La Mécanique du Cœur

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Pour parler de ce livre, je vais devoir spoiler, vous êtes prévenus. Car oui, la Mécanique du Cœur est un livre que j’ai lu il y a plus d’une année maintenant, sans avoir l’occasion d’en parler comme il se doit. Sorti en même temps que l’album éponyme de Dionysos, ce livre a été écrit par Mathias Malzieu, chanteur charismatique du groupe. Les deux, livre et album, sont indissociables. On appréciera encore mieux les chansons de l’album en connaissant l’histoire qui le mène, et on dévorera encore plus facilement le livre en ayant les chansons en tête.

La Mécanique du Cœur raconte la vie de Jack, né le jour le plus froid du monde, ce qui a eu pour conséquence de faire geler son cœur. Emmené aussitôt chez une doctoresse, Docteur Madeleine, celle-ci lui mit une horloge mécanique en guise de cœur, pour lui permettre ainsi de vivre. Elle lui enseigna alors trois obligations, qui lui seront nécessaires si Jack tient à rester en vie : ne jamais toucher à ses aiguilles, ne jamais s’énerver et surtout ne jamais, ne jamais, se laisser tomber amoureux. Car alors pour toujours, à l’horloge de ton cœur, la grande aiguille des heures transpercera ta peau, explosera l’horloge, imploseront tes os : la mécanique du cœur sera brisée de nouveau.

Nous y voilà : la fameuse mécanique du cœur. Toile de fond de cette histoire semi-fantastique, mais surtout bien ancrée dans la réalité sous bien des abords. Et là ça commence à spoiler.

Bien évidemment, ne tentant nullement de respecter les conseils de la doctoresse, Jack va tomber amoureux d’une fille, jusqu’à s’en faire exploser le cœur. Il sera le jouet de la jalousie et de la colère en la voyant disparaitre dans les bras d’un autre garçon. Miss Acacia, chantée par Olivia Ruiz (tiens donc) dans l’album, est une belle espagnole qui va ainsi faire vaciller le cœur et la vie de Jack. Malheureusement (ou heureusement) pour ceux qui n’ont pas lu le livre, mon article va surtout s’orienter sur la fin de Jack. Les dernières pages nous apprennent que tout ceci n’était que mensonge, que Jack n’avait pas le moins du monde un cœur mécanique, et qu’il fut fou de l’avoir cru, tout un chacun sait bien que cela est impossible. Le Docteur Madeleine ne lui avait raconté cette histoire, que dans l’unique but de l’empêcher de souffrir à cause des tourments de l’Amour. Elle l’avait bien mis en garde : tomber amoureux t’abimera le cœur, à jamais.

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Hélas, mille fois hélas, il est difficile de se refuser des moments de bonheur présents, sous prétexte de penser au malheur futur. A nos risques et périls dira-t-on. La juste question est : quelques heures ou jours de bonheur valent-ils le coup de souffrir des mois durant ? On parle bien souvent de différence entre remords et regrets, et qu’il vaut mieux éprouver les uns plutôt que les autres. Mon avis est qu’on souffre autant, peu importe le nom mis sur ces sentiments. Ce qui fait mal est de ne pas avoir mal, de ne sentir aucune souffrance corporelle, de n’avoir aucun bleu, aucun hématome, mais de souffrir comme jamais. Quand on a une cicatrice, on la nettoie puis la soigne. Ici, quand l’Amour fait mal, ou quand toute autre déception psychologique se fait ressentir, il est impossible de se soigner tant que l’on n’aura pas trouvé sa provenance. Alors on cherche des solutions (remèdes bien souvent pires que le mal), on trouve des coupables (bien souvent soi-même) et on s’enfonce dans cet état lamentable, échecs après échecs. On sait d’où nous est provenu le bonheur qui nous a fait sourire, rire et vivre. Le sachant, on fera tout notre possible pour le retrouver, à déraison, désespérément. Avec le fol espoir du désespoir.

Jack est mort en s’arrachant le cœur de ses doigts ensanglantés, rempli de haine envers ce cœur qui l’aura tant fait souffrir. Jack est mort en se rendant compte que son cœur était tout ce qu’il y a de plus normal, de plus humain. C’est ce qui en faisait sa force, mais aussi sa faiblesse.

Quelle chance il serait, d’avoir un cœur mécanique.

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6 commentaires

  1. Article bien sympa à lire, ma foi. Tu m’as donné envie de lire le bouquin en tout cas, malgré les spoilers. De toute façon j’en avais déjà entendu parler sans trop savoir de quoi il en retournait. Voilà chose faite donc!
    Concernant l’amour lui-même, j’ose croire que comme la chanson le dit si bien, « the first cut is the deepest » et qu’à force d’histoires (qui au préalable se finissent toutes – ou presque – un jour de façon plus ou moins hard), on finit par s’y faire un peu plus facilement. On finit par connaître un peu mieux ce sentiment et ainsi être plus à même de l’apprivoiser pour pas qu’il nous saute à la gorge (tu pardonneras la métaphore mais j’viens de me réveiller) dès que les choses partent en sucette. Alors oui, ça n’en réduit pas moins la douleur de s’être attaché à quelqu’un et de voir l’histoire se finir malgré nous alors qu’on tente toujours le tout pour le tout pour récupérer cette personne. Tu l’avais dit dans un précédent billet et c’est vrai, le sentiment d’être amoureux est semblable à l’effet que procurerait l’héroïne (j’avais du lire ça sur Futura-Sciences d’ailleurs – info super utile), on comprend donc ainsi pourquoi il est si difficile de devoir arrêter et de se sevrer sur tous les points de la relation (physique et émotionnel).

    Malgré tout, j’imagine qu’au final, pour souffrir le moins possible, il faudrait pouvoir se remémorer les bons souvenirs seulement et écarter les mauvais et ceux qui nous font mal au coeur. Le souci étant qu’en faisant ainsi, on en vient à revenir à un état où on était heureux et où tout de suite après on repart dans la déprime parce qu’on se rend compte que tout est fini aujourd’hui. Bref, comme solution miracle on repassera. D’autant plus si on s’est amouraché de quelqu’un qui au final n’a jamais réciproqué nos sentiments. Là, ça fait encore plus mal et on se jure de ne plus refaire la même erreur, de ne plus jamais s’attacher à quelqu’un qui ne s’est pas attaché à nous, sous peine d’en connaître les conséquences. Le seul souci c’est qu’il est très difficile, dans ce domaine, de savoir ce qu’il nous attend de l’autre côté d’un virage serré. Alors parce qu’on est un peu fous et qu’on aime croire au miracle où dans le couple les deux personnes seraient folles l’une de l’autre et que tout se passerait comme dans une comédie romantique hollywoodienne, on tente quand même. Encore et encore. On veut y croire. Et qui sait, peut-être même qu’un jour on finira par y gouter, à ce bonheur qu’on recherche depuis tant de temps!

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    1. Je crois qu’on en avait déjà parlé et c’est exactement l’état d’esprit dans lequel je suis : l’impossibilité de me réjouir des moments passés (puisque passés) et ma faculté à me focaliser sur les moments basiques, voire non mémorables, pour pouvoir ne rien regretter.

      Un ami m’a dit, pas plus tard qu’il y a deux jours, qu’il vaut mieux profiter des moments présents et de se réjouir d’avoir choisi de les passer. Il m’a aussi posé la question : « Si c’était à faire, le referais-tu ? ». Et là j’ai pensé que oui, mais de façon différente évidemment. Quand on fait des erreurs, l’important est de ne pas les reproduire. Mais comme évidemment, s’imaginer ne pas faire les erreurs déjà passées dépend du domaine de l’imaginaire, ça ne sert tout bonnement à rien. Le fait est que je n’arrive plus à me dire simplement « ouais, j’ai passé du bon temps, c’était cool » mais je recherche ce bon temps encore et encore. Et ce n’est pas non plus la bonne solution.

      Moi à un pote : « Tu sais, c’est comme de la glace à la vanille. Quand tu ne l’as pas goûtée, tu t’en fous de ne pas en manger tous les jours. Mais une fois que tu as goûté ça, tu ne peux plus t’en passer et tu cherches tout le temps à en manger de nouveau. »
      Mon pote : « Si tu ne trouves plus la glace à la vanille qui t’a rendue accro, cherche une nouvelle marque ».

      Il a raison je le sais, mais ce qui fait la complexité du genre humain, c’est de ne pas se laisser guider par les choses rationnelles et de n’en faire qu’à sa tête, bien souvent plus à tort qu’à raison.

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  2. Oui, en rédigeant mon commentaire j’ai en effet ressenti un « déjà-vu » expliqué par le fait qu’on en avait déjà parlé par le passé.
    Je me souviens qu’à une époque j’avais lu quelques passages d’un bouquin traitant du développement personnel et l’auteur parlait du fait qu’il était très important de substituer les moments négatifs par les moments les plus positifs dont tu peux te souvenir pour justement être capable d’aller de l’avant et d’éviter de ressasser le passé en se concentrant sur les choses qui t’empêchent d’avancer. C’est difficilement comparable avec le sentiment amoureux c’est sûr, mais en gros, si je devais l’adapter j’imagine que ça donnerait quelque chose du genre : « rappelle-toi l’état d’esprit dans lequel tu as été pendant cette période où tu te sentais bien et tente d’agir pour retrouver cet état d’esprit aujourd’hui ». Bien évidemment, la théorie est toujours plus simple que la pratique…

    « Si c’était à faire, le referais-tu ? ». Et là j’ai pensé que oui, mais de façon différente évidemment. »

    Réaction tout à fait normale, j’aurais probablement répondu la même chose moi-même. Le problème c’est qu’on sait pas vraiment non plus si en agissant différemment le résultat aurait été tellement différent. Tu l’as dit toi-même, ça dépend de l’imaginaire. Et comme on le dit, avec des « si » on referait le monde. Mieux vaut éviter de penser ainsi et se dire que le passé c’est le passé (pas facile indeed) et qu’il faut aller de l’avant en espérant à chaque fois que ça se passera mieux cette fois-ci.

    « Le fait est que je n’arrive plus à me dire simplement « ouais, j’ai passé du bon temps, c’était cool » mais je recherche ce bon temps encore et encore. Et ce n’est pas non plus la bonne solution. »

    Yep, je sais bien que c’est pas facile… En quoi est-ce une mauvaise solution de rechercher ce bon temps encore et encore ? Tant que ce n’est pas fait au détriment des autres (ce qui peut parfois s’avérer difficile c’est vrai), j’imagine que c’est le meilleur moyen de se reconstruire. Certes, j’imagine également qu’avec un certain temps certaines blessures finissent par cicatriser (pas entièrement c’est sûr) mais entre temps on aura broyé pas mal de noir et le risque d’une grosse déprime est probablement encore plus présent. C’est pas pour rien que les gens qui ont été victimes d’un gros chagrin amoureux tentent toujours de se retrouver quelqu’un le plus rapidement possible pour éviter de trop souffrir. Le seul souci restant par rapport au nouveau compagnon qui devra espérer que les choses se passeront bien et que sa compagne ne continuera pas éternellement de ressentir ces sentiments pour l’ex. Et ça…

    « Si tu ne trouves plus la glace à la vanille qui t’a rendue accro, cherche une nouvelle marque ».

    J’aurais pas mieux dit.

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    1. En quoi est-ce une mauvaise solution de rechercher ce bon temps encore et encore ?

      Car je disais cela en parlant de s’acharner sur les personnes qui ne veulent plus de nous ; la recherche du plaisir reste évidemment nécessaire et naturelle quand il s’agit de « changer de marque ». Je parlais de cela dans le sens où il est souvent difficile d’en changer justement, et de se mettre à avoir de nouveaux espoirs avec de nouvelles personnes.

      En gros, chercher à reconquérir encore et encore les mêmes personnes est un comportement autodestructeur qui n’est pas le moins du monde une bonne solution, mais c’est celle vers laquelle on se tournera le plus naturellement et le plus naïvement quand il s’agira de vouloir être heureux. Parce que les sentiments amoureux sont ainsi et qu’on ne les commande pas, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, bien malheureusement.

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  3. La fin m’avait toute tourneboulée, et ce n’est pas compliqué de comprendre pourquoi : alors que dans tout le livre on se prend à s’identifier à Jack (et bien oui, avoir un cœur mécanique, ne plus souffrir? J’adopte! Sauf qu’un cœur, c’est aussi ressentir l’amour, les plaisirs au quotidien, et que ça je ne sais pas si je saurai m’en passer.) et puis, tout à coup, ça explose et on se prend tout en plein visage. Comment ça, il n’avait pas un cœur en horloge mais un bon cœur bien comme il faut, tout à fait normal ? Comment ça, il est mort ?!

    Bref, je suis d’accord en tous points avec ce que tu dis 🙂

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