Haine

Delilah – Partie 1/2

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Jusqu’à l’âge d’à peu près 10 ans, Delilah était une fille tout ce qu’il y a de plus normal. En soit, rien ne la distinguait alors des autres enfants de son âge. Ces dix années passées qu’elle considère à présent comme bénies représentaient alors toute l’insouciance de la jeunesse, sans les préoccupations morales qui ont tôt fait d’apparaître. Elle naviguait sans danger entre sa famille omniprésente et son cercle d’amis, comme n’importe quelle préadolescente sans être alors consciente de l’être vraiment.

10 ans, date marquante de la fin de sa première décennie de vie marquera aussi la fin de sa vie tranquille et insouciante.
Ce tournant radical se concrétise par son passage au collège. On dit souvent que les « enfants » sont stressés à l’approche d’une rentrée dans un nouvel établissement scolaire. Delilah ne l’était pas car elle était confiante, elle se sentait bien dans sa peau malgré ses rondeurs et affichait toujours un sourire radieux qui n’était à cette époque pas mensonger.

Delilah rentre maintenant dans un monde qui lui était alors inconnu. Un monde où seul le physique peut plaire, au détriment des facultés intellectuelles. Le monde des bimbos d’il y a une dizaine d’années, pourtant moins poussé à l’exagération qu’il peut l’être de nos jours. C’est dire. Elle qui ne s’était jamais souciée plus que ça de son physique, vestimentaire comme corporel, vient de se prendre une claque, et une belle.

Pendant quatre années, Delilah va subir brimades, mise à l’écart et humiliations. Belle claque car elle n’avait jamais imaginé de pareilles conduites et de pareils ressentiments dans lesquels elle vient de plonger à la manière d’une douche froide. Brusque et désagréable sous bien des aspects.

Prétextant que Delilah était une enfant « pas comme les autres » de par son goût pour les livres d’Agatha Christie quand les filles de son âge lisaient les magazines people en se panant sur les posters des LinkUp et par son corps quelque peu rondouillard, les filles de sa classe la dénigraient, ne la laissant jamais faire part de leurs groupes sauf quand elles y gagnaient et les garçons la pointant du doigt le jour et la frappant à la tombée de la nuit lorsqu’ils rentraient de cours.

Elle ne s’en remettra jamais. Son sourire était toujours là mais avait perdu de son éclat. Il ne voulait plus rien dire mais servait à afficher une certaine candeur qu’elle avait l’impression d’avoir perdue à jamais.

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Fallait rattraper le temps perdu. Mais s’il y a bien une chose qu’on ne rattrape jamais, c’est ça.

Elle avait pu maîtriser sa haine pendant des années. Elle avait grandi en elle comme une plante carnivore, la rongeant du dedans. S’était nourrie de ses blessures, de ses rancœurs, de toutes les humiliations qu’elle avait subies. Elle avait toujours été bien plus blessée par les mots que par les coups. Elle trouvait leur pouvoir plus assassin que toutes les violences physiques. Et pour se protéger, elle avait fini par se murer dans un long silence, ne répondant que de façon superficielle aux questions qu’on lui posait. Juste pour ne pas attirer l’attention.

Et puis surtout elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas pourquoi elle est là. Elle se souvient comment elle y est arrivée, les souvenirs sont là, nets et précis, malheureusement.

Elle ne comprend juste pas pourquoi on l’y a obligée. Elle se sentait bien, elle allait bien, elle faisait ce que bon lui semblait et subitement elle a chutée. Physiquement, moralement. Et maintenant elle est là. Les Autres lui font peur, ils ne la comprennent pas et ne semblent pas plus se comprendre eux-mêmes. Ils lui font peur, ils font juste peur à voir.

Elle pense, ne réfléchit plus, pense tout simplement. Et bien sûr elle parle, du moins, comme tout le reste, c’est sa vision des choses, qui n’est pas la même que celles des autres. Tous lui parlent comme si elle ne comprenait plus rien à la vie, qu’il ne lui reste que l’autre côté à découvrir, mais elle comprend, ce sont les Autres, encore eux, qui ne savent pas l’écouter, pas la comprendre non plus.

Pourquoi est-elle là ? Elle le sait très bien mais ne veut pas se l’avouer, ne le peut pas non plus. Elle était devenue ingérable, pour elle. Quelqu’un devait la gérer à sa place, et ce quelqu’un, c’était les Autres. Les ingérables, les gérants. Les uns ne lui accordent pas la moindre attention et les autres ne sont là que pour ça, à nos yeux.

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Ça me rappelle l’hôpital surnommé asile par ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Ceux qui se font des idées préconçues, tellement simple pour éviter de connaître ce qu’il en est réellement. Ce n’est pas comme dans les films, on ne nous met pas d’entonnoir sur la tête, on ne passe pas notre temps à crier dans les couloirs. Ceux-là sont la plupart du temps enfermés, camouflés dans leur chambre. Les autres pensionnaires, les plus sérieux, comprenez les plus déprimés, peuvent sortir. C’est une vraie prison, passer quelques mois dans cette atmosphère ne peut que rendre plus aliéné qu’on ne l’était en rentrant. Rien à faire de ces longues journées où l’on nous prend pour des enfants, à nous chuchoter chaque parole au creux de l’oreille de peur de nous stresser, de déclencher une nouvelle crise de colère. Eux non plus ne comprennent pas que c’est cela qui nous angoisse. Ils nous mettent à part, parlent de nous entre eux sous nos yeux comme si nous ne pouvions pas comprendre mais nous le pouvions, du moins certains d’entre nous. Leur dire que nous allions bien ne suffisait pas, leur dire que nous n’étions pas fous ne faisait qu’empirer la situation. Ils dirigeaient, ils décidaient de notre présence ou non ici et non ne pouvions rien dire pour notre défense.

Pour passer le temps on pouvait lire, quand nos livres étaient acceptés par les instances dirigeantes qui ne laissaient en fin de compte passer que des romans à l’eau de rose ou des magazines de jardinage. Mes thrillers habituels étaient évidemment proscrits compte tenu de mes penchants morbides. Je m’en fichais, j’avais appris à être gentille, à le paraître. Et ils pourront dire ce qu’ils veulent je me comporterai toujours sans commettre un pas de travers jusqu’à ma sortie, qui sera sans nul doute définitive cette fois-ci.

De l’Amour à la Haine, de la Haine à l’Indifférence

A tout ce que je te proposais tu disais toujours non N.O.N

J’ai pris le N et le O les ai inversés afin de les coller sur cet interrupteur supposé rallumer notre passion. Il ne marche pas.
Alors avec le N restant, je suis parti en vacances au Brésil.
J’ai bronzé, le N a voulu changer de sexe, je l’ai fait opérer. Puis l’ai avalé.
Donc à mon retour ne t’étonnes pas si je porte la N en moi.

Tu vois, de l’amour à la haine il n’y a qu’un pas.

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Les deux au départ, puis les trois sont indissociables.
L’Amour tout d’abord, ce sentiment mystérieux qui restera toujours aussi incompréhensible qu’imprévisible. A mon grand malheur, oui car il faut bien que je parle un peu de moi dans tout ça, je n’ai jamais réussi à tomber amoureuse de la bonne personne. Ceci marche dans les deux sens: je tombe amoureuse des personnes qui ne me le rendent pas et je ne le suis pas de celles qui me le rendent bien trop.

Alors au début on adore, on est fou, puis on aime, on devient plus sage, plus raisonné, en obtenant ce que l’on veut ou non. Pourquoi la Haine me direz-vous? Quand on aime et que l’on est pas aimé en retour, la Haine fait son apparition. Mais attention, elle n’est pas forcément à l’encontre de la personne aimée, non, bien au contraire, on se met à se détester, à se demander pourquoi on est amoureux de cette personne, on aimerait tant ne pas l’être mais ce n’est pas possible, c’est un problème et il faut vivre avec pour un temps indéterminé. Alors évidemment, toujours dans l’optique où cette relation n’est qu’à sens unique, si cette Haine envers l’Amour se fait moins virulente c’est signe du temps qui passe, mais le temps n’est jamais une bonne chose, le temps ne fait et ne nous fera toujours regretter ce que l’on a mal fait mais aussi ce que l’on a bien fait en osant vouloir le revivre.
Arrive donc l’indifférence cachée derrière la libération, la libération à double tranchant, une délivrance si soudaine qu’on ne peut la fuir, on n’en a d’ailleurs même pas la moindre envie sur l’instant. Cette indifférence si attendue, si voulue, qu’on arrive à regretter par la suite.
Voilà, tout est fini, plus rien ne nous lie à la personne avec laquelle nous n’avions décidément pas plus de lien que ça. Et là on se rend compte que l’indifférence n’est pas si idéale qu’on l’avait espérée, qu’on l’avait idéalisée. Etre indifférent à quelqu’un n’est pas la meilleure des solutions, c’est un manque de sentiment absolu, quand on hait, on hait pour quelque chose et on attend la fin, la bonne. Là il n’y a plus rien à attendre, on se laisse aller on s’en fout, avant l’histoire qui ne prenait d’importance que pour l’un des deux protagonistes commençait à prendre une mauvaise tournure, un air de romance de mauvais goût, maintenant elle n’a plus aucun goût.