Mois: avril 2008

Je veux que tu me tues, toi.

Il suffit d’une seconde pour ne plus pouvoir imaginer. Pour ne plus se demander ce que l’on pense puisqu’on ne pense plus et donc qu’on ne peut plus s’en rendre compte. Sans cela on continuerait de penser et la question ne se poserait même pas.

Vous me suivez ?

De temps en temps, je regarde par la fenêtre de ma chambre, et à chaque fois le soleil se lève sur une vie différente. Bonne nuit les choses d’ici-bas. Parfois, très tard, je crois que mon portable vibre dans ma veste, je me jette dessus en espérant que c’est toi, mais ce sont juste les basses de la sono qui le faisaient trembler dans ma poche… Je sais que cette histoire d’amour ratée est la seule que je ne regretterai jamais. Même quand je serai à l’hosto, attendant la mort avec les tuyaux de morphine plantés dans les bras, je continuerai d’y penser, d’être fier d’avoir vécu cela.
F.B.

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Et Mamzelle Laure se disait de l’Italie …

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Italie, Turin, Nichelino. 14h30.

Je suis seule dans ma chambre, mes parents sont en face dans la 302. Je me maquille, je stress, je tremble et ai pourtant envie de sauter dans tous les sens, ce que je fais d’ailleurs puisqu’il n’y a que le chat dans cette chambre 301 qui pourrait me reprocher mes excentricités.
J’ai déjà prévu avant mon départ les vêtements que je porterai aujourd’hui, les boucles d’oreilles, le maquillage (pas trop parce que les filles trop maquillées ne sont pas les plus appréciées) et les paroles.
Je tombe, à force de triturer la télécommande dans tous les sens sur une chaine francophone, une vieille série que je regardais petite, je m’y concentre une dizaine de minutes et c’est trop, il est presque 15 heures.
Je dois être place Galimberti, à 16 heures, à 5 minutes à pied mais je décide de partir; je n’en peux plus de réfléchir toute seule dans ces petits mètres carrés quand je peux profiter d’une atmosphère qui m’est étrangère, dehors, une ville que je ne connais pas, seulement depuis la veille au soir et pourtant je me sens comme la connaissant depuis toujours.
Je sors, j’ai plus que jamais envie de me fumer quelque chose, n’importe quoi, oui une cigarette peut-être, j’ai pourtant l’impression d’en avoir encore envie même quand je la fume. Il fait bon dehors, je me colle de la musique dans les oreilles, je baisse les yeux au sol en longeant les trois rues qui me séparent de la place, je ne veux voir personne, je n’ai envie de croiser le regard de personne, surtout pas.
L’instant d’après je regarde tout le monde, lui, elle, et lui ? Serait-ce possible ? Non, il vaut mieux que je continue de regarder mes pieds. J’ai des cartes postales dans mon sac, timbrées, qui ne le serait pas en ce jour, prêtes à être postées, elles me rassurent et m’offrent l’occasion de faire un détour par la poste du coin.
15h20. Je suis déjà passée une fois dans ce café aujourd’hui, le café sympathique où l’on peut se reposer sans sentir des regards dans son dos, où l’on peut boire son café en prenant sans temps jusqu’à ce qu’il refroidisse car personne ne vous poussera vers la sortie; j’ai du temps à perdre, non à tuer, pourquoi ne pas y retourner ?
La serveuse me reconnait, je lui demande cette fois un café qu’elle m’apporte dans la minute. Cerveau fais-moi penser à me racheter des clopes si je veux tenir jusqu’à 16 heures. Je regarde les passants de l’endroit du café où eux ne peuvent pas me voir, je tremble mais je n’ai pas froid, j’ai faim à tel point que cette dernière me coupe l’appétit, le café me donne soif et les gens qui marchent au dehors me donnent le tournis. J’envoie quelques messages pour me fixer puis prends une dernière taff ainsi que mon manteau que j’attache au ralenti, mon foulard que j’enroule tout doucement autour de mon cou, mon sac que je ferme à une vitesse que même un escargot envierait. Je n’ai pas envie de sortir, je suis bien ici.
15h45 et je suis dehors. J’ai grosso modo une centaine de mètres à faire, mais je marche si lentement comme si je trainais la patte. Il y a des panneaux sur la place que je traverse, je les lis tous minutieusement en essayant de ralentir au maximum ma lecture, du coup je les lis encore plus vite que d’habitude et tout est bouclé en cinq minutes.
Il me reste cinquante mètres à parcourir avant de tomber sur la place, en recul de la rue, cachée par un Starbucks, d’où je suis je ne vois rien de la place, de la place on ne voit rien d’où je suis.
Je continue d’avancer au même rythme, j’ai envie de prendre mes jambes à mon cou et de m’en aller à toute vitesse, c’est stupide, il faut que je rentre, je n’ai rien à faire ici. Je connais quelqu’un d’autre ici avec qui j’ai de bons rapports, pourquoi ne lui ai-je pas dit que je venais dans sa ville ? Sûrement car ils se connaissent et ne veulent plus se reconnaître.
Un homme de dos assis sur un banc, deux garçons qui se retournent pour me laisser passer, un couple qui se tient par la main et le barman d’en face qui commence à ranger ses chaises mauves en plastiques. Je me fixe sur les panneaux, sur les vitrines, sur un rien qui pourrait attirer mon attention ne serait-ce que quelques minutes, pour me faire penser à autre chose, car comme à mon habitude je suis en avance, peine perdue.

J’ai levé les yeux, j’ai souri.

Va, je ne te hais point, c’est moi que je déteste.

Assise dans une des salles de danse que je fréquente toutes les semaines, c’est en regardant une petite blonde courir sur un tapis roulant que j’ai eu la sensation de vivre dans un monde de Sims.
Elle qui court si près de moi que je pourrais entendre la musique sortant de son iPod, qui court pour quoi ? Pour se « remodeler le corps » (à prononcer avec l’accent pimbêche ça marche mieux), pour gagner des pv et remporter des prix de beautés quand elle défile dans la rue en en jaugeant une autre qui oserait la frôler de trop près, fumer des cigarettes pour lui couper la faim tout en lapant du coca (light), tout juste la dose qu’il faut pour paraître hype en ingurgitant le minimum de calories possible. Elle va sortir de la salle en froissant ses cheveux à mort pour paraître décoiffée, sentant le regard de la dizaine d’hommes de la salle ne formant qu’un, car hasard elle est venue dans la tranche horaire où seuls des hommes sont là, elle le sait autant que je le sais et autant qu’ils savent que c’est à cette heure là que nos cours de danse commencent.
Elle va comme toutes les semaines monter les marches qui mènent aux vestiaires au ralenti, en faisant tomber au choix sa bouteille d’eau ou une boucle d’oreille quand elle est de bonne humeur. Elle fait toujours bonne figure, elle sourit tout le temps; on pourrait se dire qu’elle semble presque conne, à tel point qu’on pourrait avoir envie de le lui dire mais dès la porte poussée plus aucune trace de joie sur son fin visage, son eye-liner rejoint ses cernes, semblant lui faire signe que sa journée est sur le point de se finir.
Rentrée chez elle, elle posera son sac LV pour en tirer des bouteilles de MH, se répétant tous les soirs que sa vie ne mène nulle part, qu’elle en a marre des faux semblants, qu’elle sait très bien que la petite châtain qui feuillette des magasines dans la salle de body attack en face d’elle la prend pour une greluche et que cela ne changera pas de sitôt. Elle appellera ses copines pour discuter de la pluie du bon temps, histoire de ne pas être seule, pour parler à quelqu’un même si elle sait très bien qu’elles ne peuvent pas l’entendre. Elles n’arrivent pas à comprendre ce qu’elle n’arrive pas à leur formuler. Alors elle sortira d’elle, sans forcément sortir de chez elle, pour se faire passer pour une autre, pour se faire passer pour peut-être celle qu’elle est réellement mais que personne ne semble voir; il est tellement plus facile de croire ce que l’on voit que de vouloir chercher ce qui se cache derrière les gens qui semblent aller si bien. Elle va si bien parce qu’elle se fume des joints tous les matins, tous les midis, jusqu’à ce que le soir, les effets ne se fassent plus. Elle sourit parce qu’elle est heureuse sur le moment, on la regarde et elle adore ça, elle est belle et elle en profite, elle n’arrive pas à aligner deux mots convenablement et essaye de se maintenir en forme physiquement pour sauver les apparences. En fin de journée elle redevient elle-même entre deux lattes, son sourire laissant place à la dérision, à ses réflexions de la journée, à tout ce qu’elle aurait du dire aujourd’hui et projette de faire demain. Sauf qu’elle ne veut pas voir venir le lendemain, tous les soirs elle souhaite s’endormir pour ne pas penser à son rôle permanent de fille facile, mignonne, qui ne sert qu’à décorer au bras d’un garçon. Elle aimerait bien être la même aux yeux de tous, pas seulement d’un côté simplette, belle et enchaînée et de l’autre déchaînée, défoncée, pas conne et tellement elle même. Je sais aussi qu’elle aimerait tant voir autre chose qu’un miroir quand elle regarde à travers la vitre pour voir ce qui se passe dans la salle de danse.