Mois: mai 2009

Sextonik ~

Hey_baby_by_SkiZy

Champ-de-Mars, un mercredi soir, 21h et des poussières scintillantes.
Accompagnée de deux amies et de quelques bouteilles d’alcool, j’arrive, transportée par le métro parisien, au cœur du champ de mars : énorme étendue de pelouse dominée par la hauteur de la Dame de Fer métallique française.

Je n’ai jamais vu tant de monde manger, boire, danser, jouer de la musique, tous réunis sans occasion spéciale. L’effet d’une soirée veille de jour férié peut-être ? Nous traversons cette pelouse avec nos chaussures de soirée, nos cigarettes à la main et nos portables à l’oreille, tentant de retrouver des connaissances parmi cette marée humaine. Les trouvant enfin, nous nous asseyons, sortons les décapsuleurs, les gâteaux apéritifs et les paquets de fraises tagada. Il fait sublimement chaud pour un mois de mai qui s’était jusqu’alors révélé épouvantable. Une pelouse, comme uniquement dédiée aux familles avec enfants qui viennent ici pique-niquer et qui se font aussitôt remplacer à la nuit tombée, par des étudiants en mal d’alcool.

22h et les cadavres de bouteilles commencent à s’entasser au centre de la dizaine de personnes que nous formons. Continuant de sortir les bouteilles de vin que j’ai dans mon sac, je regarde certains de mes amis commençant à danser, d’autres à parler, tous rigolant. Et donc la plupart racontant des conneries.
« On a réussi à ouvrir une bouteille de vin comme dans la vidéo sur facebook ! ».
Nous voyons pour la deuxième fois de la soirée scintiller la Tour Eiffel, preuve que les 23h viennent d’arriver. Rangeant toutes nos ordures dans des sacs, nous nous levons avec plus ou moins de difficultés pour aller trouver la station de métro la plus proche. Les voix s’élèvent d’elles-mêmes, jamais provocantes. Et les mains se frôlent, toujours provocantes.

Arrivés à Bir-Hakeim, nous prenons un métro, puis un autre, prenant la moitié de la place du wagon dans lequel nous étions rentrés. Blanche, nous descendons. Nous descendons dans l’un des quartiers de la luxure le plus controversé que nous connaissons, Pigalle la douce et la bien-nommée. Droit devant nous, le Moulin-Rouge, à sa droite, la Loco, boîte de nuit réservée par notre école pour la soirée. Nous passons par une entrée dérobée pour échapper à la queue d’une demi-heure qui se présente à nous et rentrons au cœur d’un ensemble de salles, encore à moitié vides pour le moment. Sentant mon euphorie redescendre et profitant d’un bar encore non bondé, je demande un vodka-redbull pour me réveiller et continuer de fixer ce sourire sur mes lèvres. Nous nous mettons à danser sur l’une des pistes de danse encore vides, nous déhanchant, bien conscientes de nos jupes plus courtes les unes que les autres et des regards qui se posent frivolement sur nous.

Les salles se remplissent de plus en plus, je m’arrête pour saluer des connaissances, des amis, des amoureux, des amantes, avant de retourner faire un tour au bar, à présent quasiment inaccessible. Je constate avec un petit sourire que la salle réservée aux fumeurs, qui ne devait pas faire plus de deux mères carrés, s’est à présent volatilisée et toute la boîte ne s’électrise plus que sous les volutes de fumée changeant de couleur et de consistance. Je me déplace entre les salles, les bars et les espaces vip où je croise certains de mes amis une coupe de champagne à la main. Je vois certaines filles se remaquiller, une être bien pâle et une autre pleurant. Sentant trop de monde autour de moi, trop de chaleur dans l’air et trop de mains sans propriétaires, je m’assois quelques instants pour m’assoupir dans les bras d’un copain que je croise tous les jours mais dont j’ignore le nom. Une amie me réveille en me disant qu’elle compte s’éclipser.
Il est à peine 3h mais cette population en surnombre aura eu raison de moi. Passage aux vestiaires, décolleté devant les taxis passant, rentrée chez moi une demi-heure de voiture plus tard et connectée sur le net, je me sens rassurée de savoir que toute cette soirée n’était finalement que pure fiction.

Savoure le Rouge

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Et rien qu’entre elles et sans garçon,
Sur des rochers, des forêts elles habitaient.
Toutes les journées dépensées en jeux fripons,
Et rien de plus qui pouvait les déranger.

Il n’y a pas de barrières plus fragiles que celles qui séparent l’Amour de l’amitié. Les deux peuvent se mélanger, se confondre, ne faire qu’un pour enfin rester indissociables. L’Amour n’est pas ambigu, l’amitié l’est beaucoup plus car elle seule peut se métamorphoser en un sentiment bien plus fort de manière aussi rapide que l’Amour peut lui s’éclater. Elles ont bien souvent l’impression que l’humanité toute entière a gâché toute la définition de ce mot, gâché ce sentiment si noble, si simple et si précieux.

L’amitié n’est pas non plus de l’amour déguisé, c’est une confiance et une impression de complicité qu’elles n’ont jamais su retrouver dans d’autres types de relations. Alors elles se sont mises à avoir des fucking friends, des amis avec lesquels elles se sentaient bien et qu’elles n’avaient pas peur de décevoir. Elles les voyaient au gré de leurs envies et sans se sentir attachées, liées de force à des rendez-vous amoureux obligatoires. Enfin, elles étaient libres.

Cette sensation de plénitude ne dura qu’un temps, évidemment. Elles ne se qualifiaient ni comme célibataires, ni comme étant en couple, qu’étaient-elles donc ? Elles-mêmes n’en savaient rien. Et plus que de poser des problèmes moraux dont elles n’avaient rien à faire, elles commencèrent à se questionner sur le sentiment mélancolique qui semblait les ronger de l’intérieur : une culpabilité mélangée à un dégoût de soi qui n’entraina ni plus ni moins que la remise en question de leur choix de vie. Elles cherchent l’Amour sans trop y croire. Elles font l’amour pour profiter du temps présent, du temps plaisant. Mais n’est pas épicurien qui veut, profiter de relations charnelles aussi facilement et aussi frivolement que feuilleter un magasine féminin ne pouvait que rendre le poids de la culpabilité d’autant plus lourd et plus tenace qu’elles ne s’en étaient jamais soucié jusqu’alors.

Et dans la nuit et sous la lune,
Elles s’embrassaient, s’amusaient quand elles voulaient.
Et elles se baignaient en short dans les écumes,
Et elles dansaient, s’amusaient comme elles voulaient.

Un Mr Freeze à la framboise, oui, celui bleu-fluo.

En quittant les cours cet après-midi, j’ai eu l’idée, et surtout l’envie, de m’arrêter à une boulangerie sur mon passage dans l’unique but de m’acheter une glace. Le mois de mai étant déjà bien entamé et, à fortiori le soleil aidant, ne pouvait que me convaincre de m’acheter cela sans néanmoins trop culpabiliser. Dans ces moments là, on réalise évidemment la différence du regard extérieur entre une petite fille de 10 ans, en jupe et haut mignon qui mange une glace, et celle qui le fait dans les mêmes conditions 10 ans après.