envie

Confessions Nocturnes

a_lesbian_woman_activist_against_the_lesbophobia_by_wawa2009-d8717nl Toutes ces aventures, toutes ces envies, tous ces espoirs qu’il faut refréner. Je parlais il y a peu de ce sentiment de bien-être et de maîtrise totale de sa vie qui arrivent quand l’alcool fait son effet. Cet effet me fait peur à présent. Peur de tomber dans le piège de ces envies, de ces messages qu’on désire ardemment écrire, de cette personne qu’on souhaite appeler, de ces espoirs qu’on pense réalisables. A l’heure du tout numérique, il est bien simple d’être en soirée et de faire semblant de s’amuser, tout en ayant comme seules préoccupations que de vouloir remplir son verre et dire ce que l’on pense à qui l’on pense. Peur de ne pas trouver la limite entre la franchise de l’honnêteté et la vie en société qui fait qu’on ne peut malheureusement pas toujours dire ce que l’on pense pour ne pas passer pour une cynique notoire, voire une dépressive, ou une traînée. Peu importe à quel point on peut désirer une personne il faut remarquer tous les signes et admettre ceux qui nous disent que non, ce n’est pas possible. Qu’il faut refaire sa vie avec quelqu’un qu’on ne connaît pas encore, dont on ne sait même pas s’il existe. Alors que toutes ces soirées où je finis sciemment alcoolisée pour ne pas penser à ce qui m’attendra demain, je pense tout de même que tout ceci n’est que ma faute. Toutes les personnes me disant que je suis belle et drôle et gentille et intelligente me font mal, que si j’ai apparemment tous ces bons mots, je n’en reste pas moins seule, ce qui me prouve d’autant plus que le problème ne peut venir que de moi. Que c’est l’accumulation de tous ces mensonges, toutes ces tromperies, qui fait que je ne peux plus penser à demain sans m’imaginer nourrir mon chat entre un épisode d’une série télé et une crise de larmes, parce que je voulais parler, parce que je voulais juste espérer, parce que je voulais juste changer ma vie. L’alcool est la solution et le problème à la fois, car le problème c’est toutes ces choses qui n’aboutissent pas, c’est cette volonté d’aller de l’avant qui échoue, c’est travailler en RH dans une société qui fait un plan social, c’est se demander chaque weekend quelle occupation va bien pouvoir être utile au moins une heure, c’est sombrer dans le sommeil au bout de longs moments de doutes et de passages sur messenger pour ne pas craquer dans sa volonté de parler pour ne rien dire, rien dire qui pourrait avoir de conséquences, c’est se lever chaque matin dans le noir sans jamais voir le bout du tunnel.

Publicités

Supprimer ce Message ?

Il y a toujours ce moment où l’on boit – trop – et où se dit que tout est possible, tout est réalisable. Où l’on pense que tout le monde est dans le même état d’esprit, un peu jemenfoutiste, beaucoup rêveur. Là où cela devient dangereux est quand l’alcool n’est là que pour atteindre ce moment où l’on pense qu’on va pouvoir avancer dans la vie, car tout n’est qu’illusion. Boire pour se pousser à dire les choses que l’on pense, boire pour faire en sorte que les choses avancent, boire pour avoir l’impression que cela puisse être le cas. Boire pour ne plus avoir peur que tout reste en l’état.

je_hais_les_ruptures__by_fiasko

Il y a aussi toujours ce moment où l’on se réveille, après une nuit sans dormir, à se retourner sans cesse, à être malade parfois, et où l’on se rend compte que tout n’est pas réalisable, loin de là. Qu’il ne suffit pas de boire ou d’y croire très fort pour que les souhaits se réalisent. Où l’on est passé de la moitié du temps où l’on se critique de ne pas oser dire ce que l’on pense, à l’autre moitié du temps où l’on regrette d’avoir été franc et où l’on aimerait n’avoir rien dit, n’avoir rien fait. Etre resté dans la passivité pour ne pas risquer des conséquences qui feraient regretter d’assumer ses envies.

La part du gâteau

Gateau_by_kiosuki

Christine ne peut pas s’empêcher de reluquer ce superbe gâteau. Qu’il soit, selon les goûts, aux fruits rouges, nappé de chocolat fondant ou bien encore caramélisé, elle le dévore des yeux à défaut de pouvoir le dévorer tout court. Elle le veut ce gâteau, le désire tellement qu’une simple part de rien du tout ne pourrait que la satisfaire. Car elle sait que ce dernier est hors de portée, qu’elle ne peut qu’y rêver. Pouvoir simplement y goûter la rendrait alors la fille la plus heureuse au monde.

Après bien des efforts et un énorme coup de pouce du destin, ça y est, elle l’a enfin, sa part du gâteau. Joie ou malheur, il est encore meilleur que ses rêves aient pu l’imaginer. Goût de liberté, de vœu enfin réalisé, de bonheur tout simplement. Seulement voilà, Christine ne veut et ne peut pas se limiter à cette simple part quand tout le reste l’attend à côté, encore plus inatteignable que ne l’était ce morceau pourtant si durement gagné. Si seulement elle ne l’avait pas goûté il aurait été plus simple de ne pas éprouver le désir si brûlant de tout avoir pour elle. Si seulement elle était restée sage, elle n’aurait jamais connu ce goût rendant ses lèvres si fébriles, lui manquant à présent. Mais c’est une vraie diabétique de l’Amour, elle veut s’en passer mais ne peut plus en ressortir le nez une fois concernée. Car elle sait que ça lui fait du bien et qu’elle en a besoin, mais les conséquences font aussi beaucoup de mal, trop, toujours trop. Elle en tremble à présent, elle ne peut plus se suffire à si peu tout en sachant que le reste sera mangé par autre qu’elle. Christine doit être la seule à obtenir ce qu’elle désire, sans en céder une miette.

Jusqu’à en risquer l’indigestion.

Peu ou Prou

Les humeurs sont volubiles, les impressions le sont tout autant. Se glisser tout de go dans son lit un soir, le sourire aux lèves, soucieux de jours merveilleux, de promesses d’une revanche sur des mois de déconvenue, et puis se rendormir le lendemain, les yeux rougis d’avoir trop pleuré, réalisant que ces attentes n’étaient qu’illusions. S’imaginant même que la veille n’était qu’un rêve, à présent disparu, sans deviner s’il reviendra un jour, peut-être. Savoir que, sans même s’apercevoir, ces souhaits dépassaient les limites du réalisable, de si peu. Se convaincre qu’on peut être heureux avec peu, vraiment peu, puisque ce petit quelque chose sera toujours mieux que rien, mais se rêver à obtenir le tout. Préférant le tout au rien et le rien au peu, pour peu de ne pas faire les choses à moitié et ne surtout, pas souffrir du tout. Plutôt mourir que souffrir peu à peu, à tout petit feu, quand on ne peut former un tout. Mais plus important par-dessus tout, se rendre compte, en l’espace de quelques heures en tout, qu’on ne peut s’estimer heureux avec ce que l’on a, ce que l’on obtient, mais espérer l’être avec ce que l’on aura, qui se résumera en tout et pour tout à bien peu de nous. Peu ou prou.