gare

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Je les voyais tous dans leur léthargie de début de matinée, tous meurtris par le sommeil, car à peine une heure auparavant ils se réveillaient, maudissant leur réveil de leur rappeler ce jour comme étant un lundi et indiquant le début de la semaine. Pendant tout le temps du trajet les regards se croisaient et se décroisaient, ils jetaient l’un après l’autre des yeux vides en direction des fenêtres, de la route, du paysage urbain et des voies ferrées qui n’en finissaient pas de filer. Ce paysage a beau être le même tous les matins ça ne les empêchait pas de le fixer comme s’ils le découvraient pour la première fois.

La gare d’arrivée n’était plus très loin maintenant et ça commençait sérieusement à faire frissonner les voyageurs quotidiens ; les montres n’ont jamais autant attiré le regard et les sacs des femmes d’affaire en devenir n’ont jamais été aussi fermés depuis le départ, comme prêts à affronter le monde sans pitié qu’est celui auquel les « autres » appartiennent. Et je les vois tous là, plus que de les voir, je les regarde et les observe ; je les observe se lever avec frénésie alors qu’il nous reste encore plusieurs centaines de mètres avant d’arriver à destination. Mais non leur envie est la plus forte, l’envie de sortir en premier de cet endroit calme pour pouvoir, enfin, retourner travailler entourés de tous ces gens pressés qui attrapent les journaux gratuits au passage et les jettent dans la poubelle à deux pas de là. Ils se placent tous dans l’allée centrale et devant la porte en actionnant la poignée tout en attendant que le train finisse par s’arrêter et les portes s’ouvrir pour enfin les libérer. Tout cela pendant que je regarde ce petit monde se compacter jusqu’à son paroxysme pour finalement se disperser par petits éléments indépendants qui iront attendre impatiemment sur les escalators en maudissant ceux qui ne sont pas aussi pressés qu’eux. C’est à ces heures là, aux environs de 8 heures, voire encore 9 heures du matin que l’on peut mesurer à son plus fort taux l’égoïsme urbain, les maux qui s’en dégagent et qui gangrènent les individus, ces envies de ne pas perdre de temps au risque de ne rien gagner non plus.

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