L’Univers des Dépendants Affectifs et Sexuels

J’ai choisi aujourd’hui de faire un focus sur la dépendance affective et sexuelle, avec un descriptif de ce type bien particulier de dépendance, les syndromes, les préjugés et les façons qu’ont les personnes touchées de s’en sortir, comme c’est par exemple le cas des réunions DASA (Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes).

La Dépendance Sexuelle

Tout d’abord il faut absolument se sortir de la tête que les deux sont automatiquement liées. On peut être dépendant affectif, on peut être dépendant sexuel, on peut être dépendant affectif et sexuel. Heureusement, on est bien souvent ni l’un ni l’autre, mais ce n’est pas le sujet ici. Concernant l’addiction sexuelle, elle s’explique très rationnellement grâce aux substances générées par l’acte sexuel. Les endorphines libèrent un tel bien-être dans l’organisme qu’il est souvent comparable aux effets de l’héroïne (pour ma part je préfère l’associer à la méphédrone), ce qui est plus ou moins le cas du sentiment amoureux mais je vais y revenir. Les dépendants sexuels ne peuvent pas se passer de cette sensation et sont en perpétuelle recherche de nouvelles expériences leur permettant d’atteindre l’orgasme de façon très récurrente. J’ai cité l’héroïne et la méphédrone comme j’aurais pu citer la MDMA, puisque les effets de l’acte sexuel ressemblent finalement à ceux de pléthore de drogues (accélération du rythme cardiaque, sueurs importantes ou encore grande euphorie), la différence étant les conséquences addictives engendrées. Je ne vais en revanche pas m’attarder sur les causes de ce comportement, qui sont propres à chacun et sur lesquelles il est dangereux d’essayer de les influencer en amont sans savoir ce que l’on pourrait soulever.

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La Dépendance Affective

Pour ce qui est de la dépendance affective, elle est plus sournoise car les effets physiques ne sont pas aussi généralistes que ceux de la libération de l’endorphine dans l’organisme. C’est-à-dire que chacun réagira différemment à des situations identiques et qu’il est beaucoup plus difficile de faire comprendre à autrui les effets de cette dépendance. Loin de la personne aimée, un certain état de manque se fait ressentir. Un manque qui ne guide que vers un seul but : celui de revoir ladite personne, comme si elle était une dose dont on ne pouvait se passer.

La dépendance affective est bien souvent liée à une perte totale de confiance en soi après un traumatisme affectif, dont le cas le plus fréquent reste la rupture sentimentale. Pour autant, ce n’est pas forcément au sein des couples les plus fusionnels que l’on trouve le plus haut taux de dépendance affective. La dépendance affective est une sécurité où une personne va préférer rester en couple avec une autre, même si cette relation n’est pas celle qui lui correspond. Elle peut ne pas se sentir épanouie, elle préférera rester en couple, par crainte de perdre la relation en elle-même. De fait, ce sont souvent elles qui se font quitter puisqu’elles n’oseront jamais l’effectuer de leur propre fait. Ce n’est pas tant la personne qui manquera au dépendant affectif (bien qu’il ait cette impression et que cela fait aussi partie de la tristesse puisqu’il n’en reste pas moins amoureux de la personne), mais aussi la perte de la relation dans sa globalité et cette rassurante sécurité affective qui y était liée. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je pense que les personnes dépendantes affectives peuvent très bien être comblées dans des relations et réussir leur vie sentimentale. C’est plutôt face à une situation d’échec dans ce domaine qu’elles vont perdre pied.

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Les Syndromes

Dans les deux cas, les personnes atteintes de dépendance sexuelle et / ou affective sont bien souvent atteintes de troubles maniaco-dépressifs, au même titre que pour d’autres addictions, puisqu’il y a la notion de manque. Le manque, parlons-en… Beaucoup des effets négatifs que je vais lister correspondent à ceux de la dépression puisque là aussi tout est lié, seules les causes sont différentes : agressivité, anorexie / boulimie, automutilation (j’en reviens à mon article dédié), crises d’angoisse, changements d’humeur (voire cyclothymie et bipolarité, tiens donc, ça aussi j’ai fait un article dessus), tout cela pouvant mener ,dans un faible pourcentage des cas, jusqu’au suicide. Les personnes dépendantes, affectivement comme sexuellement, ne voyant plus aucune utilité à leur vie si elle ne sont pas capables se s’épanouir à un instant T dans l’une ou l’autre de ces situations.

Attention, je distingue sciemment l’hypersexualité (nymphomanie et satyriasis) de la dépendance sexuelle. Bien que cela ne soit pas toujours rose, les personnes atteintes de sexualité compulsive sont plus dans une recherche d’épanouissement et d’envie de faire l’amour plus que par besoin. Je généralise volontairement (dans Nymphomaniac par exemple, Joe souffre à mes yeux plutôt de dépendance que de simple hypersexualité), mais je souhaitais tout de même toucher un mot de ce trouble qui n’est pas considéré comme une maladie dans le DSM-IV, ce qui ne saurait tarder pour la dépendance sexuelle. A noter également que l’on peut rapprocher ces troubles de celui de la personnalité histrionique dont j’avais parlé ici il y a plusieurs années déjà, vis-à-vis des symptômes de l’interaction avec autrui, qui est souvent caractérisée par un comportement de séduction inadapté, ou d’attitude provocante, l’expression émotionnelle étant superficielle et instable, où le sujet utilise régulièrement son aspect physique pour attirer l’attention et où il y a une dramatisation et une exagération de l’expression émotionnelle.

Les Soins

Moitié maladie physique, moitié maladie psychiatrique, les moyens de se sortir de la dépendance ne sont pas encore tout à fait aboutis, en grande partie à cause de l’ignorance et des préjugés qui entourent le sujet. Le plus souvent, on va attendre du patient qu’il « s’auto-gère » en s’efforçant de maîtriser lui-même ses pulsions. La psychologie, plus encore la psychiatrie et les thérapies de groupe vont avoir leur utilité dans ce domaine car c’est, mine de rien, une dépendance comme une autre, mais bien moins acceptée que d’autres car tabou (alors qu’on sait déjà que les dépendances ne sont pas très bien vues en société, aussi bien au niveau de l’alcool, des drogues ou encore des jeux). Pourtant, bien que les chiffres diffèrent, à peu près 5% de la population française souffrent d’hypersexualité et / ou de dépendance sexuelle.

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Pour ce qui est des thérapies de groupe, les DASA sont experts en ce domaine. La réserve morale que j’ai face aux réunions DASA est la même que j’ai eue lors d’une réunion collective d’arrêt du tabac. Le souhait d’aller de l’avant passe ici par de la croyance (très religieuse cela dit, ce qui n’est pas le cas de la méthode Allen Carr), voire une conduite assez sectaire. Vous trouverez un exemple sur cette page, celui des étapes pour aboutir à une résolution du problème de l’addiction, où Dieu est presque cité à chaque étape. Le côté sectaire ne me dérange pas dans ces groupes de soutien car il part d’un bon sentiment et est fait pour justement ne plus mettre sa vie en danger. Lors d’une séance d’hypnose contre l’addiction au tabac, j’ai été réfractaire dans un premier temps aux dérives de lavages de cerveau, mais je me suis dit : « Au pire, cela ne peut me faire que du bien, tant pis si je crois à une entité supérieure si cela doit me faire arrêter de fumer ». Le principe est le même ici. Je ne dénigre pas l’importance néfaste des sectes dans leur généralité, mais j’admets qu’elles peuvent être utiles de façon cadrée lorsqu’elles sont voulues par des personnes consentantes. Vous me direz, quoi de plus consentante qu’une personne au bord de la dépression et du suicide … Pour ce qui est des réunions en elles-mêmes, elles ont lieu de façon hebdomadaires, avant-tout en région parisienne, autour de différents thèmes : priorité aux hommes, séance en langue anglaise, ouvertes aux non-dépendants, dédiées à l’anorexie sexuelle et affective, etc. Vous y trouverez Monsieur et Madame ToutLeMonde, venus échanger sur une maladie dont on peut hélas peu parler dans son cadre de connaissances. Il faut être en réelle démarche d’aller de l’avant pour aller assister à ces réunions. En effet, sans motivation il est aussi tentant pour des alcooliques anonymes de se réunir après une séance pour boire un verre, que pour des dépendants sexuels de se réunir pour d’autres activités. Il faut donc privilégier la motivation et ne pas entretenir de contacts avec les autres membres du groupe hors des séances.

téléchargement (1) Concernant les livres, vous trouverez énormément d’ouvrages dédiées au sujet, aussi bien au sein des grandes enseignes que dans des boutiques spécialisées. Je peux vous conseiller celui de Sylvie Tenenbaum : « Vaincre la dépendance affective – Pour ne plus vivre uniquement par le regard des autres » qui est le plus concret et le plus abouti qu’il m’ait été donné de lire.

Voilà, vous savez dans les grandes lignes à peu près tout. Je souhaitais parler de cette addiction car ses soins ont autant leur place dans la société que pour d’autres. Méconnue et stigmatisée (je ne parle même pas du slut-shaming envers les femmes qui ont eu plusieurs dizaines de partenaires dans leur vie), la dépendance sexuelle et / ou affective n’est pas quelque chose d’anodin mais ne doit pas être diabolisée pour autant.

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