Belgique

Où Mamzelle Laure ne veut plus se passer de l’Italie …

Et Mamzelle Laure se disait de l’Italie …

Il fait froid, mais j’aime cette chaleur.
Je suis partie de chez moi ce matin, très tôt, bien trop tôt, en vérifiant et revérifiant sans cesse la présence des billets de train dans mon sac. J’ai hésité longuement sur ma tenue ; des vêtements décontractés ont finalement eu raison de moi.

Je tremble car il fait un froid glacial mais aussi et surtout car je suis heureuse et que je sais à quel point le bonheur peut m’effrayer.

J’arrive dans la gare, au milieu de tout, ce monde qui va, qui vient, qui court, s’arrête, repart. Toutes ces personnes qui réfléchissent à leur destination, qui sourient de rejoindre un être cher ou pleurent de le voir partir. Il n’y a aucun lieu aussi impersonnel qui recueille dans le même temps tant d’émotions qu’une gare.
Le train, arrive, enfin. Je prends une place, la mienne en l’occurrence. Et je me rends maintenant compte des causes et des probables conséquences futures de ce voyage. Après un temps me semblant interminable où je n’ai fait que réfléchir, encore et encore, le train s’immobilise finalement, arrivé à sa destination finale.

Là où tout s’arrête.
Là où pour moi tout (re)commence.

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Et Mamzelle Laure se disait de l’Italie …

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Italie, Turin, Nichelino. 14h30.

Je suis seule dans ma chambre, mes parents sont en face dans la 302. Je me maquille, je stress, je tremble et ai pourtant envie de sauter dans tous les sens, ce que je fais d’ailleurs puisqu’il n’y a que le chat dans cette chambre 301 qui pourrait me reprocher mes excentricités.
J’ai déjà prévu avant mon départ les vêtements que je porterai aujourd’hui, les boucles d’oreilles, le maquillage (pas trop parce que les filles trop maquillées ne sont pas les plus appréciées) et les paroles.
Je tombe, à force de triturer la télécommande dans tous les sens sur une chaine francophone, une vieille série que je regardais petite, je m’y concentre une dizaine de minutes et c’est trop, il est presque 15 heures.
Je dois être place Galimberti, à 16 heures, à 5 minutes à pied mais je décide de partir; je n’en peux plus de réfléchir toute seule dans ces petits mètres carrés quand je peux profiter d’une atmosphère qui m’est étrangère, dehors, une ville que je ne connais pas, seulement depuis la veille au soir et pourtant je me sens comme la connaissant depuis toujours.
Je sors, j’ai plus que jamais envie de me fumer quelque chose, n’importe quoi, oui une cigarette peut-être, j’ai pourtant l’impression d’en avoir encore envie même quand je la fume. Il fait bon dehors, je me colle de la musique dans les oreilles, je baisse les yeux au sol en longeant les trois rues qui me séparent de la place, je ne veux voir personne, je n’ai envie de croiser le regard de personne, surtout pas.
L’instant d’après je regarde tout le monde, lui, elle, et lui ? Serait-ce possible ? Non, il vaut mieux que je continue de regarder mes pieds. J’ai des cartes postales dans mon sac, timbrées, qui ne le serait pas en ce jour, prêtes à être postées, elles me rassurent et m’offrent l’occasion de faire un détour par la poste du coin.
15h20. Je suis déjà passée une fois dans ce café aujourd’hui, le café sympathique où l’on peut se reposer sans sentir des regards dans son dos, où l’on peut boire son café en prenant sans temps jusqu’à ce qu’il refroidisse car personne ne vous poussera vers la sortie; j’ai du temps à perdre, non à tuer, pourquoi ne pas y retourner ?
La serveuse me reconnait, je lui demande cette fois un café qu’elle m’apporte dans la minute. Cerveau fais-moi penser à me racheter des clopes si je veux tenir jusqu’à 16 heures. Je regarde les passants de l’endroit du café où eux ne peuvent pas me voir, je tremble mais je n’ai pas froid, j’ai faim à tel point que cette dernière me coupe l’appétit, le café me donne soif et les gens qui marchent au dehors me donnent le tournis. J’envoie quelques messages pour me fixer puis prends une dernière taff ainsi que mon manteau que j’attache au ralenti, mon foulard que j’enroule tout doucement autour de mon cou, mon sac que je ferme à une vitesse que même un escargot envierait. Je n’ai pas envie de sortir, je suis bien ici.
15h45 et je suis dehors. J’ai grosso modo une centaine de mètres à faire, mais je marche si lentement comme si je trainais la patte. Il y a des panneaux sur la place que je traverse, je les lis tous minutieusement en essayant de ralentir au maximum ma lecture, du coup je les lis encore plus vite que d’habitude et tout est bouclé en cinq minutes.
Il me reste cinquante mètres à parcourir avant de tomber sur la place, en recul de la rue, cachée par un Starbucks, d’où je suis je ne vois rien de la place, de la place on ne voit rien d’où je suis.
Je continue d’avancer au même rythme, j’ai envie de prendre mes jambes à mon cou et de m’en aller à toute vitesse, c’est stupide, il faut que je rentre, je n’ai rien à faire ici. Je connais quelqu’un d’autre ici avec qui j’ai de bons rapports, pourquoi ne lui ai-je pas dit que je venais dans sa ville ? Sûrement car ils se connaissent et ne veulent plus se reconnaître.
Un homme de dos assis sur un banc, deux garçons qui se retournent pour me laisser passer, un couple qui se tient par la main et le barman d’en face qui commence à ranger ses chaises mauves en plastiques. Je me fixe sur les panneaux, sur les vitrines, sur un rien qui pourrait attirer mon attention ne serait-ce que quelques minutes, pour me faire penser à autre chose, car comme à mon habitude je suis en avance, peine perdue.

J’ai levé les yeux, j’ai souri.