méphédrone

Une nuit dans les années 70

Prenant la route depuis Paris un jour de départs en vacances, rien n’aurait pu plus lui faire penser au XXIème siècle. Les passants pressés, les conducteurs surexcités et les heures d’embouteillages ne pouvaient faire oublier à Emma qu’elle était une femme des années 2000.

Seulement voilà, Emma avait sciemment fui cette société dégénérée pour aller s’offrir un weekend de calme et de volupté dans un festival, où elle souhaitait comme à chaque fois retrouver l’état d’esprit déconnecté de la réalité, dans tous les sens du terme. Arrivée sur place, sous un soleil de plomb, elle exhibe sa nouvelle coupe de cheveux comme si elle sortait d’un épisode de That’s 70’s Show, ainsi que sa tenue champêtre, destinée à parer les inconvénients de la météo et du terrain sableux et poussiéreux propres aux concerts en plein air.

Avec ses acolytes, elle plante la tente. Plus qu’une simple tente, une caravane dépliable qui permettrait de loger sans se gêner une demi-douzaine de personnes. Elle aménage des rangements, planque les packs de bières et autres bouteilles d’alcool sous les coussins et se met à apprécier le temps qu’il fait plus que le temps qui passe, comme elle a la fâcheuse habitude de faire dans sa vie professionnelle.

Quelques bières et débats philosophiques plus tard, elle décide de se diriger vers ce pourquoi elle était venue : le festival en lui-même, et non seulement le camping où elle avait commencé à passer un long moment. Arrivant tout juste à l’heure pour voir le groupe pour lequel elle s’était déplacée, les comparses décident tout de même qu’il leur reste encore quelques minutes pour passer à la buvette du village, le temps de patienter avec une boisson fraîche, mais là encore alcoolisée. Quand ses amis étaient encore au stand en train de passer commande, c’est avec déception qu’elle entendit que le concert était annulé. C’est alors une toute autre soirée qui était sur le point de commencer.

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Rebroussant chemin pour parcourir à nouveau le bon gros kilomètre à pied qui use les souliers entre les scènes et le camping et arrivant près de la fantastique tente, Emma entendit retentir au loin les sons de guitare en solo des artistes qu’elle était venue voir en duo. Dépitée, elle ouvrit une énième bière en y laissant fondre un carton recouvert d’acide, histoire de sauver la soirée en ne se contentant pas de boire pour oublier. Les effets tardant, c’est une deuxième dose de LSD qu’elle se glissera sous la langue comme une tête brûlée afin de commencer vraiment la soirée. Ne souhaitant pas rester sur une telle déception, les amis repartent vers le festival et rejoignent la partie gratuite pré-entrée, qu’ils avaient traversée sans tourner une seule fois le regard la première fois. Mais cela était sans compter l’abnégation des agents de sécurité refusant toute entrée à quiconque avait un verre plein entre les mains. Heureusement pour Emma, le LSD, comme les psychotropes contenus dans les champignons hallucinogènes, est indétectable aux tests salivaires. Un comble quand on sait que cela ferait bien plus de ravages au volant qu’un demi-verre de vin en trop…

Buvant leurs verres, ils ont fait des rencontres insolites qui les ont accompagnés tout au long de leur bon voyage. Emma a alors redécouvert le festival, les stands nourris aux sons et aux lumières, la foule qui s’agite, la gentillesse omniprésente. On ne pense pas assez aux plaisirs faciles : faire du vélo pour fabriquer de la lumière, se glisser dans la tente de quelqu’un, s’extasier devant une boule à facettes, résister à l’envie de pendre son téléphone pour avouer des choses inavouables, se laisser prendre par l’épaule pour découvrir monts et merveilles ou goûter le plaisir simple d’une glace faite au lait de chèvre. Emma a beaucoup parlé, beaucoup ri, beaucoup admiré, le tout sans retenue aucune. En s’endormant à 7h30 du matin passés, ce ne sont pas des larmes, mais un sourire béat qui lui barrait le visage.

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Pour un flirt (sous méphédrone) …

… avec toi. Je ferais n’importe quoi.

Quand rien ne va et qu’il n’est d’aucune utilité de rester chez soi pour ressasser les mêmes pensées négatives jour après jour, il est plus censé de sortir. Aller prendre un café, écouter les discussions autour de soi, s’inspirer des joies qui nous entourent, car même si elles ne nous touchent pas directement, toute joie est bonne à prendre.

Bien des scientifiques se mettent à dire que le sentiment amoureux ne se distingue pas tant que cela de la prise d’une drogue, parfois semblable à l’effet provoqué par de la cocaïne. Ou de la méphédrone. Je dois dire qu’ils ont raison. Loin de la personne aimée, un certain état de manque se fait ressentir. Un manque qui prend aux tripes, qui secoue et qui ne nous guide que vers un seul but : celui de revoir ladite personne, comme si elle était une dose dont on ne pouvait se passer. Etre loin de cette personne n’équivaut pas forcément à parler de distance ; on peut être très près de cette dernière tout en la sachant hors de portée, à des années-lumière de soi. Alors on envoie des mails, des textos, on passe des coups de fil dans une seule attente, pouvoir sentir la présence de l’être aimé auprès de soi et tenter de s’en rapprocher par n’importe quel moyen. Ou plutôt tenter de la faire se rapprocher de nous, puisque c’est cela qui est en général le plus ardu. Crying, Waiting, Hoping, comme nous dit le titre d’une chanson des Beatles.

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Je parlais plus haut de méphédrone, car c’est le vrai sujet de mon billet. La méphédrone (pour ne pas dire 4-méthylméthcathinone, et surnommée « miaou-miaou ») est la nouvelle égérie de la jeunesse désabusée, concrètement, le nouvel opium du peuple riche des banlieues parisiennes. Apparue il y a une dizaine d’années et connaissant son essor depuis quelques unes seulement, elle s’est très rapidement développée dans les milieux chics pour devenir « in » et bougrement répandue. Son expansion n’a pas été due au hasard mais plutôt à l’absence de législation concernant cette drogue (mais aussi, officieusement, comme substitut à l’ecstasy qui, selon les consommateurs habitués, devenait de moins en mois efficace et de plus en plus falsifiée). En effet, elle n’a été considérée par la loi française comme stupéfiant qu’au cours de l’année 2010. Jusqu’alors, elle restait aussi légale que la vente et la consommation de Poppers, pour quiconque sachant où s’en procurer. Il était à l’époque plus facile d’en trouver que de télécharger Avatar en 3D via peer to peer ; elle était le plus souvent vendue sur le net en tant « qu’engrais pour plantes » ou « sels de bain », pour faciliter sa procuration. Suivant le pas de la législation suédoise et anglo-saxonne, la France a donc décidé à raison d’interdire la méphédrone en la classant comme stupéfiant, qui était auparavant répertoriée comme la quatrième drogue la plus utilisée en Grande-Bretagne. A raison, car ses effets correspondaient effectivement aux autres drogues étiquetées dans cette catégorie : accélération du rythme cardiaque, sueurs importantes ou encore grande euphorie (effets comparables à la prise de MDMA, entre autres).

OLYMPUS DIGITAL CAMERAS’inspirant souvent de ses partenaires européens pour prendre des décisions, souvent avec de longs mois de retard (voire pour certaines interdictions, des années), la loi française reste en marge en ce qui concerne les décisions rapides et efficaces. Pour parler franchement, elle a bien du mal à se maintenir à niveau dans ce domaine, préférant s’aligner sur ses voisins. On a beau penser que les libertés se trouvent de plus en plus diminuées, il n’en reste pas moins un paquet qui virevolte jusqu’à ce que de nouvelles lois interdisent celles encore présentes, qui sont pourtant déjà prohibées dans d’autres pays de l’Union Européenne. A titre d’exemple, l’absinthe est encore autorisée (diluée et surveillée certes), alors qu’elle ne l’est plus en Irlande, profitez-en pendant qu’il en est encore temps, car c’est un délice.