peur

Supprimer ce Message ?

Il y a toujours ce moment où l’on boit – trop – et où se dit que tout est possible, tout est réalisable. Où l’on pense que tout le monde est dans le même état d’esprit, un peu jemenfoutiste, beaucoup rêveur. Là où cela devient dangereux est quand l’alcool n’est là que pour atteindre ce moment où l’on pense qu’on va pouvoir avancer dans la vie, car tout n’est qu’illusion. Boire pour se pousser à dire les choses que l’on pense, boire pour faire en sorte que les choses avancent, boire pour avoir l’impression que cela puisse être le cas. Boire pour ne plus avoir peur que tout reste en l’état.

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Il y a aussi toujours ce moment où l’on se réveille, après une nuit sans dormir, à se retourner sans cesse, à être malade parfois, et où l’on se rend compte que tout n’est pas réalisable, loin de là. Qu’il ne suffit pas de boire ou d’y croire très fort pour que les souhaits se réalisent. Où l’on est passé de la moitié du temps où l’on se critique de ne pas oser dire ce que l’on pense, à l’autre moitié du temps où l’on regrette d’avoir été franc et où l’on aimerait n’avoir rien dit, n’avoir rien fait. Etre resté dans la passivité pour ne pas risquer des conséquences qui feraient regretter d’assumer ses envies.

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Mon Harcèlement de Rue

Il y a pléthore d’articles sur le sujet, qui regorgent d’exemples de situations, tous les plus hallucinants les uns que les autres. Je cible à peu près les lecteurs / trices de mon blog et je ne pense pas que je puisse vous faire la morale à ce sujet. Cet article est plus un coup de gueule qu’un pur article féministe. Déjà, je ne suis pas vraiment une féministe dans l’âme. Bien sûr, tout dépend de la définition qui en est donné, mais les femmes qui prônent l’égalité et qui estiment dans le même temps évident qu’elles se fassent tout le temps payer le restaurant ou qui ne prennent plus la peine de se déplacer pour aller voter (par exemple), je trouve ça incohérent. Je souhaite simplement faire comprendre à quel point on peut avoir peur de sortir du travail, peur de sortir de chez soi, au point de ne plus avoir envie de sortir du tout.

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Je ne vais pas faire la liste des mésaventures qui ont pu m’arriver dehors, car bien souvent on ne s’en souvient pas, tellement c’est récurrent et que cela passe dans le domaine de la banalité. J’entends des collègues ou des connaissances, surtout masculines, trouver bizarre que je sois si casanière ou que je me déplace toujours en voiture quand je sors dans Paris. Je n’ai rien contre les hommes, vous savez à quel point j’aime les hommes, mais il y a évidemment des situations qui ne peuvent pas être ressenties de la même façon selon de quel côté de la barrière on se trouve : homme ou femme. Je prends toujours ma voiture car je ne supporte plus les transports en commun en soirée. Car dans chaque regard inquisiteur se trouve une proie. Quand je suis dans le métro, ou surtout dans la rue, et que l’on me demande si je baise, si je suce ou si j’aime les plans à trois, cela ne me donne pas envie de sortir de chez moi. Alors oui peut-être que je baise, je suce et que j’aime les plans à trois mais je ne vois pas où ces personnes inconnues ont pu croire une seule seconde qu’elles faisaient partie de l’équation de ma vie. Et qu’en plus on se fait traiter de salope si on ignore une question pareille. Là arrive aussi le paradoxe de la société. Cette peur de l’inconnu et de l’étranger. Pour moi une personne inconnue est une personne étrangère mais la peur de l’étranger s’appelle la xénophobie. J’aurais aimé que la société tout entière ait fait du latin pour bien comprendre que phobie = peur, et non hostilité. Cette confusion dans les termes est aberrante car il est logique d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas, des gens inconnus qui souhaitent nous faire du mal. Mais non, les victimes devraient se retrouver honteuses d’avoir peur de leurs agresseurs et cette peur devrait être condamnée. On marche sur la tête.

J’avais une vie avant. Avant mon agression, avant d’être rouée de coups de pieds dans le ventre et de coups de poing dans le visage en plein Paris à 20 heures. C’était il y a plus de trois ans maintenant. Avant ça je rentrais avec le dernier métro, je rentrais chez moi sans me retourner une seule fois sur le chemin pour voir si j’étais suivie, je finissais tous les soirs mon service à Roland Garros à 23 heures et je marchais le long du bois de Boulogne pour rejoindre ma voiture sans avoir peur, je me suis même endormie et ai passé une nuit entière sur une pelouse du parc de l’île Saint-Louis avant de me faire réveiller le lendemain matin par l’arrosage automatique.

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Maintenant, je vais très peu à des concerts ou je rate bien souvent la fin car je n’ose plus marcher dans les rues qui avoisine le Stade de France, je me gare toujours très près des endroits où je vais, quitte à payer dix euros de parking Vinci pour deux heures, je ne sais plus comment m’habiller non plus, sachant que même en Conserve / t-shirt / jean on peut se prendre des remarques désobligeantes.

Ce qui reste incompris par la gente masculine, ce que je trouve légitime mine de rien, c’est la peur quotidienne. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai entendu des pas se rapprocher dans ma direction, des pas rapides, des jambes qui couraient droit sur moi. J’ai commencé à avoir une crise de panique et je me suis retournée au dernier moment pour faire face à ce qui allait m’arriver. Je me suis retrouvée les yeux dans les yeux avec un gamin d’une douzaine d’années, qui était en train de se précipiter vers moi pour récupérer son ballon de football avant qu’il ne m’atteigne. En croisant son regard, j’ai vu qu’il s’excusait, alors qu’il ne m’avait pas touchée. Car il a vu l’angoisse dans mes yeux, il a vu à quel point j’étais terrorisée.

Cette terreur quotidienne est insupportable et peu importe le nombre d’articles qui peuvent être écrits sur le sujet, je doute que cela fasse changer les choses. Appelez ça défaitisme, j’appelle ça réalisme. Cela ne sert à rien de sensibiliser des personnes qui ne peuvent pas et ne veulent pas être sensibilisées. Je ne fais pas cet article pour faire ma victime, mais pour que l’on puisse déjà comprendre qu’on puisse avoir peur de sortir de chez soi, que ce n’est pas un caprice mais juste de l’instinct de survie.

Chai pas moi mais faut qu’ça bouge

Un peu d’optimisme. C’est tout ce qu’on demande après tout. Un chapeau de paille et une brouette ne sont pas uniquement faits pour transporter un cadavre ; voir la vie en noir a ses défauts et ce n’est pas toujours tout rose. Un bon livre, des amis proches, le tout sans faire de prosélytisme. Et puis arrêtons de couvrir la vie de ses plus beaux mots doux en la décrivant comme sophistiquée alambiquée juste compliquée. Le tout est de ne pas avoir de vision systémique, à défaut d’être manichéen comme bien d’autres l’ont été avant nous. Réduire la vie à un monde de couleurs, où tout est beau, magnifique et affreusement blasant n’est pas une vérité ; le contraire ne l’est pas non plus. Il faut prendre un peu d’air tu vois, du recul, se contenter de sa propre vie parce qu’elle ne changera que si l’on s’en donne les moyens, elle ne changera qu’avec un minimum d’ambition et d’envie, justement, de changement.

Tu ne peux pas continuer à voir tout en rose, je ne peux plus continuer à voir tout en noir.

Voir la vie belle, c’est être aveugle, négationniste voire complètement heureux. Alors en ce cas évidemment que la vie puisse être belle puisqu’on ne prend en compte que la sienne et aucune main invisible au monde ne pourra remettre d’aplomb ce système bien plus bancal qu’il n’y paraît. Alors on s’enfonce de plus en plus dans de faux semblants à des allures tellement véritables qu’elles feraient passer un homme intelligent et cultivé pour un humain inapte aux yeux d’un dément.
A l’opposé voir une vie comme je la vois moi n’a aucun intérêt si ce n’est penser que la société dans laquelle tu vis toi ne peut être qu’une société débridée sans apports, sans joies et sans absence de douleurs. C’est ignorer sempiternellement les espoirs de l’aristocratie ambiante et baisser les bras devant une quelconque amélioration tout en levant les yeux en guise de provocation.

Le juste milieu à trouver ne peut l’être que par ceux ayant un prosaïque bon sens ; trop réfléchir amène à trop de questionnements, trop de remises en question et trop peu de réponses. Etre optimiste ou pessimiste et donner du mou à ses idées en cherchant le juste milieu équitable équivaudrait à perdre du terrain, à se laisser gagner par l’adversaire ; chose inavouable et invraisemblable qui poussera toujours la communauté à se diviser, se déchirer, s’entretuer, débattre, tergiverser et confronter les opinions. Une vie sans opinions divergentes serait magnifique et complètement blasant, donc totalement inefficace et irréfléchi.