champs elysées

« Vous venez de perdre 1000 Euros »

Y’a des jours comme ça, où on ferait mieux de rester couché et de ne pas sortir de son lit.

Le problème est qu’en général, ce jour là fait partie des jours où on essaye d’aller de l’avant, où on se sent revivre, ou à défaut où on espère l’être. Pour une journée qui nous fera redresser la pente (décrochage d’un boulot, validation totale des matières d’un semestre, etc.), la suivante vous fera redescendre sur Terre, à très grande vitesse.

Car cette nuit, je me suis rendue compte que je n’étais pas invulnérable. Je me suis fait heurter en voiture sur ladite plus belle avenue du monde ; avenue remplie de filles juchées sur des talons hauts prêtes à se faire culbuter sur le bar du Madrigal, avenue truffée de nécessiteux qui demandent de l’argent à quiconque passe et saturée de boue quand vient le moment du marché de Noël, la plus belle avenue du monde quoi.

J’ai compris le ressenti de mon cousin quand nous avions heurté un blaireau sur une nationale en plein milieu de la nuit il y a de cela deux mois. Nous laissant au bord d’une route, sans moyen de redémarrer vu l’état du véhicule. Ce ressenti est la vulnérabilité intense qui remplit le cerveau en un rien de temps et l’incapacité à reprendre le volant sans appréhension. Cette sensation que toutes les voitures parisiennes vont vous foncer dessus, que vous n’êtes à l’abri de rien et qu’un accident est si vite arrivé, vous fait perdre confiance en vous, comme rarement.

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Paris, Je T’Aime.

Paris pour certains, c’est la pollution, la chaleur, la pauvreté, les sdf sur les quais de Seine, du monde, beaucoup trop de monde, un vrai labyrinthe, un subway incompréhensible, du bruit, les hlm de banlieues, la violence, les alcooliques sous les ponts, les agressions dans le métro, les vols, les accidents, les meurtres et la Mort.

Paris c’est aussi pour d’autres les musées, le luxe, la plus belle avenue du monde, le modernisme, les grands magasins, les théâtres, la baguette de pain et le béret, la Tour Eiffel, les boites de nuit, Châtelet les Halles, les expositions, la Défense, la ville qui ne dort jamais, le strass, les paillettes et la Vie.

Paris je ne peux pas te critiquer, je vivrai avec toi en attendant de vivre pour toi. Je profite innocemment de tes points positifs en défiant tous les jours tes défauts. J’ai peur quand je rentre chez moi le soir quand il n’y a personne mais je suis en sécurité dans une rame de métro bondée quand je patiente pendant les vingt minutes de trajet qui relient la Défense aux Halles. J’ai peur des gens quand je ne les vois pas, je veux pouvoir me protéger d’eux en m’en rapprochant le plus possible.

Je suis naïve alors je me confie à toi, à tes loisirs le temps d’une nuit de fête de la musique, à tes musées quand je veux me ressourcer à travers les yeux de Mona Lisa, à tes parcs bondés et tes bancs discrets quand je me blottis dans les bras de mon homme en face de la bibliothèque nationale et du MK2 qui brille de ses mille feux.

Je t’aime mais j’aime te quitter quand tu me mets en colère en pensant avec culpabilité quels désirs tu fais naître chez les gens qui ne te connaissent pas bien. Tes habitants t’apprécient et te chérissent, ceux qui te veulent crachent sur toi avec mépris ou te regardent avec ce regard de fièvre qui semble dire Prends-moi. Tu donnes une image que tu maîtrises à la perfection, tu veux paraître désirable mais tu es pourtant tellement insaisissable et tu le sais.

___Feu_2____by_Yutichou

Paris, ville de lumières et ville de recoins sombres, je te connais en journée, je te connais de nuit, je te connais du quartier chinois aux Champs Elysées en passant par Notre très belle Dame mais je suis pourtant certaine que tu n’as pas encore tout dévoilé de tes facettes, ton marché souterrain que je fais marcher comment tant d’autres l’ont fait avant moi, ton fleuve qui laisse aussi beaucoup de mystères sous son lit, tes touristes que tu chéris de peur de les perdre, tes vendeurs à la sauvette sur le Champ de Mars, tes jeudis soirs before / during / after, tes logements hors de prix et tes cafés à trois euros, la mondialisation que tu subis en acceptant dans tes rues les Mc Do et les Starbucks, les KFC et les UGC, tes monuments historiques et ta butte de Montmartre réservés aux fans de Moulin Rouge.

A l’instar de Grand Corps Malade, je connaissais déjà Paris le matin, je n’arrive juste pas à savoir jusqu’où va ton hypocrisie. Comme tout je t’aime en te détestant, en disant de mal de toi, en te fuyant et en mettant de la distance entre nous deux.

Et quand je ne te vois plus, tu me manques, moi la petite parisienne très influencée bourgogne et chocolat, la fana de chaussures et de sac Longchamp qui semble crier « Regarde moi je suis parisienne, viens me draguer que je te repousse, viens m’offrir un verre que je parte avec, viens m’offrir une cigarette pour que je finisse au lit avec toi ».

Paris, juste un vice, une envie, un besoin. Paris je t’aime.