train

Mon ancienne vie de VRP

in_the_train_by_bd_76-d6q0jhc Pendant trois mois, j’étais constamment en déplacements. Pas une semaine ne passait sans que je n’aille à un endroit de la France différent. Lille, Amiens, Toulon, Rennes, Dijon, Bordeaux, Lyon, Reims, Le Havre … je passais des heures dans le train ou au volant de ma voiture selon les destinations. Seule au restaurant ou devant un plateau-repas dans ma chambre d’hôtel, découvrant ou redécouvrant des villes que je n’avais pas visitées depuis des années. Retrouvant des amis que je n’avais pas vus depuis longtemps. Goûtant aux saveurs régionales d’ici et là.

Ce rythme très fatiguant m’a pourtant beaucoup plu. Pour tromper mon sentiment de solitude, je parlais souvent à des inconnus, leur demandant pourquoi ils étaient là, comme moi, seuls dans un hôtel. Certains étaient en colloques, d’autres en formations, d’autres encore étaient comme moi, ici en déplacement pour le besoin du travail. Je me souviens de ces journées et ces soirées que je passais coupées du monde, apprenant le lendemain qu’une prise d’otages avait eu lieu la veille et était aussi terminée. Je me souviens de ces villes où je me perdais, déjà perdue dans mes souvenirs et mes regrets. J’ai en effet beaucoup de regrets, mais pas celui d’avoir eu l’opportunité de croiser de nouvelles personnes et de voyager le plus possible en un court laps de temps.

Publicités

Melou & The Minibar

Vendredi 29. 9h25. Tout va bien.

Je suis dans le train qui me mène de Paris à Angoulême, avec entre temps, un arrêt à Poitiers et changement d’une partie des voyageurs du TGV.
Au début, je remarque et envie seulement les multiples boucles d’oreille de la jeune fille qui vient de prendre place à un seul rang d’écart de moi.
Et puis ses écouteurs, ses lunettes, son style, sa coiffure, mais aussi et surtout elle, elle-même ; tout en elle me pousse à penser que je la connais, et que je sais qui elle est. Je commence à douter fortement et essaye d’apercevoir son nom lorsqu’elle se met à sortir ses billets. Je ne vois pas plus son nom mais vois à la place des multiples billets de concert qu’elle rangeait avec celui de la sncf. Mon désarroi et mon doute vont grandissants. Des billets de concert.

Et là je suis en train d’écrire ces mots au lieu d’aller lui parler et de tenter un furtif Mélissa ? Ce ne peut pas être elle, ce serait trop irréaliste. Cela fait presque un quart d’heure qu’elle est à mes côtés en train d’écouter de la musique. Je fais la même chose. Sauf que mon esprit est bien plus embrouillé à l’heure actuelle, pire que d’habitude.
Alors je me réfugie dans l’écriture face à la peur d’aller agresser cette jeune demoiselle.
Mais si je ne le fais pas, je m’en mordrai les doigts toute ma vie, et elle aussi.

Où Mamzelle Laure ne veut plus se passer de l’Italie …

Et Mamzelle Laure se disait de l’Italie …

Il fait froid, mais j’aime cette chaleur.
Je suis partie de chez moi ce matin, très tôt, bien trop tôt, en vérifiant et revérifiant sans cesse la présence des billets de train dans mon sac. J’ai hésité longuement sur ma tenue ; des vêtements décontractés ont finalement eu raison de moi.

Je tremble car il fait un froid glacial mais aussi et surtout car je suis heureuse et que je sais à quel point le bonheur peut m’effrayer.

J’arrive dans la gare, au milieu de tout, ce monde qui va, qui vient, qui court, s’arrête, repart. Toutes ces personnes qui réfléchissent à leur destination, qui sourient de rejoindre un être cher ou pleurent de le voir partir. Il n’y a aucun lieu aussi impersonnel qui recueille dans le même temps tant d’émotions qu’une gare.
Le train, arrive, enfin. Je prends une place, la mienne en l’occurrence. Et je me rends maintenant compte des causes et des probables conséquences futures de ce voyage. Après un temps me semblant interminable où je n’ai fait que réfléchir, encore et encore, le train s’immobilise finalement, arrivé à sa destination finale.

Là où tout s’arrête.
Là où pour moi tout (re)commence.

Page Cannot Be Found

90bcf72b276c1da0c7f35cd1a068646a-d33gkhf

Je les voyais tous dans leur léthargie de début de matinée, tous meurtris par le sommeil, car à peine une heure auparavant ils se réveillaient, maudissant leur réveil de leur rappeler ce jour comme étant un lundi et indiquant le début de la semaine. Pendant tout le temps du trajet les regards se croisaient et se décroisaient, ils jetaient l’un après l’autre des yeux vides en direction des fenêtres, de la route, du paysage urbain et des voies ferrées qui n’en finissaient pas de filer. Ce paysage a beau être le même tous les matins ça ne les empêchait pas de le fixer comme s’ils le découvraient pour la première fois.

La gare d’arrivée n’était plus très loin maintenant et ça commençait sérieusement à faire frissonner les voyageurs quotidiens ; les montres n’ont jamais autant attiré le regard et les sacs des femmes d’affaire en devenir n’ont jamais été aussi fermés depuis le départ, comme prêts à affronter le monde sans pitié qu’est celui auquel les « autres » appartiennent. Et je les vois tous là, plus que de les voir, je les regarde et les observe ; je les observe se lever avec frénésie alors qu’il nous reste encore plusieurs centaines de mètres avant d’arriver à destination. Mais non leur envie est la plus forte, l’envie de sortir en premier de cet endroit calme pour pouvoir, enfin, retourner travailler entourés de tous ces gens pressés qui attrapent les journaux gratuits au passage et les jettent dans la poubelle à deux pas de là. Ils se placent tous dans l’allée centrale et devant la porte en actionnant la poignée tout en attendant que le train finisse par s’arrêter et les portes s’ouvrir pour enfin les libérer. Tout cela pendant que je regarde ce petit monde se compacter jusqu’à son paroxysme pour finalement se disperser par petits éléments indépendants qui iront attendre impatiemment sur les escalators en maudissant ceux qui ne sont pas aussi pressés qu’eux. C’est à ces heures là, aux environs de 8 heures, voire encore 9 heures du matin que l’on peut mesurer à son plus fort taux l’égoïsme urbain, les maux qui s’en dégagent et qui gangrènent les individus, ces envies de ne pas perdre de temps au risque de ne rien gagner non plus.