Lonely Lisa

Lonely Lisa

Lisa fait peine à voir et le sait. Elle se fait surtout beaucoup de peine en se regardant dans la glace. Marchant à travers sa maison le corps agité de soubresauts. Le cœur qui cogne à s’en faire éclater la poitrine. Ses pulsations grandissantes qui ne font qu’accentuer un malaise incurable, par aucun médecin ni aucun médicament : sa tristesse.

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Couverte de laine sur ses épaules, elle regarde les pistes de ski de fond, visibles depuis le balcon de sa chambre. La tête haute, volontaire de porter son regard au loin, elle allume son énième cigarette de la journée, désireuse de se laisser aller au vent comme cette fumée, rendue presqu’opaque par le froid de la Savoie, qu’elle habite depuis plusieurs années déjà. S’évaporer pour aller se réfugier dans les bras d’un de ses fucking friends comme la société moderne les appelle, quand ils sont surtout pour elle des amis proches, cherchant l’illusion d’être entourée et protégée. Et désirée. Et aimée. Tout en sachant que tout cela ne restera qu’une illusion. Et c’est très bien ainsi. Ce n’est pas d’eux dont elle cherche l’Amour, dans les bras desquels elle se met à pleurer une fois le plaisir donné et reçu, en pensant à une toute autre personne, celle que Lisa aime réellement. Celle qu’elle essaye de chasser de son esprit en se blottissant dans le lit d’autres hommes.

Lise n’aime pas les filles. Ou plutôt elle en aime certaines, en désire d’autres, flirte volontiers avec quelques unes, et parfois plus le temps d’une nuit, mais n’apprécie pas la gente féminine dans sa globalité. Elle les déteste car elles représentent ses pires faiblesses. Lisa méprise les filles qui s’habillent de manière aguicheuse avec des jupes courtes, trop courtes. Mais elle le fait aussi. Lisa crache sur ces filles qui ont déjà trompé leur petit ami, peu importe la raison, c’est inexcusable. Elle les méprise pour cela et ne pense qu’à des mots insultants pour les décrire. Mais elle l’a déjà fait aussi. Lisa ne comprend pas ces filles qui se donnent au premier venu, rencontré lors d’une soirée arrosée, déshonorant ainsi leur corps en s’offrant sans concession. Mais elle le fait aussi.

Ces filles font peine à voir mais elles ne le savent pas. Lisa seule, à assez de recul nécessaire pour s’estimer différente de ces dernières, mais si semblable pourtant. Elle déteste ces filles pour ce qu’elles sont ; des bouts de miroir mis côte à côte afin d’assembler la glace dans laquelle elle se regarde aujourd’hui.

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