Mon Harcèlement de Rue

Il y a pléthore d’articles sur le sujet, qui regorgent d’exemples de situations, tous les plus hallucinants les uns que les autres. Je cible à peu près les lecteurs / trices de mon blog et je ne pense pas que je puisse vous faire la morale à ce sujet. Cet article est plus un coup de gueule qu’un pur article féministe. Déjà, je ne suis pas vraiment une féministe dans l’âme. Bien sûr, tout dépend de la définition qui en est donné, mais les femmes qui prônent l’égalité et qui estiment dans le même temps évident qu’elles se fassent tout le temps payer le restaurant ou qui ne prennent plus la peine de se déplacer pour aller voter (par exemple), je trouve ça incohérent. Je souhaite simplement faire comprendre à quel point on peut avoir peur de sortir du travail, peur de sortir de chez soi, au point de ne plus avoir envie de sortir du tout.

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Je ne vais pas faire la liste des mésaventures qui ont pu m’arriver dehors, car bien souvent on ne s’en souvient pas, tellement c’est récurrent et que cela passe dans le domaine de la banalité. J’entends des collègues ou des connaissances, surtout masculines, trouver bizarre que je sois si casanière ou que je me déplace toujours en voiture quand je sors dans Paris. Je n’ai rien contre les hommes, vous savez à quel point j’aime les hommes, mais il y a évidemment des situations qui ne peuvent pas être ressenties de la même façon selon de quel côté de la barrière on se trouve : homme ou femme. Je prends toujours ma voiture car je ne supporte plus les transports en commun en soirée. Car dans chaque regard inquisiteur se trouve une proie. Quand je suis dans le métro, ou surtout dans la rue, et que l’on me demande si je baise, si je suce ou si j’aime les plans à trois, cela ne me donne pas envie de sortir de chez moi. Alors oui peut-être que je baise, je suce et que j’aime les plans à trois mais je ne vois pas où ces personnes inconnues ont pu croire une seule seconde qu’elles faisaient partie de l’équation de ma vie. Et qu’en plus on se fait traiter de salope si on ignore une question pareille. Là arrive aussi le paradoxe de la société. Cette peur de l’inconnu et de l’étranger. Pour moi une personne inconnue est une personne étrangère mais la peur de l’étranger s’appelle la xénophobie. J’aurais aimé que la société tout entière ait fait du latin pour bien comprendre que phobie = peur, et non hostilité. Cette confusion dans les termes est aberrante car il est logique d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas, des gens inconnus qui souhaitent nous faire du mal. Mais non, les victimes devraient se retrouver honteuses d’avoir peur de leurs agresseurs et cette peur devrait être condamnée. On marche sur la tête.

J’avais une vie avant. Avant mon agression, avant d’être rouée de coups de pieds dans le ventre et de coups de poing dans le visage en plein Paris à 20 heures. C’était il y a plus de trois ans maintenant. Avant ça je rentrais avec le dernier métro, je rentrais chez moi sans me retourner une seule fois sur le chemin pour voir si j’étais suivie, je finissais tous les soirs mon service à Roland Garros à 23 heures et je marchais le long du bois de Boulogne pour rejoindre ma voiture sans avoir peur, je me suis même endormie et ai passé une nuit entière sur une pelouse du parc de l’île Saint-Louis avant de me faire réveiller le lendemain matin par l’arrosage automatique.

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Maintenant, je vais très peu à des concerts ou je rate bien souvent la fin car je n’ose plus marcher dans les rues qui avoisine le Stade de France, je me gare toujours très près des endroits où je vais, quitte à payer dix euros de parking Vinci pour deux heures, je ne sais plus comment m’habiller non plus, sachant que même en Conserve / t-shirt / jean on peut se prendre des remarques désobligeantes.

Ce qui reste incompris par la gente masculine, ce que je trouve légitime mine de rien, c’est la peur quotidienne. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai entendu des pas se rapprocher dans ma direction, des pas rapides, des jambes qui couraient droit sur moi. J’ai commencé à avoir une crise de panique et je me suis retournée au dernier moment pour faire face à ce qui allait m’arriver. Je me suis retrouvée les yeux dans les yeux avec un gamin d’une douzaine d’années, qui était en train de se précipiter vers moi pour récupérer son ballon de football avant qu’il ne m’atteigne. En croisant son regard, j’ai vu qu’il s’excusait, alors qu’il ne m’avait pas touchée. Car il a vu l’angoisse dans mes yeux, il a vu à quel point j’étais terrorisée.

Cette terreur quotidienne est insupportable et peu importe le nombre d’articles qui peuvent être écrits sur le sujet, je doute que cela fasse changer les choses. Appelez ça défaitisme, j’appelle ça réalisme. Cela ne sert à rien de sensibiliser des personnes qui ne peuvent pas et ne veulent pas être sensibilisées. Je ne fais pas cet article pour faire ma victime, mais pour que l’on puisse déjà comprendre qu’on puisse avoir peur de sortir de chez soi, que ce n’est pas un caprice mais juste de l’instinct de survie.

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