métro

Le Lot de Consolation

courbe_by_fccreations-d4bu3hg Ce matin, Emma se réveille avec le sourire aux lèvres. Cela fait bien longtemps qu’elle n’avait pas ressenti une telle plénitude. Elle commence son dernier jour de travail aujourd’hui et se réveille dans un lit qui n’est pas le sien, dans un appartement qu’elle ne connait pas. Emma ne laisse jamais les personnes avec qui elle couche sporadiquement rester chez elle, au même titre qu’elle ne dort jamais chez ces mêmes personnes. Par principe et par souci de maintenir une certaine distance également. Mais cette fois-ci c’est différent, car cela faisait longtemps qu’elle souhaitait être dans ce lit. Elle a peu dormi cette nuit là mais elle se réveilla comme si elle s’était reposée des heures durant. Elle se lève doucement, prend une douche rapide et s’éclipse pour cette dernière journée en lui disant « A tout à l’heure, au travail ».

En sortant de la résidence, elle voit les rues de Paris comme si elle n’avait pas ouvert les yeux depuis longtemps. Tout lui parait plus beau, plus frais. Elle sourit aux gens qu’elle croise, elle passe à la boulangerie du coin et se dirige vers la station de métro la plus proche, habillée comme la veille.

Emma s’est senti revivre l’espace d’une journée mais se rendra compte les jours suivants qu’elle n’était pas celle qui aurait du finir dans ce lit. Des nouvelles, point elle n’en aura. Elle devra s’éclipser aussi discrètement de sa vie comme elle l’a fait de sa chambre, car c’était une autre que voulait vraiment cet homme, Emma, elle, n’était qu’un simple lot de consolation.

Bad Kids

Article écrit en 10 minutes top chrono, le temps d’un Paris Saint-Lazare / Courbevoie.
Taux d’alcoolémie : moyen.

SANYO DIGITAL CAMERA

Dans la rame de la ligne 13, je la regarde. Elle est belle. Malgré ses ongles rouges vernis et son maquillage outrancier de la même couleur. Comme des centaines, des milliers d’autres jeunes femmes de son âge, elle tripotte son téléphone portable pour actionner de la musique qui dépasse le cadre de ses oreilles. Les cheveux remontés sur le front, elle a le regard penché sur un livre de poche, livre bien trop épais pour que je puisse imaginer ce genre de filles le lire. Non que je reste bloquée sur son physique, qui parait en inadéquation avec son appétit littéraire. Elle sort en soirée, bien fardée, cela se voit. Elle veut qu’on la remarque.

Je l’ai croisée sur la même ligne, quelques heures plus tard. Le visage émacié, les traits tirés, le regard perdu dans le vague. Les effets de la drogue, remarquables au premier coup d’œil. Drogue dure à n’en pas douter quand je remarque ses mains s’agiter de manière frénétique, comme le ferait le métronome d’un pianiste. Restant toujours jolie à mes yeux, elle a perdu l’étincelle d’intelligence que j’avais démasquée chez elle. Paumée est le terme qui me vient à l’esprit en la regardant. Pour paraphraser je ne sais plus qui, je me demande comment une fille aussi jolie peut-elle être aussi malheureuse. Malheureuse au point de mettre sa vie en danger pour n’importe quelle contrariété venant à la gêner ? Elle a des amis borderline mais a toujours eu le recul nécessaire pour ne pas sombrer. Alors même qu’elle a mis sa vie en danger par deux fois au cours de ces derniers mois. Par désespoir ? Nul ne le sait, même pas elle je le crains.

Mais quand je la regarde dans l’image que renvoie son reflet dans la vitre, je sens qu’elle n’est pas si triste que je l’imagine. Ou en tout cas plus si triste qu’elle ait pu l’être auparavant. Elle semble hors de portée, peut-être l’effet de ses yeux creux et éteints. Tristesse sans nom et indéfinissable car je la sens au bord des larmes sans qu’elle ne soit elle-même en mesure de s’en rendre compte. Par peur de tout perdre, perdre tout ce qu’elle a difficilement acquis, perdre ce qui compte le plus dans sa vie puisqu’elle lui donne ainsi son sens. Elle a déjà perdu plusieurs hommes dans sa vie, tout comme elle s’est déjà perdue dans les bras de dizaines d’autres. Mais perdre le même homme une seconde fois demanderait une dose de courage qu’elle ne se sent pas prête à avoir si ce jour devait arriver. Mais comme elle n’en est pas là, elle sourit. Sourit de son présent, et au diable si son futur ressemble à son passé. On ne vit qu’au présent, et qu’une fois, Monsieur Bond.

Coup de projecteur sur …

L’inconnu du métro ! (clikclik)

cp-serge-le-lapinJe suis tombée par le plus grand des hasards sur ce blog, qui ne pouvait pas me laisser indifférente vu la grande affection que je porte pour le métro parisien (entre Serge le lapin, les rencontres insolites au détour d’un changement de ligne, les dragues sans lendemain et les grèves). Le concept est tout simple : interviewer la personne qui se trouve assise en face de vous dans le métro. Facile me direz-vous mais c’est sans compter sur la gentillesse légendaire des Parisiens, le stress nous poussant à ne pas perdre du temps inutile dans la rame, la peur de l’inconnu ou encore les iPods ou autres engins nous coupant tout bonnement des autres moutons que nous sommes tous dans les transports en commun.

Filez voir et lire son blog. On y trouve des portraits souvent insolites mais toujours émouvants, donnant un tant soit peu de réconfort et de confiance envers le genre humain en guise de « tout n’est peut-être pas perdu après tout ».

Suicidez-vous !

Car après il sera trop tard !

En effet, la RATP a commencé depuis quelques mois une rénovation totale de la quasi totalité de ses lignes de métro. Cette rénovation a pour unique but de préserver la sécurité des voyageurs du métro (et non pas rendre les stations un peu plus esthétiques comme ils tendent à le faire croire …), en d’autres termes éviter les suicides.

Les stations de Paris ont donc vu fleurir des sortes de baies vitrées comme celles présentes sur la ligne 14 (vous savez, la violette, celle qui est automatisée et ne subit donc jamais la grève), avec des portes, automatiques elles aussi, ne s’ouvrant qu’une fois la rame arrêtée en station.

De sorte qu’il deviendra bientôt impossible de se jeter sous les voies, et ce, par quelconque moyen. Il reste toutefois la solution RER : plus facile, plus rapide et donc à fort taux de réussite. N’hésitez plus une seconde et filez tout droit dans les sous-sols parisiens (évitez simplement la ligne A, je n’ai pas envie d’attendre une heure mon RER tous les matins à cause « d’incidents de voyageurs »).

Sextonik ~

Hey_baby_by_SkiZy

Champ-de-Mars, un mercredi soir, 21h et des poussières scintillantes.
Accompagnée de deux amies et de quelques bouteilles d’alcool, j’arrive, transportée par le métro parisien, au cœur du champ de mars : énorme étendue de pelouse dominée par la hauteur de la Dame de Fer métallique française.

Je n’ai jamais vu tant de monde manger, boire, danser, jouer de la musique, tous réunis sans occasion spéciale. L’effet d’une soirée veille de jour férié peut-être ? Nous traversons cette pelouse avec nos chaussures de soirée, nos cigarettes à la main et nos portables à l’oreille, tentant de retrouver des connaissances parmi cette marée humaine. Les trouvant enfin, nous nous asseyons, sortons les décapsuleurs, les gâteaux apéritifs et les paquets de fraises tagada. Il fait sublimement chaud pour un mois de mai qui s’était jusqu’alors révélé épouvantable. Une pelouse, comme uniquement dédiée aux familles avec enfants qui viennent ici pique-niquer et qui se font aussitôt remplacer à la nuit tombée, par des étudiants en mal d’alcool.

22h et les cadavres de bouteilles commencent à s’entasser au centre de la dizaine de personnes que nous formons. Continuant de sortir les bouteilles de vin que j’ai dans mon sac, je regarde certains de mes amis commençant à danser, d’autres à parler, tous rigolant. Et donc la plupart racontant des conneries.
« On a réussi à ouvrir une bouteille de vin comme dans la vidéo sur facebook ! ».
Nous voyons pour la deuxième fois de la soirée scintiller la Tour Eiffel, preuve que les 23h viennent d’arriver. Rangeant toutes nos ordures dans des sacs, nous nous levons avec plus ou moins de difficultés pour aller trouver la station de métro la plus proche. Les voix s’élèvent d’elles-mêmes, jamais provocantes. Et les mains se frôlent, toujours provocantes.

Arrivés à Bir-Hakeim, nous prenons un métro, puis un autre, prenant la moitié de la place du wagon dans lequel nous étions rentrés. Blanche, nous descendons. Nous descendons dans l’un des quartiers de la luxure le plus controversé que nous connaissons, Pigalle la douce et la bien-nommée. Droit devant nous, le Moulin-Rouge, à sa droite, la Loco, boîte de nuit réservée par notre école pour la soirée. Nous passons par une entrée dérobée pour échapper à la queue d’une demi-heure qui se présente à nous et rentrons au cœur d’un ensemble de salles, encore à moitié vides pour le moment. Sentant mon euphorie redescendre et profitant d’un bar encore non bondé, je demande un vodka-redbull pour me réveiller et continuer de fixer ce sourire sur mes lèvres. Nous nous mettons à danser sur l’une des pistes de danse encore vides, nous déhanchant, bien conscientes de nos jupes plus courtes les unes que les autres et des regards qui se posent frivolement sur nous.

Les salles se remplissent de plus en plus, je m’arrête pour saluer des connaissances, des amis, des amoureux, des amantes, avant de retourner faire un tour au bar, à présent quasiment inaccessible. Je constate avec un petit sourire que la salle réservée aux fumeurs, qui ne devait pas faire plus de deux mères carrés, s’est à présent volatilisée et toute la boîte ne s’électrise plus que sous les volutes de fumée changeant de couleur et de consistance. Je me déplace entre les salles, les bars et les espaces vip où je croise certains de mes amis une coupe de champagne à la main. Je vois certaines filles se remaquiller, une être bien pâle et une autre pleurant. Sentant trop de monde autour de moi, trop de chaleur dans l’air et trop de mains sans propriétaires, je m’assois quelques instants pour m’assoupir dans les bras d’un copain que je croise tous les jours mais dont j’ignore le nom. Une amie me réveille en me disant qu’elle compte s’éclipser.
Il est à peine 3h mais cette population en surnombre aura eu raison de moi. Passage aux vestiaires, décolleté devant les taxis passant, rentrée chez moi une demi-heure de voiture plus tard et connectée sur le net, je me sens rassurée de savoir que toute cette soirée n’était finalement que pure fiction.

Métro – Boulot – Dodo. Acte II

Métro-Boulot-Dodo. Acte I

Les presque quatre heures de la matinée passées vient le moment de s’octroyer une pause, excusable cette fois-ci, contrairement aux allers – retours cafétéria – bureau – trottoir que tout le monde fait sans pouvoir s’empêcher de regarder son voisin d’un air culpabilisant quand c’est à son tour d’aller fumer sa cigarette.

Le midi il n’y a que l’embarras du choix. D’un côté le « restaurant d’entreprise », au titre aussi pompeux que peuvent l’être des cadres en devenir avec leurs cravates très sobrement rabattues sous leur col ou les cadres encore mieux encadrés par de belles donzelles grâce à leurs cheveux grisonnants et leur œil bleu vif digne d’une pub Nespresso. De l’autre des dizaines de brasseries concentrées dans l’un des plus grands centres d’affaires parisiens avec leurs serveurs à l’affût des employés cherchant un endroit bruyant où parler boulot hors du boulot et où leurs yeux brillent autant que leur carte gold.

metro (1)