amitié

Summertime Sadness

Allongée sur la pelouse, elle me caressait les cheveux, ramenait les boucles sur mes oreilles. Depuis des années déjà, elle était ma meilleure amie. Mais elle était plus que cela. Elle était la sœur que je n’avais jamais eue, elle était mon âme sœur même. En vacances, nous passions nos journées et nos nuits ensemble. Admirions le ciel étoilé, riions sur Ragnarök Online, apprenions à nous connaître. Nous ressentions que nous étions proches, sans nous rendre compte que nous l’étions trop. Une lettre écrite de sa main aurait pu paraître de la mienne. Les nôtres se frôlant au début, puis se prenant sans honte en pleine rue.

La première fois que nous nous sommes embrassées sonnait comme une évidence. Comme si nous nous retenions depuis trop longtemps pour continuer à éviter l’inévitable. Nous vivions avec les autres mais nous vivions pour nous. Nous apprécions le moment présent intensément, comme si nous savions au fond de nous qu’il n’était pas fait pour durer.

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Car nous n’étions pas faites pour être ensemble. Car nous étions des femmes, des femmes qui aimaient bien trop les hommes. Allant parfois même jusqu’à faire l’amour avec les mêmes sans le savoir. Le temps nous avait rapprochées, il nous a déchirées. Le pont qui nous liait s’est effondré, je n’ai plus eu aucune nouvelle d’elle.

Pendant deux années. Deux ans après, j’étais toujours étudiante, et en cours au moment où elle m’a appelée. Je ne l’ai vu qu’après. Avec le texto qui l’accompagnait. Elle était à l’hôpital, en soins psychiatriques. Elle venait de faire une énième tentative de suicide. La rappelant dans la foulée, c’est en pleurs que nous nous sommes enfin avoué à quel point nous nous aimions.

De cet appel et de cet ultime aveu, il n’en est rien résulté. Ne pouvant pas me déplacer au bout de la France où elle s’était réfugiée, nous n’avons pas pu nous voir. Peut-être était-ce pour le mieux. Notre histoire avait été forte, fusionnelle, délicate, dangereuse, consommée, mais aussi terminée.

C’était il y a plusieurs années maintenant. Tentant maladroitement de nous joindre, par le biais de connaissances que nous avions en commun principalement, nous ne nous sommes néanmoins jamais revues, jamais reparlé. Il me reste encore beaucoup de souvenirs, de mélancolie et de nostalgie, quelques regrets. Les raisons de notre rupture étaient troubles, déchirantes, c’est ce qui nous a le plus meurtries. Mais jamais je ne pourrai oublier les moments que nous avons passés ensemble et c’est en souriant que je parviens désormais à y penser.

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La Pudeur des Sentiments

Si vous avez un jour été triste, si vous avez un jour eu des amis, vous devez sûrement connaître cette situation.

Cette situation où vos amis vous disent que si vous n’allez pas bien, vous pouvez les appeler. Ils le disent avec sincérité et vous les remerciez avec cette même sincérité.

Mais quand vient la nuit, ou tout simplement quand viennent les moments douloureux, peu importe le moment, la pudeur, voire peut-être la honte font surface. Ces moments où, souffrant comme sur un bûcher, vous ne parvenez pas à saisir votre téléphone pour appeler à l’aide. Où il faut savoir, comme le dirait Amanda Palmer, How I Learned to Stop Worrying and Let People Help (comment j’ai cessé de m’en faire et j’ai laissé les gens m’aider). Où exprimer aux yeux des autres votre tristesse, quand bien d’autres souffrent, où parler tout en pleurant n’est pas une image agréable à imposer aux autres.

Si je ne vous ai pas appelé(es), ce n’est pas parce que je ne pensais pas à vous. Mais parce que je pensais trop à vous pour vous obliger à partager mon désespoir.