Bad Kids

Article écrit en 10 minutes top chrono, le temps d’un Paris Saint-Lazare / Courbevoie.
Taux d’alcoolémie : moyen.

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Dans la rame de la ligne 13, je la regarde. Elle est belle. Malgré ses ongles rouges vernis et son maquillage outrancier de la même couleur. Comme des centaines, des milliers d’autres jeunes femmes de son âge, elle tripotte son téléphone portable pour actionner de la musique qui dépasse le cadre de ses oreilles. Les cheveux remontés sur le front, elle a le regard penché sur un livre de poche, livre bien trop épais pour que je puisse imaginer ce genre de filles le lire. Non que je reste bloquée sur son physique, qui parait en inadéquation avec son appétit littéraire. Elle sort en soirée, bien fardée, cela se voit. Elle veut qu’on la remarque.

Je l’ai croisée sur la même ligne, quelques heures plus tard. Le visage émacié, les traits tirés, le regard perdu dans le vague. Les effets de la drogue, remarquables au premier coup d’œil. Drogue dure à n’en pas douter quand je remarque ses mains s’agiter de manière frénétique, comme le ferait le métronome d’un pianiste. Restant toujours jolie à mes yeux, elle a perdu l’étincelle d’intelligence que j’avais démasquée chez elle. Paumée est le terme qui me vient à l’esprit en la regardant. Pour paraphraser je ne sais plus qui, je me demande comment une fille aussi jolie peut-elle être aussi malheureuse. Malheureuse au point de mettre sa vie en danger pour n’importe quelle contrariété venant à la gêner ? Elle a des amis borderline mais a toujours eu le recul nécessaire pour ne pas sombrer. Alors même qu’elle a mis sa vie en danger par deux fois au cours de ces derniers mois. Par désespoir ? Nul ne le sait, même pas elle je le crains.

Mais quand je la regarde dans l’image que renvoie son reflet dans la vitre, je sens qu’elle n’est pas si triste que je l’imagine. Ou en tout cas plus si triste qu’elle ait pu l’être auparavant. Elle semble hors de portée, peut-être l’effet de ses yeux creux et éteints. Tristesse sans nom et indéfinissable car je la sens au bord des larmes sans qu’elle ne soit elle-même en mesure de s’en rendre compte. Par peur de tout perdre, perdre tout ce qu’elle a difficilement acquis, perdre ce qui compte le plus dans sa vie puisqu’elle lui donne ainsi son sens. Elle a déjà perdu plusieurs hommes dans sa vie, tout comme elle s’est déjà perdue dans les bras de dizaines d’autres. Mais perdre le même homme une seconde fois demanderait une dose de courage qu’elle ne se sent pas prête à avoir si ce jour devait arriver. Mais comme elle n’en est pas là, elle sourit. Sourit de son présent, et au diable si son futur ressemble à son passé. On ne vit qu’au présent, et qu’une fois, Monsieur Bond.

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