jeudi, quand on souhaite aller au cinéma mais qu’on n’a personne à qui proposer une séance (amis trop loin ou en couple ou près de leurs sous : les raisons n’en finissent pas), quand tout tourne autour d’une soirée qu’on souhaite organiser et qui finit à l’eau pour que l’on finisse au vin. Que tous ces désagréments font qu’on ne sait pas à quelle heure de la journée on se sent mieux. Après avoir pris son somnifère en se disant que la nuit sera mieux que la précédente ? Ou après avoir pris son Nespresso pour dissiper les effets du narcotique, qui ne permet même plus de bien dormir depuis des semaines ? Ça ira mieux demain, car demain c’est lundi.

Un Rire Inconnu

grumpy Non pas le rire d’un inconnu, mais plutôt un rire inconnu, qu’on ne reconnaît plus. Comme recevoir chaque jour une batterie neuve, gonflée à bloc et débordante d’énergie. Et l’épuiser. Rapidement, trop rapidement. Par le biais de blagues, de sourires, de gentillesses, de conversations, de rires méconnaissables. Un épuisement moral plus que physique comme si ma 3G intérieure restait allumée trop longtemps.

Sourire aux autres comme on voudrait que l’on puisse nous sourire. Et comme si notre propre sourire nous était destiné. Essayer de donner le change du reflet de l’âme tout en sachant qu’on ne pourra pas se recharger indéfiniment, que mon accumulateur de lithium s’amoindrit et qu’il est tant de trouver un autre combustible avant d’être trop anéantie pour pouvoir un jour relever la tête à nouveau.

Paris s’éveille

Il est cinq heures du matin, je suis dans un taxi parisien agréable, écoutant le jazz qui sort de sa radio, et je me rends compte que j’aime Paris. Non loin de Montparnasse, je vois la Tour Eiffel dépasser des rues comme si elle voulait m’embrocher, me réveiller. La ville ressemble enfin à ce à quoi on veut lui faire ressembler dans les films.

Il est près de vingt-et-une heure et la solitude de ma chambre d’hôtel m’étouffe, m’oppresse. Cette solitude est la même que celle qui me frappe chez moi, mais je n’ai ici aucun repère ; ma solitude est dépersonnalisée, ce qui la rend encore plus tranchante.

Nous sommes au mois de décembre, j’aimerais voir une dernière fois la neige, sentir quelques flocons sur ma paume, dans le creux de mon cou, sur le bout de mon nez. Toucher l’incommensurable, tenter de ressentir les mêmes émotions que la dernière fois où j’étais à la montagne : sentir l’odeur de raclette frémissante, avoir les mains enfouies dans la neige pour en faire une boule, savoir que mon corps est blotti nuit et jour contre celui que l’on aime.

A Midsummer Nightmare

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Il est de ces rares jours où la douleur paraît presque supportable. Pas non plus de ces jours où l’on peut être épanoui et heureux de respirer l’air frais non. Juste un jour, de temps en temps, où l’on sent la souffrance comme quelque chose de présent dans sa vie, dans son corps. Comme si cette dernière faisait partie d’un tout, faisait partie de soi. Et qu’on ne puisse pas passer un seul jour sans la ressentir sous toute cette couche de peau, de muscles, de chair et de graisse. Elle est là, elle sera toujours là tant que j’existerais car elle est incrustée en moi.

Partant de là, on finit par se dire que les moments de bonheur passés n’étaient là que pour conjurer le sort, qu’ils n’étaient là que par hasard et qu’il ne faut jamais s’en contenter, faire comme s’ils étaient acquis. Ce n’est pas la norme, la norme est d’être en perpétuelle aphasie. Pire encore, pour chaque instant de bonheur passé, une souffrance bien plus prononcée et plus durable viendra s’installer. Folie d’oser profiter du bonheur et folie de croire qu’il puisse se poursuivre. Folie de penser qu’on peut parfois s’en sortir sans traitement, même s’il vous rend infantile et à bout de toute énergie, sans pour autant prendre tout le mal et la peine que l’on a en soi.

Alors on reprend des médicaments qui plongent dans une sorte de sommeil éveillé. On ne vit que par le biais de souvenirs, qui deviennent regrets, puisqu’ils sont passés et ne reviendront jamais. On vit en se remémorant les bons moments, qui deviennent de vrais poignards dans le cœur quand on voit ce qu’ils sont devenus. Rien. Il n’en reste rien. Comme il ne reste plus rien de ma vie passée, que j’aurais voulu encore présente et à venir.

Et si je n’existais pas ?

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@Sacriledge

 A l’instar de Joe Dassin qui demandait « Et si tu n’existais pas ?« , je préfère me demander « Et si je n’existais pas ?« . Au travail, je serais remplacée en deux jours. Mon compagnon trouverait une nouvelle conquête en une semaine. Mes amis auraient trouvé quelqu’un d’autre avec qui ils auraient d’autres centres d’intérêt, d’autres traits de complicité. Alphonse Allais ne dit-il pas que « les cimetières sont remplis de gens irremplaçables » ? Les personnes qui nous tournent le dos ne seraient-elles finalement pas plus heureuses de savoir la disparation de celles qui les importunent ? Un bien ne vaut-il pas un quelconque mal ?

Et si tu n´existais pas,
Dis-moi pourquoi j´existerais?
Pour traîner dans un monde sans toi,
Sans espoir et sans regrets.

Souvenirs d’émois de Mai

Mojito_by_gBobly

Seule, assise à la terrasse d’un café qu’on peut définir comme lounge, je vois cette femme à une table contiguë, fumant une Vogue. Elle me rappelle ma semaine en Italie, quand j’étais adolescente et que je m’étais acheté ce même paquet en cachette. Je pense à ces vacances, pleine de nostalgie. Je n’avais personne dans ma vie, mais je me sentais sereine. Je n’étais pas triste d’être célibataire car je n’avais à l’époque perdu personne. Personne ne s’était encore débarrassée de moi comme d’un moustique qu’on écrase au fond de son poing, avant de l’avoir préalablement assommé bien comme il faut. Personne ne m’avait encore quittée par mail au bout d’un an de relation. Personne ne m’avait encore trompée pendant deux ans. Personne ne m’avait encore laissée tomber au bout d’un an et demi, pour ramener des filles en pleine nuit à peine deux semaines après et en me rayant de sa vie ensuite comme si je n’avais jamais existé.

J’ai lu récemment sur le blog d’un ami, le (dé)compte qu’il faisait de ses années professionnelles, entre stages, chômage, emplois précaires et finalement emploi durable. J’y ai vu le même parallèle avec ma vie sentimentale. Relations précaires, relations d’un soir, déceptions et bonheur qui se délite. En quittant ma table après quelques verres, j’ai vu le frère de mon dernier compagnon, je n’ai pas osé le regarder dans les yeux. Je n’ai pas osé faire face à ma vie qui partait en lambeaux.