Mois: avril 2009

L’Ultime Sacrilège.

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A ma gauche un ordinateur et un gentil geek pianotant intelligemment devant une partie de Callof. Droit devant moi, évidemment, mon laptop blanc crème avec ma souris, blanche elle aussi, blanc pomme. Mes yeux oscillent entre les deux écrans et les fenêtres de conversation clignotantes. Je m’arrête toutes les cinq minutes le temps de relancer le téléchargement des épisodes d’un anime, et ce temps perdu, le reste surtout pour mon pauvre petit cerveau qui perd, à chaque arrêt, le peu d’élan d’imagination qu’il avait jusqu’alors emmagasiné. Il fait froid. Ou plutôt, j’ai froid. Je me faufile jusqu’à une chambre proche et saisis le premier blouson que je sens sous mes doigts : un blouson noir avec une croix satanique et le logo du groupe Chimaira. Tant pis pour la gueule du blouson, j’ai froid après tout. Les basses Ashdown, branchées à un ukulélé, font résonner sous mes pieds, le son nostalgique d’une fin de soirée tranquille.

Allant fumer un joint dehors, je réfléchissais à ce que je pouvais rajouter à ce texte qui ne semble rien dire de bon. Et puis il n’est pas vraiment glauque non plus, bizarrement. Encore plus bizarrement, je n’ai aucune idée de tristes pensées à coucher sur le fichier word, ouvert depuis maintenant plus d’une demi-heure. Peut-être ai-je fait le tour de tout ce qu’il y a de méprisable en ce monde. Non, bien sûr que non. Un blog n’y suffirait pas. Mais quand je ne pense à rien de tel, rien de sombre, de choquant, il ne me vient à l’esprit que d’arrêter mon blog. Les aventures rose-bonbon, les histoires lancinantes de naïveté, les nouvelles qui donnent envie de sourire sont tellement rares et par définition si naïves et rose-bonbon qu’elles ne méritent pas que l’on s’y attarde. On m’a souvent félicitée pour mes derniers écrits et faite culpabiliser pour les horreurs que j’y racontais. Mais si ces écrits sont poignants, c’est parce qu’ils sont réalistes, et le sont bien trop à mes yeux. J’écris autant pour expier mes fautes que celles des autres.
Et j’attends avec impatience ce jour. Le jour où je n’aurais plus rien de sombre à raconter, le jour où toutes mes plaies se seront enfin cicatrisées.

Bye-Buy Beautiful

kurtcobain

Accoudé à la portière de la voiture, regardant par automatisme dans son rétroviseur, il roule en direction de la mer toute proche. Le temps est au beau fixe comme le lui avait indiqué son baromètre avant de partir en balade. Il adore le mois de juin, le mercure n’atteint pas encore des sommets mais permet déjà de se dénuder à loisir et sans pudeur. Sa fenêtre côté conducteur ouverte, il passe la main dans ses cheveux mi-longs qui ont tendance à suivre la direction du vent. Ce qu’il adore aussi par-dessus tout, c’est traverser les multiples villages sur son chemin, sa cigarette pendue à ses lèvres, pour regarder les filles se retourner sur son passage. Se cachant derrière ses lunettes de soleil, il ne laisse toutefois rien paraitre, sauf parfois un sourire à peine dissimulé.
Mais aujourd’hui il ne sourit pas, il n’en a simplement pas envie. Il fonce droit vers le soleil en se souciant assez peu des nymphes ayant profité elles aussi de ce beau temps pour revêtir de légers déshabillés. Il ne pense qu’à la mer, la mer qui rapproche et déchire tant d’hommes, cette mer qui lui semble si proche mais si intouchable, lointaine. Depuis son enfance il a toujours adoré regarder la mer. S’asseoir au bord de l’eau, sur des rochers luisants, pour perdre son regard dans l’immensité du calme et de la nervosité de cette mer si mystérieuse.
Il se gare assez loin de la plage en question, sa plage, une petite crique tranquille que les touristes n’ont pas encore envahie. Aujourd’hui, il a une envie dévorante de marcher sous ce soleil éternel, prenant son temps, savourant la singulière odeur d’iode venant lui faire frétiller les narines. Laissant ses chaussures derrière lui, il commence à enfoncer ses pieds dans le sable chaud, sensation tellement agréable, et donc, si difficilement descriptible. N’ayant plus que son sac à dos avec lui, il prend quelques photos, essayant de faire les plus belles qu’il soit, les plus vivantes surtout.

Après une vingtaine de minutes de vagabondage et de marche lente, il parvient enfin à hauteur de la crique, sa crique. Elle n’a toujours pas changée depuis les longues années pendant lesquelles il n’avait pas pris le temps de venir. Rangeant son appareil-photo au fond de son sac tout en s’asseyant à la limite de l’entrée de la petite grotte, il regarde encore une fois le ciel se fondre et se confondre avec la mer, la beauté de cette nature, la beauté de la vie.
Rouvrant son sac, il en sort, déterminé mais si calmement, le Colt qu’il tient de son père. Se l’apposant lentement sur la tempe, il se dit en souriant qu’il n’y a vraiment pas jour plus merveilleux pour mourir.

I’m feeling good.

Le plaisir d’aller au cinéma, de se faufiler dans une salle sombre, accompagné ou non,  et se trouver une place parmi les spectateurs déjà fascinés par les publicités quelconques.
Les cinémas urbains ont cet immense avantage de voir se rassembler diverses catégories d’individus ; des classes sociales antagonistes aux différences d’âge les plus prononcées.
Un ardent mélange qui s’arrête toutefois à peine les portes des différentes salles de projo franchies. Les films et leurs multiples genres stéréotypent leurs spectateurs respectifs, qui eux, le leur rendent à la perfection.

Spectateurs stéréotypés car regroupés selon leurs intérêts dans des salles closes, à l’abri des personnes à intérêts contraires. Protégés, enveloppés dans leur monde au milieu de congénères choisis contre leur gré mais leur correspondant parfaitement. Et même s’ils continuent de s’enfoncer encore plus profondément dans leur fauteuil pendant la séance, entendant dans leurs oreilles le bruit résonnant du pop corn de leurs voisins, ils restent fascinés par l’écran. Buvant les paroles de leurs actrices préférées, observant d’un œil brillant leurs courbes les plus parfaites, laissant jusqu’à vagabonder leur imagination au-delà de la salle, se sentant projetés à travers l’écran, oubliant même la centaine d’autres personnes présentes, ressentant toutes ce même besoin de s’évader, s’oublier, face à n’importe quel film qui pourrait refléter la vie de leurs rêves les plus inavouables.
Acheter sa place pour une séance de cinéma, c’est troquer deux heures de sa vie normale, banale, lancinante contre deux heures de sentiments, de ressentiments, d’émotions diverses, passant tour à tour à un mélange de peur, de joie, de rire et de pleurs. Autant il est déculpabilisant de pleurer pour d’autres, autant il n’est jamais négligeable de prendre plaisir à rigoler sans raison. Comme errer sans but dans un océan sombre d’hémoglobine, se noyant, comme dans un lit de vase sirupeuse, sentant certaines gouttes de sang s’échapper pour se sentir couler doucement au tréfonds de la gorge.

L’imagination n’est jamais contre-productive.