schizophrénie

Up and Down. And down. And down …

Jeff se déteste. Il déteste sa personnalité taciturne et son caractère impossible à gérer. Envers les autres il n’y a aucun problème, il est plus que cordial dans la vie de tous les jours, sourit aisément, a une bonne conversation et met à l’aise son entourage assez facilement. Bref, il est apprécié. Ce qu’il n’apprécie pas, c’est lui. Et c’est le seul à avoir ce ressentiment envers lui-même. Son caractère lui est impossible car il ne parvient pas à se définir. Jeff n’arrive pas à savoir quelle personne il est vraiment : est-il cet homme souriant et pétillant de vie aux yeux de tous, ou ce mec abattu qui passe son temps à maudire sa vie et ne réussit pas à se sentir heureux ? Car il est bel et bien là, ce perfide problème qui n’en est pas à ses balbutiements.

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Se confiant un jour à une amie proche, Jeff s’est entendu dire de sa propre bouche qu’il ne parvenait pas à être heureux, ou du moins qu’il n’y parvenait plus. Quand on a un rêve, on l’admire, on le statufie, car il représente le souhait incarné de toute espérance. Quand on est en plein rêve, mais en même temps en pleine réalité, quand tout ce qu’on souhaitait se déroule enfin, on ne se pose plus aucune question. On ne se demande pas si on en viendra à regretter nos actes par la suite, on vit pleinement, on profite tout simplement. Et puis vient le temps où le rêve s’arrête et où la fin de ce rêve se transforme en une vie cauchemardesque, où on ne rêvera plus qu’à s’endormir de nouveau pour se laisser flotter sur son petit nuage comme auparavant. En toute naïveté certes, mais avec un grand bonheur.

Jeff n’a pas l’impression de se forcer quand il est entouré. Il passe ses journées comme si de rien n’était, parlant à loisir, racontant des anecdotes, bref, ce que ferait tout un chacun. Il ne ressent nullement l’impression de se mentir. Etre entouré lui donne le sentiment d’être bien, de partager, en un mot : de vivre. Ce n’est que seul, les yeux penchés sur les lignes d’un livre, seul face à son ordinateur, ou encore écoutant de la musique allongé sur son lit, que se font ressentir les effets d’un tel changement d’environnement. Jeff passe d’une école où il semble connaître tout le monde, parle volontiers avec chaque personne qu’il croise, à une chambre où toutes les pensées les plus sombres qu’il puisse avoir l’emprisonnent et le ramènent à ses rêves dépassés.

Jeff se déteste car il s’en sent prisonnier. Il fait tout son possible pour les chasser mais elles reviennent aussi rapidement et aussi douloureusement qu’un boomerang bien lancé atterrirait dans le nez de quelqu’un ayant oublié son geste. Il se demande souvent s’il est normal. Et s’il est normal de changer d’état d’esprit comme de chemise, de se sentir rassuré et se transformer l’instant d’après en un homme qui n’a plus foi en la vie. En tout cas pas en la sienne.

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I’m An Unrescuable Schizo

C’est mon côté mec qui me fait acheter des jeux vidéo pour y jouer des heures durant mais mon côté fille qui me rappelle à l’ordre en me mettant du vernis à ongles et du rouge à lèvres. C’est mon côté mec qui m’habille en jean / Converse la moitié du temps et mon côté fille qui me fait mettre des jupes et des bottines l’autre moitié. Mon côté mec déteste plus que tout faire les magasins mais mon côté fille craque chaque mois pour de nouveaux sacs. Mon côté mec me pousse à jouer au foot dès que je vois un ballon et à me poser devant la télé pour voir des branquignoles s’emmêler les pinceaux mais mon côté fille me retient d’abimer mes ballerines neuves en tirant de toutes mes forces dans un ballon. C’est mon côté masculin qui me fait prendre des substances psychotropes enthéogènes lors de soirées arrosées mais mon côté féminin qui commence à avoir peur des conséquences une fois les bêtises faites. C’est mon côté mec qui me fait boire plus de raison mais mon côté fille qui préfère profiter de la délicatesse des bons vins en les dégustant avec une sagesse au-dessus de tout soupçon. C’est mon côté mec qui me pousse à draguer et profiter des plaisirs de la chair sans complexe et sans lendemain mais mon côté fille qui préfère jouer la carte de la timidité et de la retenue en espérant plus de sérieux sans trop y croire vraiment.

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Non je ne suis pas schizophrène, je m’adapte aux circonstances. Je ne vais pas en festoch avec un sac de marque et je ne vais pas dans une soirée coquette en tongs et jean troué. Je ne gueule pas quand mes cheveux sont trempés par la pluie mais qu’est-ce que je donnerais pour toujours avoir du chocolat à portée de main.