Arte

Trepalium

Je vous avais précédemment parlé de la série Ainsi soient-ils diffusée par Arte, et je continue de promouvoir cette chaîne par le biais de Trepalium, diffusée en février 2016.

Dans un proche futur, la population est séparée en deux par un mur. D’un côté, la « Zone », avec les 80 % de chômeurs, de l’autre, la « Ville » hébergeant les 20 % d’actifs. Izia Katell vit dans la Zone où elle élève seule son fils. Elle est sélectionnée par le gouvernement pour devenir une « employée solidaire » à Aquaville, du côté des actifs. Elle va travailler chez Ruben Garcia, ingénieur en dépollution dévoué à son travail, qui vit avec sa femme Thaïs et sa fille devenue mutique.@Wiki

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En six épisodes seulement, Trepalium nous plonge dans un monde pas si éloigné que cela de la réalité actuelle, et pour cause elle évoque le thème omniprésent du travail (d’où trepalium) et plus symptomatiquement du chômage et de l’aliénation de notre société. Rappelant évidemment le système des castes et encore plus celui des murs dressés entre les populations, Arte a frappé fort autant par le scénario que par les décors utilisés et la façon mi-futuriste, mi-archaïque de traiter le sujet.

Avec Léonie Simaga et Pierre Deladonchamps en personnages principaux, la série n’a pas besoin de s’embarrasser de pléthore de personnages secondaires pour parvenir à ses fins, bien que j’aie été passablement déçue du film L’Inconnu Du Lac, dans lequel a joué ce dernier, mais ceci est une autre histoire. Tournée en Ile-de-France (à Trappes, Pantin ou encore Paris), la série nous permet de nous identifier dans les décors, sans même que nous les ayons déjà vus auparavant, peut-être grâce à une volontaire sensation de proximité et, aussi étonnant que cela puisse paraître, de banalité.

La première saison se suffisant à elle-même, il n’y aura pas de seconde saison, bien que la productrice pense à utiliser d’autres thèmes pour d’autres mini-séries du même genre, comme par exemple le vieillissement de la population …

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Ainsi Soient-Ils

C’est en finissant la seconde saison des Revenants (lamentable d’ailleurs ; je suis tellement déçue que je ne vais même pas prendre le temps d’expliquer en quoi la première saison est une merveille et en quoi tout a basculé lors de sa fin, pour accoucher d’une deuxième saison molasse), que j’ai eu l’idée de regarder ce qu’il se faisait de français dans le monde des séries télévisées de la décennie. Je suis alors tombée sur Ainsi Soient-ils, une série de trois saisons, produite et diffusée par Arte.

Nous suivons une demi-douzaine de séminaristes à travers leur apprentissage de la religion, sous le regard de la société du XXIème siècle sur son évolution et des questionnements qui leur sont propres.

David Baïot, Clément Manuel, Thierry Gimenez, Julien Bouanich, Jean-Luc Bideau, Clément Roussier, Samuel Jouy et Céline Cuignet

David Baïot, Clément Manuel, Thierry Gimenez, Julien Bouanich, Jean-Luc Bideau, Clément Roussier, Samuel Jouy et Céline Cuignet

J’ai adoré les personnages principaux, lesdits séminaristes, pour toutes les contradictions qu’ils pouvaient représenter. Un ex taulard, un breton, un gay refoulé (au début), un fils de riche … Un maximum de classes et d’univers différents se confrontent ici, en ayant pour seul point commun la foi qui les animent. Mention spéciale à Jean-Luc Bideau, qui était jusqu’alors pour moi, fille des années 90, l’illustre Professeur Strauss de la série H, et qui joue ici le père du séminaire des Capucins.

J’avais peur que la série s’engouffre dans des raccourcis et des clichés faciles mais ce n’est pas le cas, alors même qu’elle parvient à mettre sur la table des sujets tabous : l’attrait sexuel face à l’abstinence, la pédophilie ou encore l’attitude face aux autres religions.

En trois saisons (24 épisodes au total), la série Ainsi Soient-ils aura soulevé des polémiques mais sera parvenue à me faire découvrir un monde auquel je ne suis pas véritablement attachée. La religion n’étant pas que le point central, car vivre en communauté, religion ou pas, reste un vrai défi pour une majorité de personnes.

Twin Peaks

Twin Peaks est l’histoire d’une série qui réinvente l’histoire des séries.

twin-peaks-elle-sweden-02-768x1024 Je n’ai jamais vu aucun film de David Lynch, ni Lost Highway, ni Mulholland Drive, bien qu’on me les ait férocement recommandés. Recommandés tout en me disant que si l’on ne comprend rien à l’histoire, c’est normal ; rien de bien engageant selon moi. Au même titre que ces deux films, on m’a aussi souvent conseillé Twin Peaks. Mais penser à une trentaine d’épisodes de 45 minutes, dont deux pilotes d’une heure trente, ne parvenait pas à me motiver. C’est là que France Inter intervient. Revenant de je-ne-sais-plus-quelle-soirée, j’allume mon autoradio et tombe sur l’émission ciné/TV de la station, ce soir là dédiée à Twin Peaks, en l’honneur d’Arte qui a décidé de repasser la série, 20 ans après sa toute première diffusion. Ni une, ni deux, étant accompagnée dans ma voiture, d’une personne autant intriguée par Twin Peaks que moi, nous nous sommes très logiquement installés devant Arte le lendemain soir. Cela a sans doute été l’élément déclenchant, toute seule, mon courage aurait sans doute eût tôt fait de s’étioler.

Twin Peaks m’a tout de suite conquise. Autant dire que France Inter m’avait mis l’eau à la bouche en vantant à merveille les particularités de la série. Car oui, c’est une série particulière sous bien des aspects (dont l’exemple le plus parlant reste Laura Palmer, une morte en guise de personnage principal). Commençant tantôt comme une série policière, elle dérive vers le fantastique sans que cela ne soit choquant ou déroutant. Le petit pitch : Laura Palmer, lycéenne de 17 ans, est retrouvée morte, le corps enfermé dans un sac plastique. Mais qui peut bien être le meurtrier, parmi la petite douzaine de personnages centraux ? Vue comme une icône dans sa ville, Laura Palmer voit ses secrets dévoilés suite à sa mort, venant ternir l’image de la belle lycéenne, reine de beauté propre sur elle. Petits amis multiples, accro à la cocaïne, escort-girl dans un hôtel de passes… les pistes se brouillent pour nous perdre volontairement dans la recherche du meurtrier. Et quand une autre fille est retrouvée tuée, la traque de ce dernier n’en devient que plus vivace…

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Pour mener les recherches, l’Agent Spécial du FBI Dale Cooper, joué par l’illustre et merveilleux Kyle MacLachlan (connu dernièrement pour son rôle d’Orson Hodge dans Desperate Housewives), est pour moi le personnage clé de la série. Maniaque, futé mais déjanté, élégant, serviable, sont autant d’adjectifs qui le décrivent à la perfection. Cooper se fie à ses intuitions, voire même ses visions, souvent psychédéliques, mais toujours vraies. On se rend d’ailleurs bien compte au bout de quelques épisodes, que Laura Palmer n’est pas le véritable personnage central, mais plutôt lui.

Twin Peaks nous enveloppe dans un univers sombre mais délicat, avec des couleurs qui pulsent, des personnages vivants et des rebondissements volontairement empruntés aux standards du soap opéra. Chaque personnage est unique : un nain, un géant, David Duchovny en travesti, un paraplégique, une borgne folle à lier, une femme se baladant toujours avec une bûche en bois, l’idiot du village, la secrétaire caricaturée, le manchot… tous les clichés y passent, au même titre que les personnages centraux tombent comme des mouches au fil des épisodes. J’ai été quelque peu déçue par le film Twin Peaks (Fire Walk With Me), paru après la série et racontant les derniers jours de Laura Palmer, qui est à mon avis incompréhensible pour quiconque n’a pas vu auparavant la série originelle.

Pour résumer Twin Peaks, tout le monde a quelque chose à cacher, certains avec plus d’importance et de volonté que d’autres, c’est ce qui en fait sa richesse et sa force. Et si vous ne comprenez pas tout à l’histoire, c’est normal.

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