14 juillet

Mad World

Jour de fête devenu jour de deuil, les lendemains ne chantent plus. 15, 16, 17 juillet, on tente de se remettre en selle, la distance aidant pour ceux n’ayant pas de proximité avec ces drames. Drames qui deviennent des habitudes auxquelles on ne s’habitue pas. L’absence de proximité qui peut aider à se détacher, se sentir plus détaché qu’on ne l’aurait cru. Plus détaché, pas moins touché, pas moins meurtri.

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Alors on tente de reprendre ses habitudes, mais en mieux, s’en créer de nouvelles. Reprendre goût à la vie comme l’a fait Mathias Malzieu après son hospitalisation, véritable hymne à la vie que de savoir profiter et redécouvrir les bonheurs simples. Le simple bonheur. Se lever pour aller au marché, profiter du beau temps, échanger avec les forains, payer une tournée, en recevoir d’autres, conduire par la suite et finir au commissariat. Mais ne pas être attristé par une amende ou quelques points perdus, car il y a bien d’autres choses sur lesquelles s’attrister.

Continuer à regarder d’autres feux d’artifice, sortir, penser aux autres, mais aussi penser à soi.

Their tears are filling up their glasses
No expression, no expression
Hide my head, I wanna drown my sorrow
No tomorrow, no tomorrow

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Le Samedi 14 Juillet 2012

C’est en échangeant avec un ami sur nos souvenirs d’étudiants, que je me suis rappelée ces jours, ces soirées, voire ces nuits, qui avaient l’air d’en englober plusieurs. Ces journées qui semblaient durer 50 heures ou ces soirs qui comptaient tant d’événements qu’il est difficile de se dire que tout cela n’a eu lieu de fait qu’en un temps très limité. C’était le cas de la soirée du samedi 14 juillet 2012.

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En me réveillant ce 14 juillet, j’étais encore en train de me demander si j’irais le soir même au concert de Madonna au Stade de France, pour son MDNA Tour, ou bien à une soirée avec des amis, chez une personne que je ne connaissais alors que très peu. Sachant que ma présence au Stade de France était en lien avec le travail, je décidais de décliner cette première option pour profiter d’une soirée plus axée détente que boulot. Il faut également savoir que je déteste le 14 juillet de manière générale. Je passe généralement mon temps à pleurer devant les feux d’artifices, synonymes pour moi et pour de trop multiples raisons, d’abandon, de solitude et de tristesse. Egalement, mon compagnon de l’époque n’était pas avec moi ce soir-là puisque le 14 juillet est la date anniversaire de sa meilleure amie. Compte-tenu de l’amour / amitié indéfini qui les liait, ce n’était pas pour me plaire que de le savoir avec elle. C’est donc d’une humeur passablement blasée que je me suis rendue passer la soirée dans un pavillon sévrien, où j’espérais mettre de côté tout ce qui me chagrinait ces derniers temps. Il convient de noter que notre relation ayant commencé il y a deux ans, nous n’avions plus vraiment de secrets l’un pour l’autre. En fait nous savions tous les deux qu’il couchait déjà avec tout ce qui bougeait.

Je suis médisante. Il y avait quand même un gros point positif, je partais le lendemain aux aurores pour aller passer un entretien d’embauche le lundi matin en Suisse. Arrivée à la soirée, parmi les premières, je ne connaissais pas du tout les personnes déjà présentes. Je ne savais pas encore que le jardin où j’étais me verrait passer des journées et des soirées entières, puisque je deviendrai six mois plus tard et pendant un an et demi la compagne de notre hôte. Avant qu’il ne me jette pour une autre, comme il avait fait avant moi et maintes fois encore avant. Mais je ne sais alors rien de tout cela.

Les minutes passant, je parlais avec des inconnus qui deviendraient bientôt des connaissances puis, en les voyant arriver, avec des amis que j’avais déjà. Je me suis mise à échanger avec eux pendant plus d’une heure jusqu’à me glacer d’effroi. De ma chaise, j’avais une vue assez générale des invités de la soirée, ce que je vis me laissa bouche bée. Un ancien compagnon, que je n’avais pas oubliée mais que je pensais à l’étranger venait de faire son apparition. C’était la honte qui me donnait ce sentiment de rejet. En effet, notre histoire avait mal fini de ma faute et cela m’avait beaucoup peinée, en plus de causer la fermeture de mon blog, ce blog-ci très justement. J’aurais tout donné pour disparaître six pieds sous terre, me recouvrir de mousse verte bien moelleuse afin de fuir le regard perçant que j’imaginais sur moi (il n’en était rien, il était ravi de me voir ; en fait moi aussi, mais j’étais tout de même terrifiée).

Mon Dieu, qu’est-ce que je faisais là ? J’aurais mieux fait d’aller travailler au SdF ou rester chez moi, ou me faire incruster à la soirée d’anniversaire où était mon homme, qui ne répondait d’ailleurs plus au téléphone. J’essayais d’aller parler à un peu tout le monde de la soirée, histoire de fuir mon ex-compagnon qui ne me voulait pourtant aucun mal, ma paranoïa reprenant le dessus. Je me souviendrais toutefois de l’histoire du petit frigo et lirais ensuite quelques ouvrages de Lovecraft que je ne connaissais à l’époque pas. Il était deux heures du matin passées quand je me suis décidée à rentrer chez moi. Comme il ne répondait toujours pas, je me suis dit qu’il devait être bien évidemment en boîte de nuit, où il boirait trop, comme d’habitude. En plus je devais partir tout à l’heure tôt pour mon voyage express suisse. Le temps de rassembler mes esprits et mes affaires, prendre congé et la route jusqu’à chez moi, j’arrive dans mon lit à trois heures passées. Ce qui pour moi tient du record. Avachie par la fatigue, c’est au bout de ma vie que je tombe sur mon lit, au même moment où la sonnerie de mon téléphone se met à rugir. Mon petit ami. La seule personne à ce moment là pour qui je suis prête à décrocher à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Je me rends compte en prenant l’appel que j’ai eu droit à plusieurs textos incompréhensibles pendant que je conduisais. Alcool à outrance, comme d’hab. Le connaissant bien, je comprends ce qu’il me raconte, ce qui se résume à « Rentréchémoi, trobu peupaouvrirmaporte« . Je me rhabille et reprends le volant pour me rendre chez lui. Je prends mon téléphone pour joindre sa meilleure amie afin d’avoir plus d’infos sur la soirée avant d’arriver et trouver mon jeune homme aussi frais qu’une pâquerette fanée, que je maternerais jusqu’à ce qu’il s’endorme. A peine deux heures après, dont une sieste d’une demi-heure seulement pour ma part, je me relève, pars de chez lui et monte à bord du 4×4 BMW flambant neuf de mon père pour faire face à sept heures de route et passer un entretien que je ne réussirais finalement pas.

Pas plus tristes ou pas plus joyeuses que d’autres, il y a simplement des journées qui marquent de par leur intensité. De par les questionnements qu’elles soulèvent. Comment ma vie serait-elle aujourd’hui si j’étais restée avec certaines personnes ? Ou mise avec d’autres ? Ou le contraire ? Si j’étais allée travailler au Sdf ou m’amuser dans une autre soirée ? Si j’avais été prise au poste que je convoitais à Lausanne ? Le déroulé des questions en « si » n’existe que lorsqu’on est désappointé des choix qui ont été pris jusqu’alors. On ne se pose pas souvent la question de ce qu’aurait été une vie avec d’autres choix quand on est sûr d’avoir pris les bons. Quand toutefois on peut décider desdits événements…

Au nom de quoi ?

Être rebelle et parfois faire des actes insensés pour épater la galerie m’étonneront toujours. Se prétendre heureux de vivre et vouloir profiter de tous les moments de la vie n’excusent pas tous les comportements, encore moins ceux qui, en pleine contradiction, mettent leur propre vie comme celle des autres en danger.

14 Juillet, plus de 2h du matin. Deux conducteurs : un sobre et un saoul, ce dernier auquel appartient la voiture. Moi, sobre en l’occurrence, exige de conduire avant de m’entendre dire de la part d’un des cinq convives que, si je ne suis pas contente je n’aie qu’à effectuer le chemin du retour à pied et laisser conduire l’autre jeune homme puisqu’il le désire tant. Mais oui, avouez, c’est drôlement plus fun de rouler à tombeau ouvert en plein milieu de la route sur des routes de campagne non éclairées que de rentrer en toute quiétude en réduisant les risques mortels.

Trois. Il y a maintenant une poignée d’années de cela, j’ai perdu trois proches lors de deux accidents de la route différents. Et pour l’un d’entre eux, cinq personnes se trouvaient dans la voiture. Toutes finirent éjectées à des dizaines de mètres du véhicule, cet accident ne laissant aucun survivant. L’information occupa à l’époque deux minutes du journal télévisé, se mélangeant sans distinction aux nombreux faits divers du même genre. Perdre trois amis c’est assez pour évaluer – dans la mesure du possible – les risques de danger. A ceux qui veulent jouer les ados décontractés, ne se prenant pas la tête et confondant dangereusement jeu et réalité, j’ai envie de leur faire prendre conscience de ce qu’ils encourent. Je sais malheureusement à quel point un carnage peut arriver facilement, aussi brutal et vif qu’un éclair dans le ciel. Je me souviendrai toujours de ce pompier, arrivé parmi les premiers sur les lieux de l’accident, me disant à propos du chauffard ayant embouti mes amis, et seul rescapé (la justice n’existe pas) : « Quand on l’a retrouvé, il tenait encore son verre d’alcool à la main ».

¡ Viva la … Liberación !

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Paris, le 14 juillet, nous rappelle à la perfection quel anniversaire nous célébrons.
Dans tout Paris, et plus précisément aux alentours de la Tour Eiffel, parisiens, français, touristes de tous horizons se rassemblent, attendant les feux de joie qui contribuent, eux aussi, à la renommée de la ville.
A la sortie du métro, située à quelques centaines de mètres du point culminant des festivités, j’observe tout ce petit monde autour de moi. Beaucoup, comme moi, attendent quelqu’un : de la famille, des amis, voire plus si affinités. Des couples ont déjà commencé à se bécoter, des touristes à croquer leurs sandwiches, des adolescents à boire, leur bouteille à la main.
Les policiers font déjà leurs rondes, non pour appréhender ceux qui roulent quelques joints à peine dissimulés mais plutôt les mouvements de foules qui pourraient s’avérer dangereux. Mes amis arrivés, nous devinons au loin un concert qui débute, non au son des instruments et de la sono mais aux clameurs de la masse populaire amassée au pied des installations. Le feu ne saurait tarder. Nous suivons la foule en quête d’en endroit qui nous permettrait d’apercevoir les illuminations qui font entendre leurs premiers crépitements. Arrivant dans une ruelle transversale à la Tour Eiffel, nous regardons les lumières prenant de plus en plus d’ampleur.
C’est alors que j’ai réalisé pourquoi tant de monde se réunit chaque année à la même date, sans en avoir pleinement conscience. Les enfants courant dans les rues comme fuyant les bombardements, tous entourés de policiers essayant eux aussi de profiter du spectacle.
Les acclamations grandissantes me font ressentir quelle pouvait être la joie éprouvée par le peuple tant d’années auparavant.