accident de voiture

« Vous venez de perdre 1000 Euros »

Y’a des jours comme ça, où on ferait mieux de rester couché et de ne pas sortir de son lit.

Le problème est qu’en général, ce jour là fait partie des jours où on essaye d’aller de l’avant, où on se sent revivre, ou à défaut où on espère l’être. Pour une journée qui nous fera redresser la pente (décrochage d’un boulot, validation totale des matières d’un semestre, etc.), la suivante vous fera redescendre sur Terre, à très grande vitesse.

Car cette nuit, je me suis rendue compte que je n’étais pas invulnérable. Je me suis fait heurter en voiture sur ladite plus belle avenue du monde ; avenue remplie de filles juchées sur des talons hauts prêtes à se faire culbuter sur le bar du Madrigal, avenue truffée de nécessiteux qui demandent de l’argent à quiconque passe et saturée de boue quand vient le moment du marché de Noël, la plus belle avenue du monde quoi.

J’ai compris le ressenti de mon cousin quand nous avions heurté un blaireau sur une nationale en plein milieu de la nuit il y a de cela deux mois. Nous laissant au bord d’une route, sans moyen de redémarrer vu l’état du véhicule. Ce ressenti est la vulnérabilité intense qui remplit le cerveau en un rien de temps et l’incapacité à reprendre le volant sans appréhension. Cette sensation que toutes les voitures parisiennes vont vous foncer dessus, que vous n’êtes à l’abri de rien et qu’un accident est si vite arrivé, vous fait perdre confiance en vous, comme rarement.

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Au nom de quoi ?

Être rebelle et parfois faire des actes insensés pour épater la galerie m’étonneront toujours. Se prétendre heureux de vivre et vouloir profiter de tous les moments de la vie n’excusent pas tous les comportements, encore moins ceux qui, en pleine contradiction, mettent leur propre vie comme celle des autres en danger.

14 Juillet, plus de 2h du matin. Deux conducteurs : un sobre et un saoul, ce dernier auquel appartient la voiture. Moi, sobre en l’occurrence, exige de conduire avant de m’entendre dire de la part d’un des cinq convives que, si je ne suis pas contente je n’aie qu’à effectuer le chemin du retour à pied et laisser conduire l’autre jeune homme puisqu’il le désire tant. Mais oui, avouez, c’est drôlement plus fun de rouler à tombeau ouvert en plein milieu de la route sur des routes de campagne non éclairées que de rentrer en toute quiétude en réduisant les risques mortels.

Trois. Il y a maintenant une poignée d’années de cela, j’ai perdu trois proches lors de deux accidents de la route différents. Et pour l’un d’entre eux, cinq personnes se trouvaient dans la voiture. Toutes finirent éjectées à des dizaines de mètres du véhicule, cet accident ne laissant aucun survivant. L’information occupa à l’époque deux minutes du journal télévisé, se mélangeant sans distinction aux nombreux faits divers du même genre. Perdre trois amis c’est assez pour évaluer – dans la mesure du possible – les risques de danger. A ceux qui veulent jouer les ados décontractés, ne se prenant pas la tête et confondant dangereusement jeu et réalité, j’ai envie de leur faire prendre conscience de ce qu’ils encourent. Je sais malheureusement à quel point un carnage peut arriver facilement, aussi brutal et vif qu’un éclair dans le ciel. Je me souviendrai toujours de ce pompier, arrivé parmi les premiers sur les lieux de l’accident, me disant à propos du chauffard ayant embouti mes amis, et seul rescapé (la justice n’existe pas) : « Quand on l’a retrouvé, il tenait encore son verre d’alcool à la main ».

Et Pourtant …

Du soleil, ça faisait longtemps.
Ce même soleil qui à lui seul fait sourire certains et fuir certaines.
Il suffit de prendre deux personnages et un contexte : une jeune femme, un passage piéton et une voiture ; la voiture c’est une entité à part entière, elle obéît à des règles strictes pour mieux les contourner par la suite, elle prend soin d’elle, on prend soin d’elle juste pour la prendre par la main et la montrer à ses copains comme un trophée parce qu’elle n’est pas souvent si facile à avoir, si facile à maîtriser. Et à la fin on en perd le contrôle, elle finit dans le décor avant de se refaire une beauté et d’appartenir à un nouveau maître.

Je disais une femme qui veut traverser et une voiture qui arrive à toute vitesse.
Sans soleil elle serait déjà morte la pauvre femme. Seulement voilà, le soleil c’est la machine à hormones, le moteur qui fait couper ce dernier, celui qui fait appuyer sur les freins en disant « Il fait beau, il y a du vent et elle est en jupe, laisse-la traverser ».

Il a freiné trop brutalement, s’est fait emboutir et est mort sur le coup.
Je n’aime pas le soleil de toute manière.