bruit

BOIRE POUR OUBLIER BOIRE POUR OUBLIER BOIRE POUR OUBLIER BOIRE POUR OUBLIER. DE BOIRE.

Michael.
Il aura bien fallu sa mort pour que l’on puisse enfin entendre ses succès en boîtes de nuit.

Je n’appartiens pas à ce monde prêt à claquer 80 euros pour une bouteille de champagne dégueulasse, sous prétexte de l’acheter sur place et la boire dans un carré VIP, sous les yeux de tous.
Je ne veux pas ressembler à ces filles qui font tout pour se faire voir en mettant leurs chaussures à talons hauts pour ensuite se plaindre des heures durant, d’avoir mal aux pieds.
Je ne veux plus appartenir à cet univers exubérant et préfère continuer de cracher sur tout ce que j’exècre : le rose, le Coca et les gosses.

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Sextonik ~

Hey_baby_by_SkiZy

Champ-de-Mars, un mercredi soir, 21h et des poussières scintillantes.
Accompagnée de deux amies et de quelques bouteilles d’alcool, j’arrive, transportée par le métro parisien, au cœur du champ de mars : énorme étendue de pelouse dominée par la hauteur de la Dame de Fer métallique française.

Je n’ai jamais vu tant de monde manger, boire, danser, jouer de la musique, tous réunis sans occasion spéciale. L’effet d’une soirée veille de jour férié peut-être ? Nous traversons cette pelouse avec nos chaussures de soirée, nos cigarettes à la main et nos portables à l’oreille, tentant de retrouver des connaissances parmi cette marée humaine. Les trouvant enfin, nous nous asseyons, sortons les décapsuleurs, les gâteaux apéritifs et les paquets de fraises tagada. Il fait sublimement chaud pour un mois de mai qui s’était jusqu’alors révélé épouvantable. Une pelouse, comme uniquement dédiée aux familles avec enfants qui viennent ici pique-niquer et qui se font aussitôt remplacer à la nuit tombée, par des étudiants en mal d’alcool.

22h et les cadavres de bouteilles commencent à s’entasser au centre de la dizaine de personnes que nous formons. Continuant de sortir les bouteilles de vin que j’ai dans mon sac, je regarde certains de mes amis commençant à danser, d’autres à parler, tous rigolant. Et donc la plupart racontant des conneries.
« On a réussi à ouvrir une bouteille de vin comme dans la vidéo sur facebook ! ».
Nous voyons pour la deuxième fois de la soirée scintiller la Tour Eiffel, preuve que les 23h viennent d’arriver. Rangeant toutes nos ordures dans des sacs, nous nous levons avec plus ou moins de difficultés pour aller trouver la station de métro la plus proche. Les voix s’élèvent d’elles-mêmes, jamais provocantes. Et les mains se frôlent, toujours provocantes.

Arrivés à Bir-Hakeim, nous prenons un métro, puis un autre, prenant la moitié de la place du wagon dans lequel nous étions rentrés. Blanche, nous descendons. Nous descendons dans l’un des quartiers de la luxure le plus controversé que nous connaissons, Pigalle la douce et la bien-nommée. Droit devant nous, le Moulin-Rouge, à sa droite, la Loco, boîte de nuit réservée par notre école pour la soirée. Nous passons par une entrée dérobée pour échapper à la queue d’une demi-heure qui se présente à nous et rentrons au cœur d’un ensemble de salles, encore à moitié vides pour le moment. Sentant mon euphorie redescendre et profitant d’un bar encore non bondé, je demande un vodka-redbull pour me réveiller et continuer de fixer ce sourire sur mes lèvres. Nous nous mettons à danser sur l’une des pistes de danse encore vides, nous déhanchant, bien conscientes de nos jupes plus courtes les unes que les autres et des regards qui se posent frivolement sur nous.

Les salles se remplissent de plus en plus, je m’arrête pour saluer des connaissances, des amis, des amoureux, des amantes, avant de retourner faire un tour au bar, à présent quasiment inaccessible. Je constate avec un petit sourire que la salle réservée aux fumeurs, qui ne devait pas faire plus de deux mères carrés, s’est à présent volatilisée et toute la boîte ne s’électrise plus que sous les volutes de fumée changeant de couleur et de consistance. Je me déplace entre les salles, les bars et les espaces vip où je croise certains de mes amis une coupe de champagne à la main. Je vois certaines filles se remaquiller, une être bien pâle et une autre pleurant. Sentant trop de monde autour de moi, trop de chaleur dans l’air et trop de mains sans propriétaires, je m’assois quelques instants pour m’assoupir dans les bras d’un copain que je croise tous les jours mais dont j’ignore le nom. Une amie me réveille en me disant qu’elle compte s’éclipser.
Il est à peine 3h mais cette population en surnombre aura eu raison de moi. Passage aux vestiaires, décolleté devant les taxis passant, rentrée chez moi une demi-heure de voiture plus tard et connectée sur le net, je me sens rassurée de savoir que toute cette soirée n’était finalement que pure fiction.

Un cri. Un bruit. Le silence.

Un cri. Non dans la nuit mais un cri tout de même, et pas des plus inaudibles.

Il me suffit de quelques secondes pour m’apercevoir d’où il vient : de la maison voisine sans l’être ; voisine car oui c’est la seule maison aux alentours de la mienne ; non voisine car elle est à une centaine de mètres et ses habitants ne m’ont jamais adressé la parole.

Viennent les premières paroles que je vais entendre de mes « voisins », une fois féminine, forte je vous laisse l’imaginer puisqu’elle arrive à me parvenir « Arrête de me frapper ! Arrête ! Arrête ! ».

Des bruits sourds et on ne peut plus bruyants, des portes qui claquent, et moi, allongée dehors qui me redresse peu à peu, mettant ma main en visière pour affronter avant tout le soleil.

Une fois le moment de surprise passé vient la question, question informulable, qu’on aimerait de pas avoir à se poser : Qu’est-ce que je fais ?

Je ne connais pas leur nom, pas leur visage non plus ; le propriétaire m’avait juste dit de ne pas trop faire de bruits en traînant la nuit dans les hangars environnants car son cher futur locataire pouvait arriver à tout moment …armé. Et j’ai bien vu à son regard qu’il ne rigolait pas.

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J’en étais là, en train de jouer à pile ou face avec le bon bout de ma raison, si fier à Gaston Leroux quand j’entendis une autre phrase troubler le silence, une phrase, un appel sans appel « Au secours ! Il veut me tuer ! » et puis une voiture avec un homme, seul, qui s’en va.
Etre sur le fait accompli et devoir réfléchir avant d’agir complique les choses au plus haut point. Le danger c’est pourtant ça qui m’attire, qui me passionne, le danger inconnu un peu moins. Appeler ? Pour décrire une scène courante, interprétée par des personnages que je ne connais pas, à un nom qui j’ignore et une adresse qui ne m’est ainsi dire pas familière ? Oui, car c’est comme ça que ça se passe, et là, il ne faut pas avoir peur des représailles, ni peur des autres. C’est ainsi, pendant dix minutes ou peut-être une heure que je m’interrogeais. Je vais voir comment elle va ? Que faire s’Il revient ? Toutes ces questions qui semblent dérisoires une fois formulées mais qui pourtant restent sans réponses.

Et là un bruit, plus qu’un bruit, un son. Un son qui ne m’est pas inconnu mais que je n’ai jamais entendu ici. Le son d’une sirène, une ambulance qui arrive, suivie par la gendarmerie.

Bien. Elle est en sécurité entre leurs mains désormais. Mais je n’ai rien fait. Et le bruit que fait le silence n’est là que pour me rappeler et faire résonner en moi le son de la culpabilité.