dépression

Nocturnal Animals

Je ne comptais à la base pas faire d’article sur Nocturnal Animals, mais après l’avoir vu pour la seconde fois au cinéma, je me suis dit que le film méritait tout de même son petit billet.

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Film de Tom Ford, Nocturnal Animals nous raconte l’histoire de Susan (Amy Adams), mariée à Hutton (Armie Hammer) et sensiblement en phase de dépression. Elle reçoit alors le premier roman de son ex-mari Edward (Jake Gyllenhaal) et va vivre cette fiction en même temps que les spectateurs. Attention donc à ne pas confondre les phases de la vie de Susan et celles des pages du livre dans lequel elle est plongée, intitulé lui-même Nocturnal Animals.

Oppressant et très noir, le film bénéficie d’une esthétique certaine. Pour prendre un exemple frappant : le générique d’ouverture. Montrant des images peu flatteuses (face auxquelles aucune personne dans la salle n’a heureusement osé se moquer, et ce pour les deux séances que j’ai faites), l’esthétique est toutefois superbe. Le directeur de la photographie de ce film a fait un travail sublime et visible dans quasiment toutes les scènes, des vues en plongée de Los Angeles aux déserts arides, en passant par la beauté d’Amy Adams superbement mise en valeur.

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Dur, voire même difficile sous certains aspects, Nocturnal Animals nous présente une bande son au poil, qu’on a toujours en tête quelques heures après. Les acteurs sont tous dans leur élément et font preuve d’un professionnalisme impeccable. Que ce soit ceux cités plus haut, mais aussi Michael Shannon en inspecteur fort de ses principes et Aaron Taylor-Johnson comme grand méchant de l’histoire, qui ne ressemble à aucun de ses précédents rôles (pour rappel, John Lennon et Kick-Ass, c’est lui aussi).

Avec près de 125 000 entrées en France une semaine après sa sortie, le film commence son succès même s’il n’était pas fait pour être un blockbuster. L’ambiance sombre pourra en rebuter certains, mais la puissance des images et le talent des acteurs aidera à convaincre bon nombre de spectateurs de la performance du staff de Tom Ford.

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26 ans sous Fluoxétine

Je vous disais, pas plus tard que dans les news du mois dernier, que tout allait pour le mieux, amour, travail, santé. Je viens finalement de débloquer un succès inégalé : me faire quitter dans les deux jours entre mon anniversaire et la Saint-Valentin.

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Toujours ces mauvaises histoires de timing, ces « je sors d’une relation de dix ans, je crois que je ne suis pas prêt », ces « ce n’est pas de ta faute » (entendu à 17 reprises au cours de ma vie) ces « tu es une fille formidable » (entendu à 38 reprises mais il n’en reste que je ne suis apparemment pas si formidable pour ceux qui ont croisé ma route) et ces « garde confiance en toi ! », comme si, après tous mes échecs cuisants, la probabilité que j’aie encore confiance en moi existe toujours.

Bref, coup de gueule ou coup de dépit, la seule chose qui m’a fait sourire ce matin dans la rue (9h17 et j’avais l’impression d’être la seule dehors) était qu’on pouvait aisément reconnaître à l’expression de leur visage ceux qui étaient en couple ou non.

Une Nuit pour en finir

C’est Liam Neeson qui le dit.

C’est marrant les jours qui passent. J’ai l’impression qu’ils se ressemblent tous mais d’une semaine à l’autre tout peut être différent. Il y a tout juste une semaine je renaissais, me sentant comme une cougar pleine de vie. Une femme fière de son corps et qui plaît encore. C’est fou comme ce sentiment emplit d’estime personnel et fait rayonner.

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Une semaine après, aujourd’hui, c’est la mort à tous les étages. Pour des raisons qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec la semaine précédente. Mais celle de ne même plus être capable de se poser la question de quand viendra une vie après l’échec, mais si une vie après l’échec viendra vraiment un jour. Si réussir sa vie est avoir une Rolex ou bien un mari et deux enfants, je suis décidément sur le banc de touche.

C’était mieux l’Avent

Parce qu’avaler les cachetons comme des Smarties ne fait pas passer les journées plus vite, je pense faire un marathon-blog, comme je l’avais déjà fait par le passé si mes souvenirs sont bons, c’est-à-dire un article par jour, jusqu’aux fêtes de fin d’année (sous réserve d’avoir une connexion internet tous les jours, ce qui n’est pas si sûr que ça). Si tant est que je puisse vraiment fêter quelque chose, j’espère que vous si, sinon ce blog va réellement virer en blog de dépressive pour dépressifs, et je ne vous souhaite pas cela.

Je fais tout pour passer le temps, mais à croire que cela n’est pas suffisant pour que je puisse avoir l’impression que ma vie vaut vraiment la peine d’être vécue. J’ai du aller dix fois au cinéma le mois dernier, j’ai essayé d’organiser des soirées, j’ai traîné dans des expos qui ne m’intéressaient pas, je suis en même temps Once Upon A Time, How to Get Away With Murder, Scandal, Homeland, The Walking Dead, American Horror Story et The Big Bang Theory et je trouve tout de même le temps long alors que la trêve hivernale vient à peine de commencer. Je vois les fêtes de fin d’année arriver avec appréhension car cela fait des années que je ne parviens plus à retrouver l’esprit de Noël, sans doute à force de passer ces jours seule, en me donnant un coup de pied aux fesses pour sortir « comme tout le monde » le 31 décembre, alors que, comme tous les ans, je pleure à ladite soirée car je ne m’y sens pas à ma place. Je suis retombée, en parcourant les articles de mon blog en brouillon que je n’ai jamais publiés, sur un que j’avais écrit un soir de Saint-Sylvestre, tellement déprimant que je me suis souvenue pourquoi je l’avais laissé en l’état de brouillon, bien que le texte soit abouti.

Si vous souhaitez que je parle de sujets en particulier, tout ou n’importe quoi dites-le moi. J’ai écrit cet article en à peine cinq minutes car c’est ce que je vis, ce que je ressens. Je dois plus m’appliquer quand ce sont des articles plus concrets, plus cinématesque, concertesque ou foodesque, qui me donnent un chouia plus de fil à retordre et donc plus de temps de concentration, ce qui n’est pas de refus.

Voilà, c’était l’article « tranche de vie » du moment et je me limite à aujourd’hui pour en poster d’autres du même acabit car je pourrais écrire et décrire ce même état d’âme des jours durant, depuis des mois maintenant.

Bienvenue chambre 809 (tout sauf un hôtel)

Je déteste plus que tout les hôpitaux. Je m’y sens mal à chaque fois que je prends sur moi pour en passer la porte. Je vois tous ces murs de couleurs criardes, contrastant tellement avec les locataires aux corps diaphanes. Je vois les magasines de la salle d’attente, posés négligemment entre trois fauteuils défoncés mais puants le désinfectant. Et ces visions me donnent la nausée.

J’avance dans ce couloir orange pâle, au rythme du bip obsédant du patient de la chambre d’à côté qui ne fait qu’appeler les infirmières pour la moindre et inutile demande. Je n’ose rien toucher, sans savoir si cela est par peur d’être contaminé par je ne sais quoi ou plutôt de moi-même contaminer cet endroit qui suinte la propreté par tous ses pores.

Face au miroir de l’ascenseur, je recoiffe rapidement mes cheveux courts, quoique déjà assez longs pour un homme, si l’on prend en compte le point de vue de mes parents. Je viens rendre visite à ma meilleure amie, Alice, mon alter égo, celle qui j’ai toujours comprise tant je différais d’elle. Elle est arrivée ici lundi matin. C’est sa mère qui a appelé les urgences quand elle n’a pas réussi à réveiller sa fille qui avait cours tôt ce matin là. Criant, la secouant, la giflant même, elle ne parvint pas à la réveiller. Alice arrivée aux urgences, il a été diagnostiqué une tentative de suicide à base d’alcool pur et d’antidépresseurs, l’équivalent d’une boîte entière. Un lavage d’estomac plus tard et un coma terminé, elle repose patiemment dans une chambre au deuxième étage de cet hôpital de province. Chambre impersonnelle où rien ne la distingue d’une autre, à part le livre de fantasy médiévale d’Alice, posé sur ce qui lui sert de table de chevet.

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Je m’en veux car, comme à chaque fois qu’une catastrophe arrive, on ne peut que culpabiliser en se disant qu’on aurait pu l’éviter. C’est ici parfaitement mon cas. Je la savais triste, je la savais aller très mal, mais je n’aurais jamais imaginé qu’elle puisse faire ce qu’elle pensait. Elle m’avait pourtant déjà appelé, en larmes, certains soirs où elle se sentait moins que rien. J’avais alors réussi à la réconforter, sans me douter que cela n’était qu’à chaque fois provisoire. Ou alors faisait-elle même semblant de paraitre rassurée des paroles que je lui disais.

Aucun bruit ne sort de sa chambre, je l’entrebâille avec une certaine appréhension. Je vois Alice, elle est à demi assise sur son lit et regarde par la fenêtre, qui ne donne sur rien à part un terrain vague, sans âme et sans espoir. Quand je pense aux raisons de son passage à l’hôpital, je me dis qu’ils auraient pu trouver un meilleur remontant. Je m’approche d’elle et lui prend la main, prêt à tout, prêt à affronter sa colère, sa rancœur ou une plus grande dépression encore. Elle se retourne vers moi en sursautant, ne pouvant pas me cacher ses yeux imbibés de larmes. J’étais prêt à tout, sauf à sa véritable réaction : la culpabilité. Voyant les pleurs rouler de plus bel sur ses joues, je l’entends me dire à quel point elle était désolée. Elle me priait de lui pardonner. Elle était désolée, si désolée, semblait si terrorisée, comme une enfant prise en faute. La voyant ainsi, j’ai craqué, je ne parvenais plus à être fort. J’ai senti mes yeux se rougir et une boule douloureuse se former au milieu de ma gorge. Je l’ai serrée dans mes bras en me promettant d’avoir la force qu’elle ne parvenait pas à avoir. D’être celui qui pourrait l’aider à vivre, à chaque fois qu’elle n’en aurait plus le courage, maintenant que son coma lui avait paralysée toute la moitié gauche de son corps.

Up and Down. And down. And down …

Jeff se déteste. Il déteste sa personnalité taciturne et son caractère impossible à gérer. Envers les autres il n’y a aucun problème, il est plus que cordial dans la vie de tous les jours, sourit aisément, a une bonne conversation et met à l’aise son entourage assez facilement. Bref, il est apprécié. Ce qu’il n’apprécie pas, c’est lui. Et c’est le seul à avoir ce ressentiment envers lui-même. Son caractère lui est impossible car il ne parvient pas à se définir. Jeff n’arrive pas à savoir quelle personne il est vraiment : est-il cet homme souriant et pétillant de vie aux yeux de tous, ou ce mec abattu qui passe son temps à maudire sa vie et ne réussit pas à se sentir heureux ? Car il est bel et bien là, ce perfide problème qui n’en est pas à ses balbutiements.

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Se confiant un jour à une amie proche, Jeff s’est entendu dire de sa propre bouche qu’il ne parvenait pas à être heureux, ou du moins qu’il n’y parvenait plus. Quand on a un rêve, on l’admire, on le statufie, car il représente le souhait incarné de toute espérance. Quand on est en plein rêve, mais en même temps en pleine réalité, quand tout ce qu’on souhaitait se déroule enfin, on ne se pose plus aucune question. On ne se demande pas si on en viendra à regretter nos actes par la suite, on vit pleinement, on profite tout simplement. Et puis vient le temps où le rêve s’arrête et où la fin de ce rêve se transforme en une vie cauchemardesque, où on ne rêvera plus qu’à s’endormir de nouveau pour se laisser flotter sur son petit nuage comme auparavant. En toute naïveté certes, mais avec un grand bonheur.

Jeff n’a pas l’impression de se forcer quand il est entouré. Il passe ses journées comme si de rien n’était, parlant à loisir, racontant des anecdotes, bref, ce que ferait tout un chacun. Il ne ressent nullement l’impression de se mentir. Etre entouré lui donne le sentiment d’être bien, de partager, en un mot : de vivre. Ce n’est que seul, les yeux penchés sur les lignes d’un livre, seul face à son ordinateur, ou encore écoutant de la musique allongé sur son lit, que se font ressentir les effets d’un tel changement d’environnement. Jeff passe d’une école où il semble connaître tout le monde, parle volontiers avec chaque personne qu’il croise, à une chambre où toutes les pensées les plus sombres qu’il puisse avoir l’emprisonnent et le ramènent à ses rêves dépassés.

Jeff se déteste car il s’en sent prisonnier. Il fait tout son possible pour les chasser mais elles reviennent aussi rapidement et aussi douloureusement qu’un boomerang bien lancé atterrirait dans le nez de quelqu’un ayant oublié son geste. Il se demande souvent s’il est normal. Et s’il est normal de changer d’état d’esprit comme de chemise, de se sentir rassuré et se transformer l’instant d’après en un homme qui n’a plus foi en la vie. En tout cas pas en la sienne.