Pourquoi

Pourquoi [N°3] : Je ne veux pas d’enfants ?

Je vais tout de suite balayer le « Je ne veux pas d’enfant parce que notre planète est sur le déclin et je ne veux pas lui imposer un tel malheur ». Cette raison est fondée, je ne la nie pas, elle est même réaliste, sauf que ce n’est pas la mienne. Je partage ce point de vue mais il ne résume pas mes raisons personnelles qui font que je ne veux pas d’enfants dans ma vie présente et future. Vous trouverez pléthore de témoignages allant dans ce sens sur le world wide web qui justifient avec beaucoup plus de crédibilité et lucidité que moi cette raison spécifique. Je tiens à préciser que je ne soumets ici aucun jugement de valeur à l’intention des personnes souhaitant ou ayant une progéniture.

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En ce qui me concerne, je n’ai jamais eu l’instinct maternel. Bien que cela soit à chaque fois un débat houleux lors des repas familles, où certains me disent que cela viendra avec le temps, je ne pense vraiment pas le ressentir un jour. L’instinct maternel doit être inné plus qu’acquis et jamais je n’ai été à l’aise en présence d’enfants. Je suis celle qui fuis les bébés que les collègues de travail viennent exhiber comme des trophées, je suis celle qui reste enfermée dans ma chambre quand ma mère garde des enfants à la maison quand j’y suis.

Abortion_by_Amelee De cette impression en a découlé beaucoup de questions et donc de réponses. Si les enfants me mettent à ce point mal à l’aise, je n’ai pas envie de donner la vie à quelqu’un que je n’apprécierais pas forcément. « Mais si c’est ton enfant ce n’est pas la même chose ». Je pense que cette phrase a été dite à maintes reprises aux mères dont les enfants ont fini au froid. C’est une peur que j’ai, celle de ne pas être capable d’aimer et de simplement enfanter pour « faire comme tout le monde » ou « faire plaisir à mes parents et ma famille ». Peur également qu’ils vivent la même enfance ou adolescence que la mienne mais je ne veux pas rentrer dans ces détails. De ce doute sont nées d’autres peurs, comme celle par exemple de trouver l’homme de ma vie et qu’il m’en veuille et me quitte de ne pas vouloir lui donner ce que toute femme est censée donner : la vie.

Bien qu’étant dans une société se voulant libérée, il est très dur de vivre en tant que femme ne souhaitant pas d’enfant. D’autant plus quand on voit se lever des boucliers de femmes tentant de convaincre du bien-fondé d’en avoir. Ce n’est pas un choix qui se fait à la légère et j’estime que c’est oublier le caractère de la personne que de vouloir la forcer à tomber enceinte. Beaucoup m’ont par exemple traitée d’égoïste. Pour moi, le véritable égoïsme sont les personnes qui veulent un enfant par caprice quand des années avant elles voulaient un chien. Je préfère en effet mettre ma propre vie en avant si je n’ai pas les fonds suffisants pour assurer une vie décente à mes enfants, et tant pis si personne ne vient me voir quand je serai en maison de retraite.

Je ne peux pas faire une liste exhaustive de toutes les raisons qui poussent de plus en plus de femmes à ne pas vouloir d’enfants mais je voulais aborder les miennes. Pour dans le même temps essayer de contrer ces vendettas quotidiennes envers les personnes qui ont le même point de vue que moi concernant une absence totale et choisie de descendance.

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Pourquoi [N°2] : A-t-on une vision biaisée de la bipolarité ?

Je ne tenais plus mon blog à l’époque où est sortie la série télévisée Homeland, mais ce que j’entendais de part et d’autre au travail ou dans des soirées me rendait folle. Le trouple bipolaire qui touche le personnage de Carrie Mathison dans la série n’est absolument pas représentatif des cas de cyclothymie qui touchent entre 2 à 6% de la population mondiale.

Les troubles bipolaires, et les personnes qui en souffrent, peuvent porter bien des dénominations. Maniaco-dépressifs, psychotiques, hypomaniaques, cyclothymiques ou fous, j’écris cet article pour contrebalancer toutes les fausses idées véhiculées par les médias ou tout simplement l’ignorance de la maladie.

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Car la bipolarité (appelée psychose maniaco-dépressive (PMD) ou maladie maniaco-dépressive (MMD)) est bel et bien une maladie psychiatrique. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), elle est même la sixième cause de handicap dans le monde. Néanmoins, celle-ci va prendre diverses formes et ne sera bien entendu pas aussi impressionnante suivant les degrés (ou « types ») du trouble.

Pour être brève (et généraliste), les symptômes de la bipolarité vont être de fréquents (et violents) changements d’attitudes et d’états d’esprit sur des périodes très rapprochées. J’utilise ici le mot violent dans son sens large, qui englobe le fait que ces changements vont arriver sans signe précurseur, aussi bien d’un point de vue extérieur qu’intérieur. Je vais parler des types de bipolarité, en partant des plus graves (comme celle de Carrie par exemple) jusqu’aux plus courantes qui, sans les minimiser, sont bien moins aiguës que les premières et permettent de « vivre avec » sans passer par des séjours en hôpitaux psychiatriques.


Les personnes bipolaires de Type I, autrement appelées maniaco-dépressives, alternent phrases d’euphorie et de dépression profondes. Ces deux états d’esprit sont souvent très proches en termes de temps mais si éloignés de par leur nature, qu’ils font vivre un réel calvaire aux malades. On trouve nombre de témoignages sur les internets pour étayer ces symptômes, comme celui-ci :

« […] mes journées sont rythmées par une alternance incessante de mon humeur entre euphorie et anéantissement total. Il m’arrive de changer de comportement jusqu’à huit fois dans une même journée. Durant les moments de dépression, plus rien ni personne n’existe ; je ne veux voir personne, je suis odieuse et coupée du monde, les pensées pleine d’idées noires et violentes. A l’intérieur de moi, je livre une vraie bataille, pleurant, hurlant, allant parfois jusqu’à m’automutiler pour ne pas faire de mal autour de moi.

Les moments d’euphorie, quant à eux, sont exactement l’inverse. Je peux déménager la maison, les meubles, faire le ménage en un temps record, avoir mille idées à la minute et entraîner toute ma famille dans mes élans. Je chante, je suis heureuse et sûre que tout va bien… jusqu’à ce que tout redescende. »

Survient également dans un tiers des cas, une sexualité compulsive (hypersexualité), appelée satyriasis ou nymphomanie dans le domaine courant.

©2009-2014 g-idiomatique

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Pour le Type II, nous trouvons le symptôme d’hypomanie, qui entraîne dans le même laps de temps des émotions divergentes et donc très fatigantes pour l’individu. Néanmoins, la classification dans le Type II dépend du fait que les signaux sont beaucoup plus discrets et que les malades sont bien intégrés dans la société. Ils parviennent à mener une vie de famille et de bonnes relations entre amis ou au travail, sans que la bipolarité ne se ressente d’un point de vue extérieur, avant tout face à des personnes pour qui les relations sont de l’ordre de la simple connaissance.

Le Type III englobe quant à lui les troubles bipolaires forts, qui sont la conséquence de l’absorption de médicaments et traitements. Ce sont pour la plupart des antidépresseurs qui vont, soit générer ces troubles, soit les réveiller chez l’individu.

Les troubles cyclothymiques plus légers sont classifiés dans le Type IV. Ils correspondent aux attitudes des personnes que l’on appelle « soupe au lait ». Le cyclothymique va osciller, comme pour les précédents cas, entre des passages de joie non dissimulée et des moments d’irritabilité extrême, sans pour autant que cela fasse référence à de la maniaco-dépression. Psychiatre allemand, Ewald Hecker qualifie ce trouble de « maladie circulaire de la sensibilité émotive » (Gemütserkrankung), concept qui résume bien la situation.

Dernier cas de figure, le Type V qualifie les personnes atteintes d’hyperactivité. Et plus particulièrement l’hyperactivité qui va développer des activités créatives (musique, peinture, etc.). Egalement, les phases de manie sont plus ciblées : rapidité du débit de paroles (logorrhée), phases de tachycardie, ou encore incapacité à fixer son attention.

Attention toutefois, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) distingue seulement trois types de troubles bipolaires : trouble bipolaire de type I, de type II et cyclothymie.


Dans sa globalité, la bipolarité sous sa forme dépressive va présenter les effets suivants : perte du sommeil, d’énergie, de l’appétit (ou troubles, perte ou gain de poids selon les individus) et de tout goût de vivre ou bouger. S’y ajoutent une forte mise en retrait social, des pensées suicidaires (pour 60% des personnes bipolaires) ainsi que des signes d’agressivité extérieure ou contre l’individu lui-même (d’où les formes d’automutilation). Dans le cas de l’euphorie, les effets seront l’extrême inverse, ce qui rendra encore plus difficile le cycle quand il basculera à nouveau sur la phase de dépression.

Je ne vais pas m’attarder sur les causes de la maladie (qui peuvent être génétiques, psychologiques ou sociétales) ou sur ses traitements. Je souhaitais avant tout montrer que le cas de Carrie Mathison est bien loin d’être la norme en ce qui concerne les troubles bipolaires. Ils touchent aussi bien les hommes que les femmes et ne sont pas toujours permanents. C’est souvent un élément déclencheur qui va venir provoquer ces cycles de bipolarité, qui dureront alors entre plusieurs semaines à une année (généralement). Les traitements existent et sont bien plus faciles à trouver que l’acceptation de la société face à cette maladie.

Pourquoi [N°1] : Les gens se font-ils du mal ?

Suite à de nombreuses réflexions, je sais qu’il y a beaucoup de questions que je me pose. Dans le même temps, j’ai peut-être des éléments de réponse face à des interrogations plus générales souvent demandées. Je crée donc une rubrique « Pourquoi ? » qui tentera de répondre à ces questions, en tordant le cou aux clichés ou en enfonçant les portes ouvertes. Tout article sera évidemment et scandaleusement objectif, car je ne détiens malheureusement pas encore ni la science infuse, ni la vérité absolue.

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Le premier article de cette série est dédiée aux personnes qui se font sciemment du mal, sur le plan physique. On parle d’automutilation en tant que globalité, mais cela est souvent réduit en tant que : scarification et coupage de veines. Cela en fait bien sûr partie, mais est bien loin d’en être la majorité. Exit donc les brûlures volontaires et la trichotillomanie par exemple, sur lesquels je reviendrai un peu plus loin. Dans le même temps réside une totale incompréhension face à ce genre de comportements, que je vais tenter d’élucider.


Déjà, rétablissons les vérités sur les formes d’automutilation de façon générale. Outre le fait de se scarifier (pratique médicale ou sociale dans un premier temps), beaucoup d’autres actions peuvent être faites par ces personnes, bien souvent à tendances suicidaires. En effet, près de la moitié des hommes et femmes se mutilant meurent. Non pas des suites de leurs blessures, qui sont le plus généralement superficielles (superficielles = non mortelles, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit), mais d’un acte de suicide commis par la suite.

L’automutilation va donc prendre plusieurs formes, dont il est difficile de faire une liste exhaustive. On peut parler des brûlures corporelles faites de façon intentionnelle, de griffures, de cognement (se frapper la tête contre les murs au sens premier du terme ou contre le marbre d’une table de chevet par exemple), d’ingestion de substances dangereuses (l’eau de Javel pour ne citer qu’elle) ou bien encore de trichotillomanie. Appelée également trichomanie, elle consiste en l’arrachage de cheveux de façon systématique et compulsive. Comme beaucoup des actes d’automutilation, elle est considéré comme un TOC, au même titre que l’onychophagie (le fait de se ronger les ongles).

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Les personnes procédant à ces actes inconsidérés vont également être confrontées à la phobie d’impulsion (ou obsession impulsive). C’est à dire être dans un climat de peur permanent de se faire du mal ou à autrui. Concrètement, l’individu incriminé éprouvera une répulsion à marcher dans la rue, par peur de se jeter sur un coup de tête sous une voiture. Ou bien évitera de se retrouver seul dans une cuisine, toujours par peur de se saisir d’un couteau de manière impulsive et de se trancher la gorge. J’utilise ici le mot peur, bien que l’obsession impulsive ne soit à proprement parler pas une phobie, mais bien un Trouble Obsessionnel Compulsif. On peut comparer cet état d’esprit à celui des femmes lors de la période post-partum, qui seront amenées à maltraiter leur nouveau né, ou a minima à le penser. On tombe alors dans la névrose obsessionnelle de Freud, où se mélangent l’envie et la peur de faire une action (grosso modo, car je n’ai jamais su interpréter la plupart des théories freudiennes de façon simple).


Retournons à l’automutilation donc et maintenant à ses explications, ses motivations. Je vais évidemment mettre de côté l’algolagnie, qui ne correspond pas vraiment au thème de ce billet. Même s’il est facile de faire des parallèles partout, je doute que le BDSM ou la volonté de se faire étrangler en faisant l’amour fassent partie des formes de mutilation liées à des tendances suicidaires. Egalement, je mets sciemment de côté la destruction corporelle qui passe par l’anorexie et son inverse (toutes les formes de troubles de la conduite alimentaire en fait), préférant me concentrer sur les actions qui engendrent directement de la douleur physique.

Pourquoi donc certaines personnes souhaitent-elles de leur plein gré s’infliger une souffrance physique ? Il y a plusieurs raisons à cela. Commençons par la plus terre-à-terre car la plus scientifique. Nous savons que beaucoup de facteurs psychologiques influent sur ce genre de comportements. Pour citer Wikipédia (mes plus plates excuses), nous pouvons déjà savoir que : « Un environnement dans lequel les parents punissent leurs enfants de leurs émotions, telles que l’expression de la tristesse ou de la douleur, peut contribuer à une difficulté d’exprimer certaines émotions et s’exposent à des risques élevés d’automutilation. Tout type d’abus ou de traumatisme durant l’enfance est considéré comme facteur de risque élevé, incluant le deuil et certains troubles des relations parentales ou avec un partenaire« . D’un point de vue psy, ce comportement a des bases solides et ne pourra être endigué que par un traitement sur le long terme ou, à défaut, par une très grande volonté. Pour l’explication scientifique dont je vous parlais plus haut, il faut comprendre que l’automutilation libère de l’endorphine. Chaque acte de mutilation corporelle, peu importe sa nature, va procurer du bien à la personne. Comme avec toute drogue qui libère de l’endorphine, va venir l’accoutumance et donc le besoin de se mutiler plus souvent et / ou plus fort. On peut alors parler d’une euphorie venant avec la douleur où ces actes deviennent un réel besoin.

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En outre, l’automutilation s’apparente sous bien des formes à une réelle punition. Une punition physique, comme beaucoup d’enfants ont pu le ressentir lorsqu’ils faisaient une bêtise. Une personne souhaitant se faire du mal, va par exemple se donner de fortes claques (souvent même en s’insultant) comme pour stopper le mal psychique qui l’occupe au moment M. Comme pour se punir d’être triste. La claque, ou la scarification profonde, ou le fait de rentrer dans un bain bien trop brûlant, a ici un rôle d’électrochoc dans l’idée de sortir de cet état de torpeur, de tristesse et de soumission face à ces émotions négatives. L’effet est la plupart du temps à court terme, ce qui implique une automutilation à répétition, comme dans le cas expliqué par l’endorphine.

Egalement, l’expression physique de cette douleur mentale est un vrai appel à l’aide. Qu’il s’additionne ou remplace les deux tentatives d’explication précédentes, cet acte montre tout de même une envie de s’en sortir, grâce aux autres. L’individu présentant des bleus ou des marques de brûlures pour ne citer que ces exemples, souhaite montrer qu’il souffre et attend qu’on lui tende la main pour l’aider à s’en sortir. L’automutilation étant un trouble de la personnalité borderline, la personne concernée aura aussi bien une mauvaise image d’elle (repli sur soi, envie de se cacher), qu’une volonté de se montrer ainsi que ses blessures. Quand on se réfère aux caractéristiques de la TPB citée dans la phrase précédente, on comprend que l’automutilation, comme le suicide ou du moins ses tentatives, sont des manières de décharger l’angoisse de l’homme ou la femme.


Je vais m’arrêter là, car je sais pertinemment que je ne pourrais pas me stopper si je continue à parler des troubles cités par le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), dont l’automutilation fait évidemment partie. Je pense que c’est une réelle maladie et qu’elle se soigne. Il faut donc qu’elle soit traitée, le plus tôt possible si vous en avez l’occasion. J’ai l’impression de dramatiser le sujet mais il faut également savoir que c’est un état d’esprit en dents de scie. L’automutilation va survenir sur des périodes pouvant aller de quelques semaines à des années, selon les circonstances. Evidemment, plus les rechutes sont fréquentes (pour bien des raisons : mort d’une personne proche, déception amoureuse, mal-être général, etc.), plus la période de passage à l’acte sera longue. Si vous connaissez des personnes atteintes, ne les blâmez pas, rassurez-les, comprenez-les tout en les encourageant à exprimer leurs émotions par le biais d’autres supports : lecture, dessin, chant, etc. Les occupations les plus simples, qui se rapportent bien souvent à l’enfance, sont tout aussi efficaces. Soyez près d’elle mais ne les étouffez pas, car se sentant surveillées, elles auront tendance à expier plus facilement leur désespoir par la mutilation, synonyme également d’interdit, une fois seules.