Pourquoi [N°2] : A-t-on une vision biaisée de la bipolarité ?

Je ne tenais plus mon blog à l’époque où est sortie la série télévisée Homeland, mais ce que j’entendais de part et d’autre au travail ou dans des soirées me rendait folle. Le trouple bipolaire qui touche le personnage de Carrie Mathison dans la série n’est absolument pas représentatif des cas de cyclothymie qui touchent entre 2 à 6% de la population mondiale.

Les troubles bipolaires, et les personnes qui en souffrent, peuvent porter bien des dénominations. Maniaco-dépressifs, psychotiques, hypomaniaques, cyclothymiques ou fous, j’écris cet article pour contrebalancer toutes les fausses idées véhiculées par les médias ou tout simplement l’ignorance de la maladie.

homeland

Car la bipolarité (appelée psychose maniaco-dépressive (PMD) ou maladie maniaco-dépressive (MMD)) est bel et bien une maladie psychiatrique. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), elle est même la sixième cause de handicap dans le monde. Néanmoins, celle-ci va prendre diverses formes et ne sera bien entendu pas aussi impressionnante suivant les degrés (ou « types ») du trouble.

Pour être brève (et généraliste), les symptômes de la bipolarité vont être de fréquents (et violents) changements d’attitudes et d’états d’esprit sur des périodes très rapprochées. J’utilise ici le mot violent dans son sens large, qui englobe le fait que ces changements vont arriver sans signe précurseur, aussi bien d’un point de vue extérieur qu’intérieur. Je vais parler des types de bipolarité, en partant des plus graves (comme celle de Carrie par exemple) jusqu’aux plus courantes qui, sans les minimiser, sont bien moins aiguës que les premières et permettent de « vivre avec » sans passer par des séjours en hôpitaux psychiatriques.


Les personnes bipolaires de Type I, autrement appelées maniaco-dépressives, alternent phrases d’euphorie et de dépression profondes. Ces deux états d’esprit sont souvent très proches en termes de temps mais si éloignés de par leur nature, qu’ils font vivre un réel calvaire aux malades. On trouve nombre de témoignages sur les internets pour étayer ces symptômes, comme celui-ci :

« […] mes journées sont rythmées par une alternance incessante de mon humeur entre euphorie et anéantissement total. Il m’arrive de changer de comportement jusqu’à huit fois dans une même journée. Durant les moments de dépression, plus rien ni personne n’existe ; je ne veux voir personne, je suis odieuse et coupée du monde, les pensées pleine d’idées noires et violentes. A l’intérieur de moi, je livre une vraie bataille, pleurant, hurlant, allant parfois jusqu’à m’automutiler pour ne pas faire de mal autour de moi.

Les moments d’euphorie, quant à eux, sont exactement l’inverse. Je peux déménager la maison, les meubles, faire le ménage en un temps record, avoir mille idées à la minute et entraîner toute ma famille dans mes élans. Je chante, je suis heureuse et sûre que tout va bien… jusqu’à ce que tout redescende. »

Survient également dans un tiers des cas, une sexualité compulsive (hypersexualité), appelée satyriasis ou nymphomanie dans le domaine courant.

©2009-2014 g-idiomatique

©2009-2014 g-idiomatique

Pour le Type II, nous trouvons le symptôme d’hypomanie, qui entraîne dans le même laps de temps des émotions divergentes et donc très fatigantes pour l’individu. Néanmoins, la classification dans le Type II dépend du fait que les signaux sont beaucoup plus discrets et que les malades sont bien intégrés dans la société. Ils parviennent à mener une vie de famille et de bonnes relations entre amis ou au travail, sans que la bipolarité ne se ressente d’un point de vue extérieur, avant tout face à des personnes pour qui les relations sont de l’ordre de la simple connaissance.

Le Type III englobe quant à lui les troubles bipolaires forts, qui sont la conséquence de l’absorption de médicaments et traitements. Ce sont pour la plupart des antidépresseurs qui vont, soit générer ces troubles, soit les réveiller chez l’individu.

Les troubles cyclothymiques plus légers sont classifiés dans le Type IV. Ils correspondent aux attitudes des personnes que l’on appelle « soupe au lait ». Le cyclothymique va osciller, comme pour les précédents cas, entre des passages de joie non dissimulée et des moments d’irritabilité extrême, sans pour autant que cela fasse référence à de la maniaco-dépression. Psychiatre allemand, Ewald Hecker qualifie ce trouble de « maladie circulaire de la sensibilité émotive » (Gemütserkrankung), concept qui résume bien la situation.

Dernier cas de figure, le Type V qualifie les personnes atteintes d’hyperactivité. Et plus particulièrement l’hyperactivité qui va développer des activités créatives (musique, peinture, etc.). Egalement, les phases de manie sont plus ciblées : rapidité du débit de paroles (logorrhée), phases de tachycardie, ou encore incapacité à fixer son attention.

Attention toutefois, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) distingue seulement trois types de troubles bipolaires : trouble bipolaire de type I, de type II et cyclothymie.


Dans sa globalité, la bipolarité sous sa forme dépressive va présenter les effets suivants : perte du sommeil, d’énergie, de l’appétit (ou troubles, perte ou gain de poids selon les individus) et de tout goût de vivre ou bouger. S’y ajoutent une forte mise en retrait social, des pensées suicidaires (pour 60% des personnes bipolaires) ainsi que des signes d’agressivité extérieure ou contre l’individu lui-même (d’où les formes d’automutilation). Dans le cas de l’euphorie, les effets seront l’extrême inverse, ce qui rendra encore plus difficile le cycle quand il basculera à nouveau sur la phase de dépression.

Je ne vais pas m’attarder sur les causes de la maladie (qui peuvent être génétiques, psychologiques ou sociétales) ou sur ses traitements. Je souhaitais avant tout montrer que le cas de Carrie Mathison est bien loin d’être la norme en ce qui concerne les troubles bipolaires. Ils touchent aussi bien les hommes que les femmes et ne sont pas toujours permanents. C’est souvent un élément déclencheur qui va venir provoquer ces cycles de bipolarité, qui dureront alors entre plusieurs semaines à une année (généralement). Les traitements existent et sont bien plus faciles à trouver que l’acceptation de la société face à cette maladie.

Publicités

2 commentaires

Laissez un commentaire si le coeur vous en dit !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s