Mois: novembre 2009

Ce n’est pas (que) de la Gourmandise

On nous dit de manger sainement. Mais quand on a faim, autant manger quelque chose que l’on aime, qui nous plait. Or j’ai faim. Et il se trouve que j’adore le chocolat.

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GRIM REAPER, TELL ME : WHO’S LEAVING TODAY ?!

« Toc Toc » « Oui ? » « C’est encore la Faucheuse. » « Ah je vous attendais, entrez. »

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Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas frappé à ma porte. Quand je lui ai ouvert, elle était d’une blancheur affligeante comme pour me prouver que je n’étais pas la seule à qui elle rend continuellement visite. Ca allait bien faire un an qu’elle ne m’avait plus donné de ses nouvelles, jamais elle ne m’avait laissé un pareil temps mort. Et je ne m’en plaignais pas. Plus j’y pense et moins je ne souhaite l’approcher.

Quand j’ai entendu parler d’elle pour la première fois, je l’ai tout de suite détestée. Détestée et admirée à la fois. Mais pour rester dans le politiquement correct, j’utilise des adjectifs négatifs à son encontre lorsque je suis en société. Admirée car elle m’a toujours impressionnée de par le mystère qui l’entoure tel un halo, comme lorsque je l’ai vue alors que j’étais toute gamine, elle, déjà morte de fatigue.
Elle était venue pour prendre un grand frère, ou en tout cas un garçon que je considérais comme tel, sous prétexte d’un accident de la route. Puis tout est allé très vite, ses visites se faisaient plus fréquentes jusqu’au jour où elle importa d’un coup cinq personnes de mon entourage. Encore sous cette foutue excuse d’accidents de la route. Elle transforma cinq de mes amis, cinq humains en cadavres en l’espace d’un seconde. La seconde de trop.

Je ne voulus plus jamais entendre parler d’elle. Quand on l’accusait de mille maux aux journaux télévisés, cela me passait au dessus de la tête. J’avais connu la Mort de trop près pour avoir le pouvoir de ne plus me sentir concernée par tous les désastres mondiaux qui me frôlaient la mort dans l’âme.

Elle m’a rattrapée une nouvelle fois l’année dernière. Puis la semaine dernière, encore plus tranchante qu’auparavant. Elle ne m’avait jamais joué un aussi mauvais tour. Mourir sans raison est une chose, mourir en se donnant volontaire en est une autre.
Pour ceux qui le connaissaient de loin, il a été retrouvé mort un matin de novembre dans son lit. En ce qui concerne ses intimes, les gendarmes sont passés les voir le jour même pour leur dire la nouvelle. Et ses explications, si explications il y a. Il s’est pointé une chevrotine sous la mâchoire, le jour même de la fête de sa défunte épouse. Même Kurt Cobain ne parvient plus à me faire esquisser un sourire.

Culpabilité, remords et peines sont les seuls sentiments que la Faucheuse me dépose sur le bord de mes lèvres cramoisies avant de refranchir le pas de ma porte en me chuchotant « A bientôt ».

Fuck Them All.

Continuer de manger, encore et encore. Quoiqu’à ce rythme là ce n’est plus manger mais simplement se goinfrer. Manger pour remplir un corps et un esprit vides de tous sentiments, de toute culpabilité mais surtout pas de désespoir. Roxane a 12 ans et la tristesse qui lui ronge les entrailles. Tous les matins avant de retourner au collège, elle s’arrête à la boulangerie au coin de la rue pour acheter bonbons, chocolats et autres gourmandises. Et ce pour deux raisons bien distinctes.

La première, pour manger pendant les cours. Chaque jour, elle cache de la nourriture dans sa trousse pour grignoter pendant les cours de mathématiques ou de français qu’elle écoute d’une oreille plus que lointaine. Tous les jours, elle ingurgite une quantité énorme de nourriture, la rendant encore plus difforme qu’elle n’est déjà, mais elle n’y fait même plus attention. En tout cas elle le pourrait très bien si ses camarades ne le lui rappelaient pas à longueur de journée. A quel point elle est laide, pataude et idiote.

La seconde raison, évidemment liée à la première, pour laquelle elle ne fait que dépenser son argent en victuailles, est que de cette façon, elle peut en offrir à ses bourreaux, espérant qu’ils lui seront redevables et deviendront ses amis. Ce sera peine perdue, mais elle ne le sait pas encore. Ces derniers ne sont jamais de reste pour venir lui demander des chocolats et des confiseries. Ils lui sourient et elle leur rend la pareille, enchantée de voir tant de gentillesse autour d’elle. Elle n’en a vraiment pas l’habitude ; aucune chance qu’elle en soit un jour blasée. Mais comme à chaque fois ses poches vides d’avoir tant donné, elle redevient tantôt dans l’ignorance, tantôt cible de la méchanceté de ses compagnons de scolarité.

Le lendemain, elle ira de nouveau dépenser ses francs auprès de la boulangère du coin qui la regardera d’un œil torve en guise de compassion et d’impéritie, envers cette jeune fille qui sera marquée à jamais par ces années de tourment.