Mois: mai 2008

Et Pourtant …

Du soleil, ça faisait longtemps.
Ce même soleil qui à lui seul fait sourire certains et fuir certaines.
Il suffit de prendre deux personnages et un contexte : une jeune femme, un passage piéton et une voiture ; la voiture c’est une entité à part entière, elle obéît à des règles strictes pour mieux les contourner par la suite, elle prend soin d’elle, on prend soin d’elle juste pour la prendre par la main et la montrer à ses copains comme un trophée parce qu’elle n’est pas souvent si facile à avoir, si facile à maîtriser. Et à la fin on en perd le contrôle, elle finit dans le décor avant de se refaire une beauté et d’appartenir à un nouveau maître.

Je disais une femme qui veut traverser et une voiture qui arrive à toute vitesse.
Sans soleil elle serait déjà morte la pauvre femme. Seulement voilà, le soleil c’est la machine à hormones, le moteur qui fait couper ce dernier, celui qui fait appuyer sur les freins en disant « Il fait beau, il y a du vent et elle est en jupe, laisse-la traverser ».

Il a freiné trop brutalement, s’est fait emboutir et est mort sur le coup.
Je n’aime pas le soleil de toute manière.

Deviens ce que tu hais.

Quelqu’un qui vous déteste autant, c’est quelqu’un qui veut que vous le détestiez autant, c’est quelqu’un qui veut votre attention. Donc c’est quelqu’un qui vous aime inconsciemment. (FB)

C’est marrant comme être pris dans une position de point de non retour peut vous forcer à faire des actions bien précises, à réfléchir autrement qu’il en est d’habitude.
A apprécier certaines choses, certains statuts qui n’auraient jamais été envisageables en période « normale », et c’est là, quand on croit être arrivé au bout du chemin qu’on commence à emprunter un sentier encore plus ombragé que le premier.
C’est aussi là que la moindre des améliorations, pourtant bien en dessous du niveau de la mer, ne peut que réjouir et s’imposer comme un nouveau mode de vie ; non plus la recherche d’une vie bien mais d’une autre pas si mal que ça. Comme tout le monde quoi.

Quelqu’un.

Il n’y a rien de plus glauque et dérangeant que les hôpitaux.
Je mets ensemble les hôpitaux et les maisons de retraite. Il ne faut pas s’imaginer les maisons de retraite comme un ensemble de salles où nos petits vieux jouent au bridge ou à la belote en regardant les feux de l’amour comme on le voit dans tous les reportages de TF1.
Non. C’est beaucoup plus sournois. Je fais le parallèle entre les deux établissements car quand on y entre on ne sait pas toujours quand on va en ressortir et dans un cas comme dans l’autre on n’en ressort pas forcément debout et en vie.

Je sais. On va encore me dire que je fais des articles pour dépressifs et qu’il n’y a aucune joie dans mes textes. Qu’y puis-je s’il n’y a rien de drôle à interpréter en ce moment. Je sais aussi. Je pourrais vous parler de choses lugubres sur le ton de l’humour, je pourrais même ne pas vous parler de choses lugubres. Oui, je pourrais. Mais je n’ai pas vraiment le cœur à ça. Je sais encore. Facile à dire quand on en a pas.

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Bref, pourquoi une haine viscérale envers eux ?
Ça sent le propre, l’absence totale de sentiments, une ambiance aseptisée où plus personne ne compte les jours, de peur de se rendre compte de ne plus savoir lequel est il, de se rendre compte qu’ils sont là depuis déjà trois ans ou seulement depuis une semaine, ce qui revient au même.
Dans ces salles où il n’y a que des fenêtres, des fenêtres à part sauter à travers ça ne sert à rien. A quoi bon regarder dehors quand on sait que ce monde ne nous accueillera jamais plus ? Qu’il nous dégoute, que c’est réciproque, qu’on ne comprend plus rien et qu’on ne peut plus se faire comprendre.
Même mes proches ne me comprennent plus, je parle, je suis sûre de parler, mais eux me regardent comme si je parlais une langue étrangère ou comme s’ils étaient sourds et moi muette.

Docteur ? Depuis quand ne parle-t-elle plus ? C’est venu peu à peu ; il y a un mois elle disait encore des phrases entières mais depuis quelques semaines elle ne dit plus que des mots, et maintenant très rarement. Elle semble vouloir nous parler, on le sent dans ses yeux mais on ne comprend pas ce qu’elle dit. Elle nous remarque et semble attendre une réponse à sa question informulée.

Vous ne pouvez pas vous rendre compte à quel point cela fait de la peine de voir une personne que l’on connaît depuis toujours se faire tuer par la vie. Petite j’en avais marre qu’elle me raconte les histoires de la famille, les différents mariages, ses frères partis à la guerre, mais maintenant je donnerai n’importe quoi pour qu’elle me raconte quelque chose, qu’importe, qu’elle me parle, qu’elle me prenne par la main en me disant autre chose qu’il faut à tout prix qu’on la sorte d’ici.
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ça fait mal.