bimbo

Sextonik ~

Hey_baby_by_SkiZy

Champ-de-Mars, un mercredi soir, 21h et des poussières scintillantes.
Accompagnée de deux amies et de quelques bouteilles d’alcool, j’arrive, transportée par le métro parisien, au cœur du champ de mars : énorme étendue de pelouse dominée par la hauteur de la Dame de Fer métallique française.

Je n’ai jamais vu tant de monde manger, boire, danser, jouer de la musique, tous réunis sans occasion spéciale. L’effet d’une soirée veille de jour férié peut-être ? Nous traversons cette pelouse avec nos chaussures de soirée, nos cigarettes à la main et nos portables à l’oreille, tentant de retrouver des connaissances parmi cette marée humaine. Les trouvant enfin, nous nous asseyons, sortons les décapsuleurs, les gâteaux apéritifs et les paquets de fraises tagada. Il fait sublimement chaud pour un mois de mai qui s’était jusqu’alors révélé épouvantable. Une pelouse, comme uniquement dédiée aux familles avec enfants qui viennent ici pique-niquer et qui se font aussitôt remplacer à la nuit tombée, par des étudiants en mal d’alcool.

22h et les cadavres de bouteilles commencent à s’entasser au centre de la dizaine de personnes que nous formons. Continuant de sortir les bouteilles de vin que j’ai dans mon sac, je regarde certains de mes amis commençant à danser, d’autres à parler, tous rigolant. Et donc la plupart racontant des conneries.
« On a réussi à ouvrir une bouteille de vin comme dans la vidéo sur facebook ! ».
Nous voyons pour la deuxième fois de la soirée scintiller la Tour Eiffel, preuve que les 23h viennent d’arriver. Rangeant toutes nos ordures dans des sacs, nous nous levons avec plus ou moins de difficultés pour aller trouver la station de métro la plus proche. Les voix s’élèvent d’elles-mêmes, jamais provocantes. Et les mains se frôlent, toujours provocantes.

Arrivés à Bir-Hakeim, nous prenons un métro, puis un autre, prenant la moitié de la place du wagon dans lequel nous étions rentrés. Blanche, nous descendons. Nous descendons dans l’un des quartiers de la luxure le plus controversé que nous connaissons, Pigalle la douce et la bien-nommée. Droit devant nous, le Moulin-Rouge, à sa droite, la Loco, boîte de nuit réservée par notre école pour la soirée. Nous passons par une entrée dérobée pour échapper à la queue d’une demi-heure qui se présente à nous et rentrons au cœur d’un ensemble de salles, encore à moitié vides pour le moment. Sentant mon euphorie redescendre et profitant d’un bar encore non bondé, je demande un vodka-redbull pour me réveiller et continuer de fixer ce sourire sur mes lèvres. Nous nous mettons à danser sur l’une des pistes de danse encore vides, nous déhanchant, bien conscientes de nos jupes plus courtes les unes que les autres et des regards qui se posent frivolement sur nous.

Les salles se remplissent de plus en plus, je m’arrête pour saluer des connaissances, des amis, des amoureux, des amantes, avant de retourner faire un tour au bar, à présent quasiment inaccessible. Je constate avec un petit sourire que la salle réservée aux fumeurs, qui ne devait pas faire plus de deux mères carrés, s’est à présent volatilisée et toute la boîte ne s’électrise plus que sous les volutes de fumée changeant de couleur et de consistance. Je me déplace entre les salles, les bars et les espaces vip où je croise certains de mes amis une coupe de champagne à la main. Je vois certaines filles se remaquiller, une être bien pâle et une autre pleurant. Sentant trop de monde autour de moi, trop de chaleur dans l’air et trop de mains sans propriétaires, je m’assois quelques instants pour m’assoupir dans les bras d’un copain que je croise tous les jours mais dont j’ignore le nom. Une amie me réveille en me disant qu’elle compte s’éclipser.
Il est à peine 3h mais cette population en surnombre aura eu raison de moi. Passage aux vestiaires, décolleté devant les taxis passant, rentrée chez moi une demi-heure de voiture plus tard et connectée sur le net, je me sens rassurée de savoir que toute cette soirée n’était finalement que pure fiction.

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Va, je ne te hais point, c’est moi que je déteste.

Assise dans une des salles de danse que je fréquente toutes les semaines, c’est en regardant une petite blonde courir sur un tapis roulant que j’ai eu la sensation de vivre dans un monde de Sims.
Elle qui court si près de moi que je pourrais entendre la musique sortant de son iPod, qui court pour quoi ? Pour se « remodeler le corps » (à prononcer avec l’accent pimbêche ça marche mieux), pour gagner des pv et remporter des prix de beautés quand elle défile dans la rue en en jaugeant une autre qui oserait la frôler de trop près, fumer des cigarettes pour lui couper la faim tout en lapant du coca (light), tout juste la dose qu’il faut pour paraître hype en ingurgitant le minimum de calories possible. Elle va sortir de la salle en froissant ses cheveux à mort pour paraître décoiffée, sentant le regard de la dizaine d’hommes de la salle ne formant qu’un, car hasard elle est venue dans la tranche horaire où seuls des hommes sont là, elle le sait autant que je le sais et autant qu’ils savent que c’est à cette heure là que nos cours de danse commencent.
Elle va comme toutes les semaines monter les marches qui mènent aux vestiaires au ralenti, en faisant tomber au choix sa bouteille d’eau ou une boucle d’oreille quand elle est de bonne humeur. Elle fait toujours bonne figure, elle sourit tout le temps; on pourrait se dire qu’elle semble presque conne, à tel point qu’on pourrait avoir envie de le lui dire mais dès la porte poussée plus aucune trace de joie sur son fin visage, son eye-liner rejoint ses cernes, semblant lui faire signe que sa journée est sur le point de se finir.
Rentrée chez elle, elle posera son sac LV pour en tirer des bouteilles de MH, se répétant tous les soirs que sa vie ne mène nulle part, qu’elle en a marre des faux semblants, qu’elle sait très bien que la petite châtain qui feuillette des magasines dans la salle de body attack en face d’elle la prend pour une greluche et que cela ne changera pas de sitôt. Elle appellera ses copines pour discuter de la pluie du bon temps, histoire de ne pas être seule, pour parler à quelqu’un même si elle sait très bien qu’elles ne peuvent pas l’entendre. Elles n’arrivent pas à comprendre ce qu’elle n’arrive pas à leur formuler. Alors elle sortira d’elle, sans forcément sortir de chez elle, pour se faire passer pour une autre, pour se faire passer pour peut-être celle qu’elle est réellement mais que personne ne semble voir; il est tellement plus facile de croire ce que l’on voit que de vouloir chercher ce qui se cache derrière les gens qui semblent aller si bien. Elle va si bien parce qu’elle se fume des joints tous les matins, tous les midis, jusqu’à ce que le soir, les effets ne se fassent plus. Elle sourit parce qu’elle est heureuse sur le moment, on la regarde et elle adore ça, elle est belle et elle en profite, elle n’arrive pas à aligner deux mots convenablement et essaye de se maintenir en forme physiquement pour sauver les apparences. En fin de journée elle redevient elle-même entre deux lattes, son sourire laissant place à la dérision, à ses réflexions de la journée, à tout ce qu’elle aurait du dire aujourd’hui et projette de faire demain. Sauf qu’elle ne veut pas voir venir le lendemain, tous les soirs elle souhaite s’endormir pour ne pas penser à son rôle permanent de fille facile, mignonne, qui ne sert qu’à décorer au bras d’un garçon. Elle aimerait bien être la même aux yeux de tous, pas seulement d’un côté simplette, belle et enchaînée et de l’autre déchaînée, défoncée, pas conne et tellement elle même. Je sais aussi qu’elle aimerait tant voir autre chose qu’un miroir quand elle regarde à travers la vitre pour voir ce qui se passe dans la salle de danse.